Auchan resserre les rangs

Le patron et fondateur d'Auchan vient d'opérer une vaste réorganisation managériale. Le groupe est désormais recentré autour de deux grandes branches, les hypermarchés et les supermarchés, directement rattachées au duo Gérard Mulliez, Christophe Dubrulle. Une simplification qui présage un nouveau cycle de développement pour le groupe.

Philippe Baroukh

«C'est du Gérard Mulliez tout craché ! » Pour cet expert du groupe familial nordiste, pas de doutes : la réorganisation annoncée par Auchan, qui doit entrer en vigueur dès le 2 janvier 2002, porte la marque du patron et fondateur de l'enseigne, habitué aux virages à 180°. « Tous les cinq ans environ, il y a un grand coup de balais afin d'empêcher que la boîte ne se sclérose, poursuit-il. En général, ces changements interviennent à un moment où le groupe " fait du lard " et ils précèdent souvent une phase de développement. »

Cette volonté de reprendre en main les destinées d'un groupe dont la taille a été multipliée par 2,5 (plus de 25 milliards d'euros de CA prévus en 2001) depuis le rachat des Docks de France en 1996 intervient en tout cas à un moment clé. Auchan cherche en effet à démontrer sa capacité à rebondir, alors que ses parts de marché en France stagnent, que Leclerc s'y est adjugé la place de challenger numéro un de Carrefour et que les rumeurs d'alliance avec Casino persistent. Plus présent que jamais dans l'entreprise depuis quelques mois, Gérard Mulliez, président du conseil de surveillance d'Auchan, se montrait de plus en plus agacé, selon certains cadres, par l'évolution de son groupe, qui s'éloignait un peu trop de sa mission et de ses principes de base.

 

Plus de contrôle et d'autonomie

Le fondateur du deuxième groupe intégré français a donc décidé de remettre un peu d'ordre dans ses affaires en supervisant directement, avec l'aide de son bras droit et président du directoire, Christophe Dubrulle, l'activité des deux branches phares de son groupe, les hypers et les supermarchés, désormais dotées d'organisations propres. Dans la foulée, la direction générale Auchan, qui formait depuis sa création, en 1993, une sorte d'interface entre le groupe et ses filiales, a quitté le sommet de l'organigramme. La structure, resserrée autour des patrons des pays et de quatre fonctions clés (ressources humaine, finances, marketing et développement), est désormais au service de la branche hypermarchés, sous la forme d'un comité exécutif. Avant sans doute qu'une structure semblable ne soit créée à moyen terme pour la division supermarchés. Il s'agit de « raccourcir le râteau entre la direction du groupe et ses métiers afin d'être plus efficace et plus proche des clients », indique-t-on chez Auchan.


Enfin, dernier changement, chaque pays et chaque activité sera désormais doté d'un conseil de surveillance, du moins partout où cette organisation caractéristique des sociétés de la galaxie Mulliez n'était pas encore en place. « Chez les Mulliez, l'actionnaire n'est jamais très loin des managers », commente un cadre. Le système qui repose sur la présence d'un homme de confiance au conseil et d'un opérationnel aux manettes a l'avantage de permettre un contrôle rapproché tout en autorisant une large autonomie des filiales. « Ce dont a peur Gérard Mulliez, c'est de se retrouver dans un groupe figé et trop centralisé comme Carrefour, commente un cadre du groupe. On en revient donc à ce qui existait à l'origine : une double structure opérationnelle et de décision. Pour que les hommes soient le plus autonomes possible, à la fois par pays et par métiers. »

Il s'agit en effet d'être prêt à affronter une nouvelle phase de développement intensive qui doit permettre au groupe d'ouvrir une cinquantaine d'hypermarchés dans le monde à l'horizon 2004. Un objectif loin d'être utopique puisque, cette année, Auchan aura ouvert 30 nouveaux hypermarchés pour un parc total de 261 hypers, dont 136 à l'international.

 

Philippe Baroukh, nouveau directeur général France

Cette réforme n'a pour l'instant donné lieu qu'à très peu de changements d'affectations. Seuls trois responsables fonctionnels qui siégeaient à la direction générale Auchan sont écartés du comité exécutif qui lui succède : Bruno Dufour, directeur de la formation des dirigeants, Pascal Delval, directeur des achats internationaux, et Claude Palmieri, directeur de l'organisation et des systèmes d'information. Des fonctions désormais placées sous la responsabilité de Henri Mathias, un neveu de Gérard Mulliez, qui assure également la direction du marketing. Si les deux premiers conservent leurs fonctions d'origine dans l'entreprise, Claude Palmieri, un consultant en organisation qui a rejoint Auchan en 1997, doit se contenter de la direction générale d'Auchan Interactive (en charge notamment d'Auchandirect et de WWRE), cédant les systèmes d'information et la logistique à deux nouveaux responsables. On murmure dans le groupe qu'il paye les lenteurs de mise en place du système d'information maison qui a mobilisé depuis trois ans près de 200 personnes sans grand résultat.


Même s'il a surpris en interne, le passage de témoin entre Francis Cordelette et Philippe Baroukh à la direction générale d'Auchan France semble d'une tout autre nature. Après sept ans à la tête des 118 hypermarchés français, Francis Cordelette a été nommé président du conseil de surveillance d'Auchan France et reste membre du directoire du groupe. Ce fidèle d'entre les fidèles a conduit avec succès la fusion avec les Docks de France. Cependant, certains développements récents comme la nouvelle organisation des magasins scindés en deux directions, marketing et approvisionnement, mais aussi le nouveau concept testé à Val d'Europe n'auraient pas convaincu Gérard Mulliez. Ce qui expliquerait au passage que le rythme de conversion du parc au nouveau concept ait été ralenti par rapport aux projets initiaux avec 20 transformations par an, contre 35 prévues Pour autant, le choix de Philippe Baroukh, 44 ans, n'a rien d'une rupture. « C'est un manager brillant, capable de gérer et de faire évoluer les magasins et issu de la filière Cordelette, ce qui garantit une certaine continuité », indique un bon connaisseur du groupe.

Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter

Article extrait
du magazine N° 1749

Couverture magasine

Tous les jeudis, l'information de référence de la grande consommation Contactez la rédaction Abonnez-vous

X

Produits techniques, objets connectés, électroménager : chaque semaine, recevez l’essentiel de l’actualité de ces secteurs.

Ne plus voir ce message