Auchan tire les leçons de « l'affaire des caissières »

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Face à la vindicte populaire, le distributeur est en partie revenu sur le licenciement des 29 caissières qui avaient récupéré des bons d'achats non utilisés par les clients. Mais la crise laisse des traces amères.

Voilà une publicité dont Auchan se serait bien passé ! L'affaire des 29 caissières de magasins bordelais (essentiellement Bouliac et Bordeaux Lac), licenciées brutalement pour utilisation frauduleuse de bons d'achats, lors d'une opération spéciale « rentrée scolaire », a mis l'opinion publi-que en émoi. Tant et si bien que le groupe a finalement fait machine arrière. Les conséquences en ter-mes d'image lui ont vite sauté aux yeux. Au point de poser en haut lieu la question de l'éventuelle dis-proportion entre les faits reprochés et les peines infligées. Aux grands maux les grands remèdes. Le secrétaire général d'Auchan en personne, Jean Minet, a été dépêché sur place. Il réexamine chaque cas depuis la semaine dernière. « Il faut distinguer les caissières qui l'ont fait ponctuellement et qui n'ont pas eu conscience de la gravité de leur acte, de celles qui en faisaient un véritable trafic », rappelle une porte-parole de la direction d'Auchan. Résultat, 7 hôtesses ont été réintégrées et 4 en contrat à durée déterminée recevront les salaires et indemnités qu'elles auraient dû percevoir si elles n'avaient pas été renvoyées prématurément. Le sort des 18 autres caissières n'est pas scellé, même si l'on sait que la faute lourde pourrait être commuée, permettant aux concernées de toucher leurs indemnités de chômage.

Mieux former

À Auchan-Bouliac, ce vendredi 8, les clients signaient encore, sans se faire prier, une pétition de la CGT. « Quand même, pour 48 E, c'est inadmissible », s'indignaient certains. « Continuez, vous gagnerez », encourageait une autre cliente en précisant être juge aux prud'hommes. Une solidarité affichée qui jette encore l'opprobre sur la grande distribution.

En fait, Auchan tire les leçons d'une crise fort mal gérée. L'enseigne clame encore sa bonne foi. « L'opinion publique a fait un amalgame. Il s'agit de bons d'achats, et c'est pour cela que c'est grave. Cela équivaut à de l'argent, à valoir sur tout le magasin. Et contrairement aux coupons de réduction, ces bons d'achats, eux, ne sont pas abandonnés en caisses », explique le porte-parole. Mais les salariés sont-ils bien informés ? La direction admet des failles. « Au lancement des bons il y a deux ans, des formations précises ont été faites. Et des notes sont normalement affichées. Mais il est vrai que ce n'est pas le cas dans tous les magasins. Et on ne peut vérifier partout. Cela étant, déchirer les bons fait partie des gestes professionnels de l'hôtesse. C'est le B.A.-ba, comme rendre la monnaie », rappelle la direction. Mais pour la syndicaliste Marie-Claire Karst, « les consignes sont orales. Tout au plus un diaporama commenté en formation. »

Reste à savoir « jusqu'où l'on va dans le détail des règles, des seuils et du rappel des évidences », interroge Guy Alfosea, avocat spécialiste du droit social. Jean Minet a indiqué, de son côté, l'intention du groupe d'intensifier les formations. Une méthode qui a fait ses preuves. Le magasin de Périgueux, par exemple, où les procédures sont clairement écrites, n'aurait aucun problème à signaler. Tous ne peuvent pas se targuer de cet exemplarité. Chez Auchan, mais aussi dans d'autres enseignes. « Nous sommes sur une affaire similaire dans un Leclerc de l'Yonne, où 7 caissières sont licenciées pour vol », explique-t-on chez Force ouvrière. Invite aussi à se poser la question de la démarque inconnue. Car si, selon Olivier Hublau, de ScanCoupon, « la frau-de sur les bons et coupons reste marginale », d'autres formes de vols sont, eux, plus récurrentes. Commentant l'affaire, un concurrent ne se dit pas à l'abri de décisions douloureuses. « À longueur d'année, on licencie des filles qui passent des chariots de complaisance en caisses. Cela paraît fou de licencier pour 40 E, mais la manipulation de l'argent est un sujet sérieux », explique le DRH de ce groupe.

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Article extrait
du magazine N° 1878

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