Marchés

Arbitrage sur le marché des régimes

|
Twitter Facebook Linkedin Google + Email Imprimer

La population mondiale grossit, le marché des régimes aussi. Ce qui attire des poids lourds de l'alimentaire, mais nécessite une surveillance des autorités.

Soupe au chou ? Citron détox ? Dukan new age ? Quel sera le régime de l'été 2011 ? Le suspense ne sera plus très long. D'ici à quelques semaines, les magazines féminins dicteront la nouvelle tendance en matière de régime. C'est d'ailleurs pour éviter de nouveaux excès que l'Agence française de sécurité sanitaire alimentaire (Anses) a publié en fin d'année un rapport intitulé : « Régimes amaigrissants : des pratiques à risques ». Un coup de poing nécessaire, tant ces régimes tendent à déséquilibrer les habitudes alimentaires et induisent des effets yo-yo, mauvais pour le corps et pour le moral de ceux qui les subissent. Et ils sont nombreux : sur les douze derniers mois, plus de la moitié des Français ont suivi un régime (53 %, selon la dernière étude Santé et Nutrition de TNS). « L'Anses recommande d'avoir affaire à un professionnel de santé qui adapte le mode d'action. Le rapport attaque trois régimes célèbres, Dukan, Atkins et Montignac, qui peuvent fragiliser le coeur ou les reins », explique le professeur Pierre Azam, fondateur de l'Observatoire de l'obésité.

 

98 % de femmes chez Weight Watchers

À l'inverse, Weight Watchers sort grandi. « Il y a une notion de mise en commun des expériences, de collégialité et de dialogue qui le rend moins glamour, mais plus recommandable », analyse Pierre Azam. « Ça nous choque que la perte de poids devienne un marché de grande consommation, et nous nous félicitons de ressortir très positivement », confie Corinne Pollier, senior vice-présidente de Weight Watchers France. Cet acteur historique, qui épaule chaque semaine 60 000 femmes dans ses centres, se voit davantage comme un fournisseur de service qu'en vendeur de produits de régime. Les adhérents - des femmes à 98 % - paient un abonnement mensuel de 38 € et suivent en moyenne le programme durant quarante et une semaines. L'activité sous licence - les 70 références, tous secteurs confondus, représenteraient environ 160 M€ de chiffre d'affaires - n'est que secondaire. « On ne fait pas maigrir les gens avec nos produits, on les éduque à suivre de bonnes pratiques alimentaires », explique Corinne Pollier. La marque, qui vient d'ailleurs de changer de signature, revendique désormais : « Arrêtez les régimes, commencez Weight Watchers ». Et elle propose un nouveau service : Démarrage express. Autant de points qui marquent la différence avec sa concurrente Jenny Craig.

Arrivée en France depuis bientôt un an, la filiale de Nestlé base son concept sur un coaching personnalisé, de visu ou par téléphone, mais impose à ses adhérents de manger 100 % Jenny Craig (9,90 € par jour, hors fruits et laitages). Pour épauler son développement, la marque double sa gamme. « Nous avons déjà pris en charge plus de 2 000 clients en France. Nous visons 10 à 20 % du marché, estimé à 500 M € », précise Érick Moreau, directeur général France. Par essence, la cliente Jenny Craig sera plus aisée : pour sa première consultation, quatre séances de coaching et quinze jours de repas, elle doit débourser 178 €, puis en moyenne 340 € par mois. Mais à ce prix, les plats sont plutôt gourmands. Un (agréable) comble pour des produits de régime.

L'Anses se pose en juge de paix

Dans la grande famille des régimes, il est des méthodes qui peuvent se révéler dangereuses. C'est pour alerter sur ce sujet que l'Anses a publié, fin novembre 2010, un rapport intitulé « Régimes amaigrissants : des pratiques à risque ». « L'expertise montre que les régimes amaigrissants, pratiqués sans recommandation ni suivi d'un spécialiste, très largement diffusés auprès du public dans le commerce et sur internet, présentent des risques pour la santé, plus ou moins graves », expose l'Anses dans ce document. Selon cette étude, le suivi de certains régimes peut avoir des « effets néfastes [...] pour les os, le coeur et les reins, ainsi que des perturbations psychologiques ». Ce rapport, qui fait suite à une saisine de la Direction générale de la Santé en avril 2009, tente de faire le tri entre les « bons » et les « mauvais » régimes. Les méthodes Dukan et Montignac, par exemple, ressortent comme extrêmes, Weight Watchers comme plus équilibré. Depuis sa publication, les professionnels du secteur ont pu répondre à l'Anses, et des conclusions doivent être rendues ce trimestre.

L'incontournable Weight Watchers

Le groupe Avec un chiffre d'affaires de 1,5 Mrd $, Weight Watchers (WW) se pose en leader mondial du marché des régimes. Créée en 1963 aux États-Unis, la marque est arrivée en France en 1973. Le groupe tire la majeure partie de ses revenus de ses réunions et de la vente de ses livres. En parallèle, la marque est présente sous licence sur de nombreux produits alimentaires. En France, ce marché représente 160 à 170 M €, sur lesquels WW touche des royalties.

Ses forces Valorisée dans le dernier rapport de l'Anses, la marque est reconnue pour le sérieux de sa méthode. Son ancienneté lui donne un grand nombre de prescripteurs ayant suivi les réunions et prêts à les recommander. En France, 1 900 réunions WW sont organisées chaque jour dans 900 centres.

Ses faiblesses Sur un marché où chaque saison porte aux nues une nouvelle méthode d'amaigrissement, Weight Watchers a du mal à se poser en « nouveauté ».

Le challenger Jenny Craig

Le groupeRachetée par Nestlé en 2006, la marque réalise un chiffre d'affaires d'environ 500 M $ dans le monde. Jenny Craig a été lancée en France en mars dernier et compte 17 centres.

Ses forces Poussée et cautionnée par Nestlé Nutrition, Jenny Craig profite de son expérience américaine (725 centres aux États-Unis) et de son aura de petite nouvelle dans l'Hexagone. Très proche du coaching individuel, sa méthode est dans l'air du temps.

Ses faiblesses Une notoriété à construire totalement.

Le concept peut sembler contraignant, car la personne qui suit Jenny Craig doit se nourrir à 100 % des produits de la marque, achetés chaque semaine dans son centre.

Dukan écrase Houllebecq

Publié par le docteur Pierre Dukan, Je ne sais pas maigrir s'est classé en tête du classement des meilleures ventes de livres 2010 (Classement Ipsos/Livres Hebdo). Avec 591 500 exemplaires vendus, le livre devance donc le dernier opus de l'auteur à succès Katherine Pancol et le prix Goncourt de Michel Houellebecq ! Mieux, Les recettes de Dukan et La méthode Dukan illustrée s'offrent également les troisième et quatrième places du classement. Preuve, s'il en fallait, que les méthodes de régime font vendre. Montignac, Cohen, Dukan et les autres : les nutritionnistes sont devenus experts en best-sellers.

Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter

 
Suivre LSA Suivre LSA sur facebook Suivre LSA sur Linked In Suivre LSA sur twitter RSS LSA