Atac rompt avec ses fourni sseurs

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La décision de rompre toute relation commerciale avec ses fournisseurs de marques nationales relance les spéculations sur l'avenir des supers du groupe Auchan. Révision des assortiments, indique la direction de la chaîne qui dément toute cession ou changement d'enseigne.

>Même si la direction d'Atac s'en étonne, le courrier daté du 6 septembre envoyé à ses fournisseurs de produits de marques nationales, leur annonçant la rupture de leurs relations commerciales a fait l'effet d'une bombe, relançant les rumeurs les plus folles sur l'avenir de la chaîne. De celle relative à la transformation d'Atac en magasins de soft-discount Simply Market, en passant par celle, récurrente, de la cession du réseau par Auchan. « Afin d'accompagner la redéfinition du positionnement stratégique de notre enseigne, nous repensons intégralement nos assortiments, indique la lettre recommandée. Dans ce cadre, nous avons décidé de mettre fin à nos relations commerciales avec tous nos fournisseurs de marques nationales [...]. Cette décision [...] sera effective à l'issue d'une période de préavis de six mois. [...] Nous ne manquerons pas de vous intégrer dans nos appels d'offres. »

Cette rupture unilatérale est particulièrement rare et la méthode, « brutale », nourrit la crainte d'une perte de chiffre d'affaires pour les industriels. « Atac nous déréférence, mais nous ne savons pas s'il s'agit d'une posture de négociation ou d'une orientation vers du hard-discount, sans nos marques, s'inquiète un patron de PME. En tous les cas, ils auraient pu nous informer avant de nous envoyer le courrier ! » « Ce n'est pas " je te vire ", c'est " je ne te reprends pas l'an prochain ", déplore un autre industriel. Le résultat est le même ! Si c'est une méthode pour obtenir de meilleures conditions, ce n'est pas très correct. » Un troisième industriel, plus gros, s'interroge lui sur l'avenir de son accord-cadre Auchan-Atac négocié via Eurochan.

Le directeur général d'Atac, Denis Simon, se dit surpris de l'émoi provoqué. Il récuse toute notion de brutalité. « Toutes les études auxquelles nous avons accès montrent que les consommateurs réclament une offre plus lisible, plus claire, qui leur permette de faire leurs courses plus rapidement. C'est pourquoi nous avons décidé de remettre en question l'ensemble de l'assortiment. Mais j'ai voulu que cette orientation soit menée de manière transparente et concerne toutes les entreprises, afin de garantir une égalité de traitement. Le délai de six mois sera mis à profit, pour nous comme pour les entreprises, pour cette réflexion. C'est le contraire de la brutalité, nous sommes les premiers à nous donner six mois pour parvenir à un accord ! »

L'option Simply Market

La rupture unilatérale est pourtant rare. Seul Casino y a eu recours, en 2001. « Le contexte était différent, rappelle une source proche du dossier. La loi NRE venait de passer et exigeait pour la première fois six mois de préavis avant toute rupture. Comme nous n'étions pas habitués à la procédure, et pour éviter d'avoir les mains liées, nous avons envoyé des lettres de préavis. La mesure a été peu suivie d'effet, les déréférencements ont été marginaux. Aujourd'hui, il n'y a vraiment aucune raison de le refaire. »

Denis Simon se veut aussi rassurant sur l'avenir de l'enseigne, démentant la rumeur qui voudrait qu'Atac vive ses derniers mois avant de passer sous la bannière soft-discount Simply Market. « Cette enseigne est un test pour mesurer les réactions des clients. Nous sommes loin d'être au bout de nos conclusions. Il y a 7 Simply Market - 9 d'ici la fin de l'année, chacun avec une typologie de clientèle différente -, dont une création ex nihilo réalisée il y a quinze jours. Le seul lien avec la lettre, si nous en cherchons un, est que ce concept répond au problème des clients perdus devant une offre pléthorique. » « La lettre est une précaution car il y a une réflexion en cours sur l'assortiment chez Atac avec davantage ou pas de MDD. Mais aucune décision n'a été prise quant à la forme qu'auront les supermarchés en 2007 », confirme Vincent Picq, président du directoire de Schiever, le plus gros franchisé Auchan et Atac de France (1,2 milliard d'euros de chiffre d'affaires avec 80 Atac, 5 Auchan en France et 4 en Pologne) et, donc, très concerné.

La décision n'est pas non plus liée au supposé mauvais état de santé de la filiale d'Auchan, comme l'insinuent des concurrents sur la foi du recul de ses parts de marché, assure Denis Simon. « Nous avons procédé à des fermetures et à des cessions de magasins en difficulté correspondant à 35 000 m2 de surface de vente. D'où le recul de notre part de marché, et nous n'avons pas ouvert un magasin l'an dernier. Cette rationalisation été utile. Je ne vous dirai pas nos profits mais, l'an dernier, l'ensemble des salariés a bénéficié de deux mois de salaire en participation et en prime de progrès ! Quant aux rumeurs de cession, j'ai vu récemment Vianney Mulliez [président du groupe Auchan] et Benoît Cirotteau (président d'Atac). Il n'est pas question un seul instant que le groupe se sépare d'Atac. Plus que jamais, nous sommes prêts à un nouveau plan d'expansion, à investir, ouvrir et agrandir des magasins. » Un programme qui devrait réjouir les industriels. Du moins ceux qui figureront dans les « appels d'offres ». À l'issue de la période de préavis, en mars 2007.

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Article extrait
du magazine N° 1966

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