Béatrice Trotin, Chargée d'études en nutrition chez Alcimed : « Lait et santé : encore beaucoup de potentiel »

Prévention de l'obésité, de l'hypertension et de l'hypercholestérolémie : ces trois revendications santé pourraient, dans les années à venir, figurer sur des produits laitiers, estime Béatrice Trotin, au terme d'une étude présentée à Congrilait le 26 septembre. Même si le retrait du spot télé Actimel de Danone incite à la prudence.

Qu'est-ce qu'Alcimed et comment avez-vous travaillé ?

Nous assistons notamment les industriels de l'agroalimentaire et de la cosmétique, dans l'identification des avancées scientifiques sur leur secteur et des opportunités qu'elles peuvent représenter. L'étude réalisée pour Congrilait est une synthèse de la littérature scientifique mondiale sur la période 2000-2002 consacrée aux bénéfices santé des produits laitiers. Certains sont déjà bien connus : l'effet sur la formation osseuse ou l'amélioration du bien-être intestinal. En revanche, les effets bénéfiques sur les systèmes immunitaire et cardio-vasculaire le sont moins.

La prévention de l'obésité vous paraît la première des pistes ?

La surcharge pondérale est un problème qui, après les États-Unis, affecte l'Europe. Or, des études épidémiologiques montrent que la consommation de un gramme de calcium par jour, pendant un an chez l'adulte, conduit à la perte de 4,9 kg de graisse corporelle. Le calcium alimentaire stimule le métabolisme lipidique et la cellule stocke moins de graisses. Des travaux récents sur les rats suggèrent d'ailleurs que les CLA ( Conjugated Linoleic Acid) diminuent la masse grasse, ce qui a également été observé chez l'homme mais aussi sur de petites cohortes. Bien sûr, avant d'envisager une allégation santé, il faudrait confirmer ces résultats par des études à grande échelle, pour valider l'effet du calcium dans un produit laitier spécialement formulé. Une allégation envisageable serait du type : « Dans le cadre d'un régime hypocalorique, un apport adéquat de calcium permettrait de diminuer la surcharge pondérale. Les produits laitiers constituant la principale source alimentaire de calcium. »

Associer produits laitiers et prévention de l'hypertension, n'est-ce pas aller un peu loin ?

Aux Etats-Unis, des études ont permis de vérifier le rôle du calcium dans la diminution de la pression sanguine. De plus, la présence de peptides inhibiteurs de l'ACE (Angiotensin Converting Enzyme) a été mise en évidence dans les laits fermentés. Testées chez le rat, ces peptides ont montré des effets hypotenseurs. Cependant, des partisans de la thèse inverse estiment qu'un trop fort apport alimentaire de calcium et de lactose, qui facilite son absorption, entraîne une rigidification des artères et le développement de plaques d'athérome ! Aussi des études sur grande échelle chez l'homme sont-elles nécessaires pour vérifier l'effet hypotenseur du calcium, dans un produit laitier spécialement formulé.

Troisième piste, selon vous, l'hypercholestérolémie

Les études chez l'animal suggèrent que les produits laitiers fermentés auraient plus d'effet que le lait seul. Malgré des résultats très positifs chez le rongeur et le porc, les études avec L.acidophilus montrent souvent une absence d'effet chez l'homme. MD Foods, au Danemark, a lancé en 1993 le yaourt Gaio, fermenté avec le mélange Causido ( deux souches de S. thermophilus et une souche de E.faecium ). Depuis 1995, six études à court terme ont été réalisées pour évaluer son impact sur la cholestérolémie : avec des résultats contradictoires, les auteurs concluent à une baisse de 5 % du LDL-cholestérol. Mais ce résultat reste à valider à long terme.

Après le retrait du spot Actimel, l'exigence en matière d'allégation santé ne va-t-elle pas s'accroître ?

En France, pour bénéficier d'une allégation santé, il faut obtenir de l'AFSSAPS (Agence de sécurité sanitaire des produits de santé) un visa PP (pour publicité) pour chaque support de communication. L'existence d'une procédure pour l'autorisation de ces allégations prouve que la France est déjà plus avancée que certains pays européens en ce domaine. Cependant, les messages destinés aux consommateurs doivent être rigoureusement contrôlés. Le support audiovisuel tout comme la campagne radio, l'affichage ou l'étiquette de l'aliment sont assimilés à des allégations santé, explicites ou implicites. Le message, écrit, oral ou même sous-entendu par un dessin, ne doit pas induire le consommateur en erreur, ni suggérer des propriétés de prévention ou de traitement de maladie. Au niveau européen, la réglementation communautaire devrait évoluer en faveur de l'autorisation des allégations santé. Mais là encore, un contrôle rigoureux de l'information délivrée sera indispensable.
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Article extrait
du magazine N° 1782

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