Avis de reprise pour les salaires

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ENQUÊTERetour au calme sur le front des salaires. Mieux, ils repartent à la hausse : de 5 à 10 % pour les seize postes de la grande distribution passés au crible par Michael Page, en exclusivité pour LSA. Une respiration, seulement, ou un renversement de tendance durable ? Enquête.

Salaires bruts annuels, en E, de la distribution spécialisée et de la GSA. Ils comprennent le fixe et le variable.
Salaires bruts annuels, en E, de la distribution spécialisée et de la GSA. Ils comprennent le fixe et le variable.© Source : Michael Page

Le souci du niveau de rémunération vient en première ligne, alors qu'il apparaissait en deuxième ou troisième position lors des précédents baromètres réalisés par Michael Page pour LSA.

Questionnaire soumis à 325 personnes en septembre 2010

Source : Michael Page

Étude réalisée d'après des entretiens faits entre le 1er janvier et le 30 septembre inclus, d'après 3 315 interviews téléphoniques, 120 recrutements et 450 rendez-vous clients (graphiques pp 69 à 71).

Responsable développement immobilier La rareté fait son prix. Les enseignes, favorisées par la loi de modernisation économique (LME), continuent d'ouvrir, et les bonnes personnes font les bons emplacements.

Les salaires, c'est comme l'immobilier. La loi de l'offre et de la demande régit le marché. Sur certains postes - directeur e-commerce, directeur de l'offre dans le textile, directeur financier, surtout dans une entreprise cotée, mais aussi manager boucherie ou produits frais ou responsable développement durable -, la pénurie est telle que les enchères montent.

« Les rémunérations n'ont pas connu de ralentissement, même pendant la crise, pour des postes très recherchés comme communauty manager dans l'e-commerce. Et il y a toujours une vraie pénurie de compétences dans le secteur du commerce, pour toutes les fonctions de réseaux, opérationnelles », précise Anthony Buchenet, manager exécutif senior chez Michael Page. Résultat, et c'est le grand enseignement de l'étude réalisée par le cabinet de conseil en recrutement Michael Page en exclusivité pour LSA et publiée ci-dessous, les fonctions de terrain retrouvent quasiment des niveaux d'avant-crise. Ainsi, un chef de département d'une grande enseigne de bricolage ou d'habillement peut prétendre à 36 000 € brut annuels (1), soit 10 % de plus qu'il y a six mois, et son équivalent dans un grand groupe alimentaire pourra aller jusqu'à 52 000 €. Au global, les salaires des seize postes de la distribution étudiés par Michael Page ont progressé de 5 à 10 % entre le 1er janvier et le 30 septembre 2010.

Ceci entraîne cela. Après une période attentiste où il valait mieux rester aux abris, les salariés ont de nouveau envie de mettre le nez dehors. « Depuis avril, ils sont prêts à changer. Les entreprises recrutent de manière active et il faut être capable d'attirer les candidats, poursuit Anthony Buchenet. Du coup, les enseignes revoient à la hausse les niveaux de rémunération. » En toute logique vertueuse, la reprise des salaires suit celle de l'emploi. « Quand l'emploi repart, le " mercato " joue à plein, complète Emmanuel de Catheu, directeur exécutif de Manpower Professionnel. La mobilité des cadres est plus forte, les recrutements plus nombreux. Il y a encore six mois, les entreprises ne remplaçaient que les partants. Aujourd'hui, elles se projettent davantage sur les besoins, et elles cherchent des talents, des profils. »

 

Renversement des rapports de force

Et ces derniers se vendent plus cher. Des métiers qui ne connaissent pas la crise. L'un des exemples les plus flagrants est celui du fameux manager boucherie, une denrée rarissime à en croire les chasseurs de têtes. Depuis de nombreuses années, la grande distribution a du mal à en trouver. « Les supermarchés se sont interdit pendant longtemps de les payer plus, précise Lionel Deshors, directeur associé de CCLD Recrutement. Ils ne voulaient pas dépasser 2 000 à 2 500 E brut par mois. Or, dans un contexte de crise où le rayon boucherie est devenu stratégique, les moyennes surfaces sont maintenant prêtes à payer 2 700, voire 3 000 E brut mensuels pour s'offrir un bon chef boucher ! »

Pour dégoter la perle rare, les enseignes se résolvent à mettre la main à la poche. C'est vrai aussi pour les managers de rayon épicerie ou produits frais. Le rapport de force penche en leur faveur. « Les enseignes sont obligées d'aller parfois jusqu'à 2 600 E brut par mois pour les attirer, assure Lionel Deshors. Il y a quelque temps, elles ne dépassaient pas 2 300 E brut. » Une surenchère qui a du bon. « Les enseignes se sont rendu compte qu'elles passaient à côté de bons éléments, note Anthony Buchenet. Elles ont davantage envie de se donner les moyens aujourd'hui qu'hier. »

C'est peut-être un signal. Selon les syndicats, Lars Olofsson, directeur général de Carrefour, vient de donner son feu vert au doublement de la prime des directeurs de magasin. Une manière de motiver des managers en première ligne. À métier dur et rare, salaire en conséquence. L'inflation salariale touche en particulier les métiers qui peinent à recruter et, de manière générale, les postes opérationnels. À commencer par les directeurs de magasin et les chefs de département, deux des postes les plus bataillés. Pour ceux-là, les salaires les plus bas sont revus à la hausse. « Il y a quelques mois, une enseigne comme Go Sport offrait 35 000 € brut par an à un directeur de magasin, raconte un professionnel. Un directeur qui doit gérer 25 à 30 personnes, six jours sur sept, et qui, si l'alarme sonne pendant la nuit, doit être sur le terrain ! » Autant dire une misère eu égard à l'investissement demandé. Aujourd'hui, ce genre de poste ne trouve pas preneur à moins de 40 000 € brut par an. Soit presque 15 % de plus qu'il y a six mois. Les chefs de département ou de secteur, selon les enseignes, peuvent obtenir 10 % de plus en bas de leur fiche de paie.

 

Plus de souplesse dans la négociation

Mieux, dans l'alimentaire, un directeur de réseau démarre au minimum à un salaire annuel brut de 70 000 € et peut aller jusqu'à 120 000 €. « C'est quatre fois plus pour un directeur de réseau chez Auchan ou chez Leroy Merlin, qui a des responsabilités au niveau national », précise un expert. « Pour les métiers d'expertise, les entreprises sont toujours prêtes à payer », conclut Maxime Poidatz, consultant senior chez Opteaman-Lincoln-Atcher Group, cabinet spécialisé dans les ressources humaines. C'est le cas de toutes les fonctions support, ou transversales, comme directeur marketing ou chef de groupe, où le turnover joue moins que pour les postes opérationnels.

Autre bonne nouvelle pour les candidats qui veulent bouger, le variable fait son retour en bas des fiches de paie. Depuis 2008, les candidats à l'embauche avaient dû reléguer au rang de vieux souvenirs les trois mois de salaire supplémentaires. Les résultats d'enseignes comme Cultura ou Brico Dépôt ont souffert en 2009. Conséquence immédiate, le variable a fondu. « La rémunération variable est liée au résultat du magasin, explique Lionel Deshors. L'activité repartant, elle réapparaît. » Premiers concernés, les postes commerciaux sur le terrain. « Les chefs de département, toutes enseignes confondues, retrouvent un bonus d'un demi-mois de salaire qu'ils avaient perdu pendant la crise », calcule Anthony Buchenet. De manière générale, la partie variable, la cerise sur le gâteau, resurgit depuis la fin de l'été. Sans pour autant atteindre les sommets d'avant la crise. « Aujourd'hui, les nouvelles recrues doivent se contenter d'un mois, un mois et demi de salaire en plus par an », estime Anthony Buchenet. Soit deux fois moins qu'en 2007. Là encore, certains secteurs, comme le hard-discount, ont continué pendant la crise à assurer la partie variable auprès de leurs salariés.

 

De l'importance de l'enseigne et du secteur

Reste à savoir si l'éclaircie va durer. En matière de salaires, le cas par cas dominera toujours. Avec des enseignes qui paient bien, d'autres moins, et des secteurs plus rémunérateurs que d'autres. Il est connu que l'alimentaire récompense mieux ses troupes que le non-alimentaire, que les hypers paient plus que les supermarchés, qu'un Leroy Merlin sera meilleur payeur qu'un Décathlon, qu'un Promod ou qu'un Camaïeu. « Un directeur de Castorama ne fait absolument pas le même travail qu'un directeur de la Halle, s'exclame un spécialiste de la distribution (et des salaires). Cela n'a rien à voir. Le premier dirige quasiment une PME, une équipe de 150 personnes, un comité de direction avec un directeur logistique, un directeur des ressources humaines, un contrôleur de gestion. Alors que le deuxième aura trois fois moins de personnel... et beaucoup moins de chiffre d'affaires. »

 

Le salaire ne fait pas tout

Au-delà de la diversité des cas, il faudra sûrement attendre la fin de l'année pour être fixé. « Il y a encore une certaine frilosité et un manque de visibilité à court terme », estime Emmanuel de Catheu. Celles et ceux qui veulent changer de poste ne sont pas fous. Ils ne regardent pas que le salaire. Même si ce dernier est revenu en tête de leurs facteurs de motivation pour changer de maison - les trois quarts des salariés sondés par Michael Page sont prêts à changer de poste uniquement poussés par cette raison -, d'autres facteurs interviennent. C'est un tout. « Ce n'est qu'un élément de réflexion, mais un parmi d'autres, poursuit Emmanuel de Catheu. Le contenu du poste, les perspectives professionnelles, la participation aux bénéfices, les avantages liés au groupe, tout compte. » Tristan, chef de département chez Leroy Merlin, se trouve plutôt bien loti. Chaque trimestre, une prime de progrès indexée sur les résultats du magasin lui est octroyée. Ces derniers mois, il a pu arrondir ses fins de mois avec 21 % de son salaire en plus. À cela il faut ajouter la participation aux bénéfices. En 2009, ce fut 14 % de son salaire annuel. Ce qui le ferait bouger ? « Les perspectives d'évolution », répond-il, sans hésiter. Mais pas le salaire. On le comprend, il aurait du mal à trouver mieux.

(1) Tous les salaires donnés dans l'étude de Michael Page sont exprimés en K €, sur un an, et comprennent le fixe et le variable.

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Article extrait
du magazine N° 2156

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