Apple, Netflix, Amazon La révolution numérique dans la culture est-elle plus dangereuse que le piratage?

|

Après le téléchargement illégal des années 2000, le développement d’offres légales à bas coût mettrait en danger toute la filière des produits culturels. Les professionnels s’alarment, mais une autre voie est-elle possible?  

Livre

Semaine très agitée pour les vendeurs de produits culturels. Entre l’arrivée en fanfare de l’américain Netflix en France, l’album de U2 offert aux possesseurs d’iTunes ou encore la bataille entre Amazon et Hachette qui n’en finit pas, au grand dam des auteurs qui appellent l’américain à enterrer la hache de guerre, le monde de la culture tremble pour son avenir.

 

A priori, on pourrait penser que le secteur en a vu d’autres. Le début des années 2000, c’était le Far West dans la culture. L’arrivée des sites de peer-to-peer, comme Napster, associés à l’ADSL, qui permettait enfin de télécharger des fichiers d’un poids considérable, a été la première secousse. Suivie, quelques années plus tard, par celle provoquée par les sites de streaming illégaux du genre de Megaupload.

Mais justement, ces offres n’étaient pas légales et, comme dans le Far West, le shérif est toujours intervenu à la fin pour y mettre bon ordre (avec certes plus ou moins de succès): ça a été l’interdiction des sites comme Napster (qui a donné naissance cependant à une kyrielle de clones), le retrait musclé de Megaupload ou encore la création, en France, d’une Haute Autorité (l’Hadopi) pour rappeler à l’ordre les contrevenants (avec un succès certes limité). Mais, à chaque fois, le numérique agissait de manière souterraine, dans l’illégalité, et on pouvait tenter d’atténuer ses effets néfastes sur l’industrie en appelant le cavalerie à la rescousse.

 

Plus maintenant. Les Netflix, Apple ou encore Amazon agissent au grand jour dans la plus parfaite légalité. Et même si elles remettent du « business » dans le secteur, elles le font a minima. Par exemple, Spotify dans la musique a révélé récemment qu’il reversait en moyenne 0,5 centime d’euro (donc 0,005 €...) aux ayants droit pour chaque chanson écoutée... Cela veut dire qu’une chanson écoutée un million de fois (pas rien...) rapportera 5 000 € aux ayants droit (pas bézef...). Ou encore Amazon, qui veut proposer aux États-Unis un prix unique du livre à 9,99 $ (7 €), ce que refuse l’éditeur Hachette.

 

Petit tour d’horizon des situations secteur par secteur:

 

La musique: le coup d’Apple qui ne passe pas

 

Il y a quelques années, le groupe U2 était parti en guerre contre le téléchargement illégal, arguant que la musique avait une valeur. Changement de programme : la semaine dernière, le groupe a annoncé, lors de la keynote d’Apple, que son album serait offert (et même imposé...) aux possesseurs de compte iTunes (soit 500 millions de personnes dans le monde). Bref, le dernier U2, c’est Apple qui régale. Les enseignes de produits culturels hurlent au scandale, mais c’est trop tard, le mal est fait. Le jour de la sortie officielle de l’album en magasins, il n’y aura pas grand-monde pour faire la queue.

D’autant que le secteur souffre depuis des années et que seul le streaming progresse, mais génère des revenus insignifiants (qui échappent qui plus est aux disquaires), puisqu’il a représenté 34 millions d’euros au premier semestre en France, soit 6 fois moins que les ventes de disques...

 

La vidéo: inquiétude sur l’arrivée de Netflix

 

Si ce sont les grands médias, comme Canal+, qui vont trinquer, les vendeurs de DVD risquent aussi de déguster. Avec l’arrivée de Netflix, de nombreuses offres de vidéos en illimité ont fleuri : que ce soit celle de Canal+, avec CanalPlay, ou la future Series-Flix de Numéricable. Des services qui proposent l’accès en streaming et en illimité pour moins de 10 € par mois. Certes, une offre pour l’heure chiche, mais qui devrait s'étoffer dans les mois qui viennent. 

Car aujourd’hui, ce qui protège le DVD, c’est la chronologie des médias. La loi n’autorise pas les plates-formes de SVOD (comme Netflix) à diffuser des films sortis depuis moins de trente-six mois. Un délai qui pourrait être raccourci à vingt-deux mois dans un futur projet de loi du ministère de la Culture. À terme, le risque, c’est que le robinet qui finance la création se tarisse. Car ce sont les chaînes de télé (Canal+ en tête) qui financent le cinéma à hauteur d’un tiers en France (290 millions d’euros en 2013). Or, en s’installant au Luxembourg, Netflix n’aura pas à s’acquitter des taxes. Par ailleurs, un nouveau site fait trembler le secteur. Baptisé Popcorn, il viole, lui, le droit d’auteur en mettant en accès en streaming un catalogue impressionnant de films et de séries. Aux États-Unis, il a ainsi été téléchargé 1,4 million de fois et 100 000 personnes l’utilisent quotidiennement.

 

Le livre: l’ogre Amazon et l'apparition du piratage

 

Jusqu’à présent, le livre était épargné par le piratage. Ce n’est plus vrai. La sortie du livre de Valérie Trierweiler a peut-être donné le coup d’envoi à cette nouvelle pratique. Le site ActuaLitté a notamment noté une flambée de téléchargement de copies contrefaites de ce livre sur des plates-formes de téléchargement. Jusqu’à 31 000 exemplaires en trois jours...

Mais plus que cet exemple isolé, qui n’est qu’un coup d’édition, donc, peut-être, un coup de téléchargement, c’est le poids croissant d’Amazon et du livre numérique qui inquiète. Car l’américain agit en toute légalité en mettant la pression sur les éditeurs pour abaisser le prix du livre numérique et en exerçant une concurrence déloyale aux libraires en offrant les frais de port en plus des 5 % de remise légale sur le prix du livre. Le gouvernement  a bien tenté de légiférer en juin en interdisant cette double ristourne, mais Amazon, malin, ne fait payer la livraison qu’un centime (bien en deçà du coût réel de livraison).

Bienvenue dans le nouveau Far West...

Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.
X

Recevez chaque matin tous les faits marquants sur les stratégies digitales, omnicanales et e-commerce des distributeurs et sur les solutions technologiques conçues pour les accompagner.

Ne plus voir ce message