Belvédère change de patron pour restructurer sa dette

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En conflit avec ses créanciers et en redressement judiciaire, le groupe de spiritueux Belvédère change de PDG et annonce vouloir céder deux marques pour se désendetter. Il était temps...

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Voici une annonce concernant Belvédère qui, une fois n'est pas coutume, n'émane pas d'un tribunal : le conseil d'administration du groupe, endetté à hauteur de 500 millions d'euros et en redressement judiciaire depuis le 21 septembre, a nommé comme PDG Krzysztof Trylinski. Cofondateur, en 1991, et directeur général délégué, il succède à Jacques Rouvroy, l'autre cofondateur, qui « quitte l'entreprise et les mandats qu'il y exerçait, pour des raisons personnelles », précise un communiqué. Ce changement a vocation à rassurer. Sauf qu'il faut rassurer beaucoup de monde : les 3 650 salariés, les fournisseurs, les créanciers - comme le fonds d'investissement américain Oaktree Capital Management et... l'acteur américain Bruce Willis - qui reprochent notamment à Belvédère de s'être endetté pour racheter à prix d'or Marie Brizard, sans oublier les clients.

En effet, Belvédère, dont le siège social vient de déménager de Beaune (21) à Beaucaire (30), enchaîne les épisodes juridico-financiers. « Nous sommes entrés en zone de turbulences en 2007, soit un an après le rachat de Marie Brizard (la filiale française de Belvédère), explique un représentant du personnel. Belvédère a été placé en procédure de sauvegarde en juillet 2008, une action renouvelée trois fois sans qu'aucun plan de désendettement ne soit respecté. » D'où la transformation de cette procédure en un redressement judiciaire. La société a donc dix mois - le délai maximum - pour se rétablir. Le tribunal de Nîmes dira, le 1er décembre, s'il valide une nouvelle procédure de sauvegarde.

 

Préservation de l'emploi

« Mon premier geste, en qualité de PDG, va vers nos créanciers, que j'invite à venir s'asseoir à la table des négociations pour le bien de l'entreprise et la préservation de ses emplois, tente de rassurer Krzysztof Trylinski. Mon objectif prioritaire est de désendetter Belvédère. Cela sera rendu possible rapidement par la cession de deux marques. » Sans toutefois préciser si elles sont françaises ou polonaises... Car Belvédère est essentiellement implanté dans ces deux pays qui représentent respectivement 59,6% et 29,3% du chiffre d'affaires, soit 422,4 millions d'euros au premier semestre 2011, en croissance de 9,9%.

Du côté des 750 salariés français, la nouvelle est prise avec prudence : « Nous espérons un vrai changement. Mais Krzysztof Trylinski était déjà directeur général délégué. Si nous l'avons peu rencontré jusqu'ici, nous savons qu'il a un profil plus industriel que Jacques Rouvroy, un pur financier », explique le représentant du personnel. Celui-ci cite quelques bonnes initiatives du nouveau PDG : il a créé les vodkas Chopin et Sobieski, vendues dans le monde entier, ainsi que Fruits and Wine, une gamme de vins mélangés à du jus de fruits, un succès estival. En plus d'un bon flair en marketing, il lui faudra aussi être un négociateur hors pair pour calmer ses créanciers.

Le groupe en France

Marie Brizard - 252,2 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2010 (29 % du CA de Belvédère) - 750 salariés - Ses marques principales : William Peel, leader des whiskys blend de - de 12 ans, 20,6 % de PDM en volume ; Sobieski : numéro 3 de la vodka, 12 % de PDM en volume - Et aussi : cocktails William Pitterson, liqueurs Marie Brizard, liqueur moderne Manzanita, pastis Berger, etc. Moncigale, filiale à 100 % de Marie Brizard - 104 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2010 - 247 salariés - Spécialisée dans le vin, anciennement Les Chais beaucairois, revendue par Casino à Marie Brizard, en 2002 - Des vins sous MDD, essentiellement, dont 50 % pour les diverses enseignes du groupe Casino Sources : Belvédère, syndicats

KRZYSZTOF TRYLINSKI, PDG de Belvédère

« Je veux que nous nous concentrions sur notre coeur de métier : créer des marques de spiritueux haut de gamme et mondiales. Face à une dette de 500 M E, nous affichons un portefeuille de marques valorisé à 1 Mrd E minimum. Je demande à nos créanciers de bien vouloir négocier une sortie honorable de cette crise. »

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Article extrait
du magazine N° 2200

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