Attaques terroristes : "Notre système de distribution pourra pâtir de la dangerosité potentielle", Jean-Paul Betbeze, économiste

|

TRIBUNE D'EXPERTS L’économiste Jean-Paul Betbeze livre son analyse sur l’attitude des Français et des décideurs confrontés aux attaques terroristes des 7 et 9 janvier 2015. Selon l'expert, la crainte des Français face à de nouveaux attentats pourra servir les magasins de proximité et les site d'e-commerce au détriment des grandes surfaces. Du moins pendant quelque temps...

Selon Jean-Paul Betbeze, économiste, les grandes surfaces pourront pâtir de la peur des Français liée aux attaques terroristes des 7 et 9 janvier 2015
Selon Jean-Paul Betbeze, économiste, les grandes surfaces pourront pâtir de la peur des Français liée aux attaques terroristes des 7 et 9 janvier 2015

LSA – Ce 11 janvier 2015 vous évoquiez, quelques jours après les attentats meurtriers de Paris, une «Economie de la terreur» sur votre site en ligne Betbeze Conseil. Quels peuvent être justement les effets de la terreur sur l’économie ?

Jean-Paul Betbeze – La logique terroriste est de rendre tout le monde inquiet, et plus encore de façon permanente. Ce qui est à proprement parler terrorisant, c’est la répétition, la crainte d’autres attentats, demain, après-demain… Et les premières terrorisées sont alors les foules dans tous les lieux de mouvement ou de rassemblement attirant le plus les dangers. D’autant que le terrorisme «centralisé » des attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, a fait place chez nous à une sorte de «terrorisme décentralisé » encore plus menaçant. Conséquence, les citoyens sortent moins, au moins dans un premier temps. Donc ils dépensent moins et épargnent plus. La demande diminuant, les prix baissent – évidemment si le processus dure. L’économie se déprime. Froidement exprimé, on pourrait dire que la logique terroriste est un processus déflationniste.

"La population accepte et demande même une protection"

LSA – Faut-il s’attendre à de telles évolutions en France ?

J-P B. – Non. Car nous ne sommes pas, fort heureusement, dans une série d’attentats répétitifs et non endigués. Comme on a pu les connaître, par exemple, au Pays Basque dévasté il y a une quinzaine d’années. Ce que nous avons vécu sur le territoire français n’est pas comparable. Les forces de police ont rapidement mis les sous-groupes impliqués hors d’état de poursuivre la surenchère. La population accepte et demande même une protection. Surtout elle a compris que les extrémistes étaient peu nombreux, que la logique est arrêtée et qu’il dépend de tous, police, surveillances des réseaux sociaux et mais aussi de la vigilance de tous que ceci s’arrête – sans en être jamais sûr . Même si dans une société libre comme la nôtre, on ne saurait en effet empêcher la libre circulation des populations.

LSA – Il y aura pourtant des effets sur la consommation, au moins à court terme ?

J-P B. – L’inquiétude va certes persister. D’autant que la dernière enquête de l’INSEE pointe déjà des ménages inquiets face à l’emploi, mettant à profit les effets de diminution de prix du pétrole pour épargner davantage que consommer. Pendant quelque temps notre système de distribution, notamment de grande surface, pourra pâtir de cette dangerosité potentielle. Les magasins de proximité pourront alors paraître moins risqués, la supérette préférable au gigantisme de l’hyper. L’e-commerce va automatiquement bénéficier de cette forme de repli sécuritaire. Mais, encore une fois, ceci durera peu si le calme revient.

"Le rassemblement national de dimanche a redonné un esprit de communauté et de solidarité aux Français"

LSA – Les clients retrouveront-ils pourtant leurs habitudes d’achats ?

J-P B. – L’encoche faite dans la consommation sera récupérée à mesure que la confiance reviendra. Le rassemblement national de dimanche a redonné un esprit de communauté et de solidarité aux Français, au rebours de leur réputation de division et d’individualisme. Ils se retrouvent finalement plus unis, après le drame. Il y aura, en écho, une réponse des patrons de la distribution (grande ou petite) qui devra être la plus ‘‘commerciale’’ possible, dans ce que ce mot porte d’attention au client.

LSA – Certains observateurs ont comparé les dramatiques événements de la semaine dernière à un "11 septembre" français. Les conséquences peuvent-elles être comparées ?

J-P B. – Non, ce n’est pas pareil. Le 11 septembre était une attaque contre les Etats-Unis, venant de l’extérieur. En 2001, les réactions du gouvernement Bush ont alors été dirigées contre «l’axe du mal ». Elles avaient été politiquement très violentes, avec notamment le vote du Patriot Act et un appel à des « croisades » contre les nations impliquées. Rien de cette attitude aujourd’hui dans la réaction de la France. Qui au contraire tend à s’unir face à ceux, des Français d’ailleurs, qui voulaient la diviser dans son pacte laïc. Aujourd’hui, plus d’unité et plus de surveillance, c’est ce que tout le monde veut et attend. Alors, peu à peu, les choses vont se « normaliser », sans oublier les attentats et la réaction d’unité du peuple français et l’appui qu’il a reçu.

Propos recueillis par Daniel Bicard.

L'expert
Jean-Paul Betbeze a créé sa société de conseil en 2013 pour "parler d’économie dans et pour les entreprises". Fort de ses expériences de chef économiste au Crédit Lyonnais et au Crédit Agricole. Il a également été en poste au Conseil d’Analyse économique auprès du Premier ministre (dans les gouvernements successifs de Messieurs Raffarin, Villepin et Fillon.


La rédaction vous conseille

 

Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter

Appels d’offres

Accéder à tous les appels d’offres

X

Recevez tous les quinze jours l’actualité des centres commerciaux et foncières, surfaces commerciales, artères commerçantes et centres-villes.

Ne plus voir ce message