Au cœur du recyclage des briques alimentaires

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Aujourd’hui, une brique en carton alimentaire peut être recyclée à 100%. Ce procédé unique a été mis en place sur le site du papetier-recycleur Stora Enzo, en Espagne. Immersion.

Le recycleur-papetier Stora Enso est situé en banlieue de Barcelone  monde capable de recycler 100 % des composants des emballages ménagers.
Le recycleur-papetier Stora Enso est situé en banlieue de Barcelone monde capable de recycler 100 % des composants des emballages ménagers.© Daniel Loewe/Stora Enso

Des monticules d’ordures à perte de vue. Tel est le décor offert par le papetier-recycleur Stora Enso, dans la banlieue de Barcelone, en Espagne. Chaque jour, quinze à vingt camions viennent décharger les déchets ménagers provenant d’Espagne, du Portugal, d’Italie, de France, de Grèce et même de Belgique. Soit un total de 90 000 tonnes de briques alimentaires, dont 7 600 émanant de l’Hexagone (ces dernières étant considérées comme les plus propres d’Europe !)

Le principe est simple : les emballages arrivent et ressortent recyclés à 100% pour l’industrie agroalimentaire ou la papeterie. Un processus unique au monde, sachant que, en général, seulement 75% d’une brique alimentaire ne peuvent être recyclés. Car la difficulté réside dans le fait de réutiliser l’aluminium (4%) et le polyéthylène ou plastique (21%) contenus dans la brique.

À l’arrivée des déchets s’ouvre alors un long processus de recyclage. Les briques sont broyées, puis passées dans un tuyau avec de l’eau chaude à 50°. Cette étape permet de décomposer l’emballage : la cellulose se détache ainsi de la combinaison plastique-aluminium. Puis les fibres et la cellulose exploitables, une fois séchées et essorées, partent pour la fabrication de papier pour Clairefontaine, par exemple, ou d’emballages alimentaires.

Dix ans de recherche

De leur côté, l’aluminium et le plastique sont ensuite envoyés dans un four à 500°, où, via un système de pyrolyse, les deux composants sont séparés. La forte température et l’atmosphère pauvre en oxygène permettant de déchirer les chaînes de carbone. Le plastique, incinéré, se transforme en gaz, utilisé comme combustible pour l’activité de fabrication de papier et de carton du site. L’aluminium, quant à lui, est recyclé en briquettes, revendues à l’industrie automobile. Ainsi, 2 tonnes d’aluminium sortent chaque jour du réacteur. « L’aluminium représente 4% de la brique alimentaire et c’est le composant le plus compliqué à recycler. Cette technologie de pyrolyse qui le permet est la seule au monde », confie Juan Vila, directeur du site. Un système qui a nécessité dix ans de recherche et 9 millions d’euros d’investissement.

L’usage vers l’alimentaire reste restreint

Mais, aujourd’hui, le recyclage en nouveaux emballages alimentaires reste restreint, car il n’y a pas d’autorisation pour les mettre en contact direct avec les denrées. Ainsi, pour ses emballages, Tetra Pak ne peut utiliser que des matériaux vierges et des fibres naturelles, non issus d’un processus de recyclage. « Nous espérons un jour pouvoir produire des briques alimentaires avec des produits recyclés, mais c’est une question de jurisprudence », confie Juan Vila. Pourtant, si le site de Stora Enso est un modèle grâce à son processus de retraitement complet, cette activité reste un épiphénomène qui pourrait pourtant être davantage exploité. Les scores de collectes des briques alimentaires montrent, en effet, un gros potentiel pour les années à venir et sont très différents en fonction des pays : 40% pour la France, 60% pour l’Espagne et 23% pour l’Italie et le Portugal en 2012.

« En France, le taux n’est pas très élevé, car le marché de la brique alimentaire perd du terrain au profit de la bouteille en plastique », ajoute Juan Vila. Mais ces résultats pourraient également être plus importants si les tris, effectués par les consommateurs-citoyens, étaient davantage respectés et encadrés.

Augmenter les capacités.

Pourtant, le site de Stora Enso est déjà presque à saturation, avec 90 000 tonnes de carton recyclé par an en 2013 pour une capacité de 100 000 tonnes. Il devrait, à court terme, augmenter ses capacités et envisage de créer un second réacteur à pyrolyse. « Notre système peut encore s’étendre à d’autres pays européens », indique Juan Vila.

Cependant, des doutes planent toujours. En 2012, le site a réalisé un chiffre d’affaires de 150 millions d’euros… en recul ! Hausses des coûts des matières premières et de l’énergie oblige. Et dans certains pays, comme l’Espagne, les matériaux à recycler sont payants, à la différence de la France. Si les ambitions sont présentes, avec de vrais enjeux environnementaux, les mentalités et les habitudes doivent encore évoluer.

Les plus

  • Un système révolutionnaire qui peut laisser présager des intérêts de la part d’autres industriels.
  • Une avancée environnementale.

Les moins

  • La législation interdit l’utilisation du carton recyclé pour les emballages en contact avec les aliments.
  • Les habitudes du public doivent encore évoluer en termes de tri.

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Article extrait
du magazine N° HSFFFL2014

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