Auchan seul maître à bord en Italie

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Sept ans après son association avec la famille Agnelli dans le groupe Auchan-Rinascente, le distributeur français s'apprête à reprendre 100 % des parts. Un aboutissement logique.

Un nouveau pan de la distribution italienne tombe dans l'escarcelle des Français ! Auchan a conclu vendredi dernier un accord avec Ifil, le holding financier de la famille Agnelli, qui lui cède toutes les activités alimentaires et de bricolage du Gruppo Rinascente. Après de multiples atermoiements, le clan turinois avait en effet annoncé, début septembre, la mise en vente de ses parts dans Auchan-Rinascente (LSA n°1873), soit les 50 % détenus à travers la société Eurofind, l'autre moitié étant contrôlée par la famille Mulliez.

La transaction s'élève à 1,063 Mrd E. Les analystes évaluaient entre 1,3 et 1,5 milliard d'euros la valeur totale de Rinascente, comprenant les actifs alimentaires et de bricolage cédés aux Français et les enseignes de textile, toujours en vente. Compte tenu du poids de l'alimentaire dans l'ensemble (80 % des ventes), ils considèrent que l'affaire - qui doit être validée par les autorités de la concurrence - s'est conclue au juste prix.

« Ce dénouement était prévisible dés le départ, constate un expert du secteur. Ce qui est surprenant, c'est que l'opération ne se soit pas réalisée plus tôt ! », poursuit-il. Certes, en 1997, le mariage entre le spécialiste de la grande distribution alimentaire français et les grands magasins Rinascente, l'une des plus vieilles enseignes du commerce transalpin, en avait surpris plus d'un. Mais aucune des deux parties n'aura à le regretter. Bénéficiaire (200 ME de résultat en 2003), Auchan-Rinascente, a doublé son chiffre d'affaires en dix ans, et atteint le rang de numéro trois de la distribution en Italie.

Liberté retrouvée

Dans un pays marqué, pendant longtemps, pas des règles d'ouvertures de magasins au moins aussi complexes qu'en France, les Mulliez n'y seraient pas parvenu seuls. Ils y ont de surcroît acquis des compétences dans le commerce de proximité, en alimentaire comme dans le bricolage : c'est la réussite de Brico Center qui a convaincu Leroy Merlin de l'intérêt de s'associer, en France, avec le groupement d'indépendants Domaxel. Mais depuis quelques années, les Agnelli - préoccupés par le déclin de leur empire automobile, Fiat - souhaitaient quitter la distribution. Et de fait, il y a un peu moins de deux ans, leur holding financier Eurofind a lancé une OPA sur l'ensemble des titres Rinascente afin de les retirer de la bourse de Milan... Avec la suite que l'on sait. Reste à mesurer l'impact que l'opération aura sur la distribution italienne.

« En termes de concurrence, cela ne change pas grand chose pour nous, minimise Aldo Soldi, président Coop, le numéro un du commerce de détail en Italie. C'est tout simplement désolant pour l'Italie de voir partir ainsi encore un morceau de son patrimoine. Ce qui ne va pas manquer de l'affaiblir ultérieurement aussi bien côté distribution que production. » Ce à quoi Benoît Lheureux, administrateur délégué d'Auchan Rinascente, répond qu'il n'est pas question de franciser l'assortiment (lire l'interview ci-dessous)...

Tout en rappelant, lui aussi, que « le pôle Auchan existait déjà », Luca Bacoccoli, analyste chez Caboto, n'exclut pas que « les Français, seuls maîtres à bord, auront plus de moyens et de liberté de mouvement pour se montrer plus agressifs ». Passés de 2,7 % de parts de marché en 1991 à 32,1 % en 2003, les distributeurs étrangers sont devenus de fait le moteur de la restructuration d'une distribution italienne en plein processus de concentration depuis une décennie.

Ainsi Carrefour s'est imposé comme l'un des principaux opérateurs de la Péninsule, Conad s'est allié il y a deux ans avec Leclerc pour développer ses hypermarchés, l'allemand Rewe s'est emparé de la Standa alimentare...Sans oublier l'italien Esselunga, qu'une rumeur récurrente dit en négociation avec l'américain Wal-Mart. Or le marché transalpin est en crise. Les achats effectués dans la grande distribution italienne ont chuté de plusieurs points entre janvier et août 2004, notamment en termes de volumes.

Pression concurentielle

Et, désormais, même le format roi en Italie, le supermarché, est touché par la récession. Selon une étude d'ACNielsen, après des années de croissance, il accuse pour la première fois une baisse (- 0,3 %). sur les neuf premiers mois de 2004). Autant dire que la bataille n'est pas gagnée d'avance. Même pour ceux, qui, comme Auchan ou Carrefour, ont renforcé leur politique de proximité ces derniers temps. Car le hard-discount ne cesse en effet de gagner des parts de marché avec une forte présence, là aussi des étrangers, comme les allemands Lidl ou Rewe avec l'enseigne Penny, mais aussi des opérateurs italiens agressifs tels EuroSpin, Lombardini ou le groupe Pam.

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Article extrait
du magazine N° 1882

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