"Auchan a un réel intérêt pour ce nouveau marché des objets connectés", Philippe Goetzmann

Philippe Goetzmann, Directeur des Relations Institutionnelles d’Auchan France, explique pourquoi l’enseigne a choisi de signer la Charte des Objets Connectés de la French Tech le 21 octobre 2015 avec sept autres distributeurs. Et comment cela va se traduire en magasin. Interview.

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Preuve de son ambition en matière d'objets connectés, Auchan consacre un espace dédié sur son site Internet.

Pourquoi avoir signé cette charte des Objets Connectés de la French Tech ?
Philippe Goetzmann : La French Tech fait partie des chantiers du gouvernement. Celui de réindustrialiser le pays via l’innovation et les industries du futur, avec l’objectif de maintenir de l’emploi et des usines en France. Le Made in France est l’une des préoccupations majeures d’Auchan qui trouve ses racines dans notre actionnariat familial. Nous ne sommes pas des chevaliers blancs, mais lorsque l’on a l’occasion de réindustrialiser le pays et d’innover, on y va. On a signé un accord avec la Feef visant à privilégier le tissu des PME françaises. Nous sommes le distributeur qui a le plus joué le jeu de l’agriculture française. Cette charte des objets connectés a donc un réel intérêt pour le pays comme pour nous. Nous avons intérêt à développer ce tissu de PME. Nous savons le faire en alimentaire et nous pouvons aussi le faire en non alimentaire. Certes, il y a du travail. Mais nous avons la volonté d’y aller. Il y a d’ailleurs un très bel état d’esprit entre les enseignes autour de cette charte.

Quels sont les enjeux et projets en matière d’objets connectés pour Auchan ?
P. G. : Nous ne sommes pas performants sur cette famille de produits. Pour nous, c’est donc une différenciation commerciale. Au-delà de la charte, Auchan a un réel intérêt pour ce nouveau marché des objets connectés qui va connaître une croissance fulgurante dans les années à venir. Les objets connectés vont faire évoluer la vie des gens et leur manière de vivre. Or, l’ADN d’Auchan, c’est "Vivre à sa façon". L’enjeu est donc de faciliter la vie de nos clients.
A terme, les objets connectés vont aussi changer beaucoup de modèles commerciaux. Au travers de la charte, il se peut aussi que nous tombions sur des solutions intéressantes qui pourraient redonner le pouvoir à nos vendeurs en magasin.

En quoi Auchan peut-il démocratiser le marché des objets connectés ?
P. G. : Darty, la Fnac ou Boulanger sont des spécialistes des produits technologiques. C’est leur métier naturel. Mais ce ne sont pas des enseignes qui démocratisent ce marché. C’est un petit marché, ce n’est pas facile de développer des gammes dans les magasins. Et elles ont une autre limite : le trafic client. Or, avec 25 millions de Français qui fréquentent nos magasins chaque année, nous avons la capacité de populariser ces objets connectés. Le marché commence à exister notamment via les drones et les bracelets connectés. Nous allons passer du marché de niche pour spécialistes avertis vers un marché qui va générer de l’appétence.

Philippe Goetzmann, directeur des relations institutionnelles d'Auchan.

Concrètement, comment allez-vous soutenir les start-up ?
P. G. : Aujourd’hui, le nombre de références est encore faible et surtout centré sur des entreprises qui ne sont plus tout à fait des start-ups, car on n’arrivait pas à les identifier et elles ne savaient pas comment nous contacter. Désormais nous avons accès à une liste de start-ups labellisées French Tech. Cela va passer par leur référencement, mais aussi par un apport de compétences et de savoir-faire dans le marché de la grande consommation. C’est aussi une attitude que l’on sait avoir lorsque l’on appelle Auchan. On sait aborder la relation commerciale différemment. Il existe des objets très performants mais qui ne correspondent pas aux besoins du grand public et dont le packaging n’est pas adapté. Nous allons aider les start-up à aborder le marché grand public.

Pensez-vous à une MDD dédiée aux objets connectées ?
P. G. : Il y en aura forcément. Le problème, c’est qu’aujourd’hui, la bulle du marché est encore trop petite pour être crédible. En revanche, nous souhaitons développer les relations avec un certain nombre de start-ups et leur proposer d’essayer les produits chez Auchan. Nous sommes dans une logique de co-construction. 80% de ces produits échoueront probablement. Mais le but est d’assumer ces échecs pour donner naissances à de formidables réussites françaises parmi les 20% restants. Nous serons dans un mode "test" et c’est le client qui décidera.

Comment cela va-t-il se traduire en magasin ?
P. G. : Chez Auchan, nous avons initié un corner dédié aux objets connectés dans les magasins. On a invité plusieurs start-ups de la French-Tech pour que les vendeurs s’approprient les produits, et comprennent l’usage. Nous allons expliquer comment ça marche, les "plus" du produit… Cela va passer par beaucoup de démonstrations dans les hypers et par un complément de gammes sur le site auchan.fr. A Vélizy 2, nous avons installé six éléments d’objets connectés. Nous pouvons sensibiliser une personne âgée, par exemple, qui n’imagine même pas qu’un objet connecté puisse protéger sa maison Cette fin d’année 2015 va être un déclencheur. Mais l’enjeu de la French Tech va surtout être sur 2016.

Vous soutenez la French Tech, on sait qu’Auchan favorise l’innovation. A quand l’incubateur maison ?
P. G. : Nous n’avons pas prévu d’aller dans cette logique d’incubateur. Nous n’avons pas vocation à intégrer des filières verticalement. Nous respectons les PME dans ce qu’elles sont et la marque qu’elles représentent.

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