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Baisse de l'euro : "Nous assistons à un tsunami", Matthieu Lambeaux, CEO Findus Europe du Sud

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Dans un contexte économique très tendu avec la baisse de l’euro face au dollar et les cours des matières premières qui explosent, les industriels français, en plein dans les négociations commerciales avec les distributeurs, demandent des hausses de prix. Matthieu Lambeaux, directeur général de Findus France et CEO Findus Europe du Sud explique à LSA cette nécessaire revalorisation.

Matthieu Lambeaux, CEO Findus Europe du Sud
Matthieu Lambeaux, CEO Findus Europe du Sud

LSA : Findus est une entreprise française de surgelé, importatrice de poisson. Dans quelle situation êtes-vous ?
Matthieu Lambeaux : Le monde est tombé sur la tête ! Notre industrie de transformation de produits subit deux effets lourds de conséquences sur les derniers mois. Dans un premier temps, nous importons du poisson que nous achetons en dollars. Avec la baisse de l’euro, nos achats de matières premières ont déjà augmenté de 20 %. Du 1er mars 2014 au 28 janvier 2015, l’euro a perdu 21 % de sa valeur face au dollar. Par ailleurs, les cours des trois espèces de poissons les plus utilisées dans l’industrie du surgelé (colin, cabillaud, saumon) ont explosé. Avec, entre autres, l’embargo russe, le cabillaud a enregistré des hausses de 40 % ; le saumon du Pacifique, en raison d’une mauvaise pêche, a augmenté de 35 % ; et le colin de 10 %. Pour Findus, le poisson, c’est 35 à 40 % de notre prix de revient.

"Si nous ne passons pas des hausses de tarifs de 7 à 10 %, Findus va perdre 7 millions d’euros"

LSA : Face à ce constat, quels sont vos moyens d’action ?
M. L. : Nous sommes face à deux évènements indépendants mais concomitants. Alors que nous assistons à un tsunami du dollar, encouragé par la Banque Centrale Européenne (BCE) afin de créer de l’inflation, et des hausses des cours du poisson, les distributeurs veulent baisser les prix en magasins. C’est impossible ! Sur les 12 prochains mois (février 2015-février 2016), si nous ne passons pas des hausses de tarifs de 7 à 10 %, Findus va perdre 7 millions d’euros. Dans le cadre des négociations commerciales 2015 avec la grande distribution (ndlr, qui finissent le 28 février 2015), il faut créer une "exception dollar" qui concernerait les entreprises exposées aux importations de produits en dollar.

LSA : Si votre discours n’est pas entendu, quelles peuvent être les conséquences ?
M. L. : Si les choses ne bougent pas, certaines entreprises vont faire faillite, jouer la carte de la délocalisation ou mettre en place des Plans de Sauvegarde de l’Emploi (PSE). Car la hausse du dollar concerne différents marchés de l’agroalimentaire comme le café, les oranges, l’ananas… Par ailleurs, on ne peut pas encourager la production française sans prendre en compte les coûts que ça représente. Ça fait 5 ans qu’on est dans une crise. On optimise déjà nos coûts et notre modèle économique et rationnalisé. Aujourd’hui, il n’y a plus de plan B. Les distributeurs doivent écouter nos problèmes et accepter des hausses de tarifs, sinon, il n’y a plus d’avenir.

Propos recueillis par Camille Harel

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