Benoît Hamon défend sa loi lors de la conférence Négociations Commerciales

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Lors du colloque LSA sur les négociations commerciales, salle Wagram à Paris, le ministre de la Consommation a défendu sa loi devant un parterre d’industriels (Unilever, Malongo, Pasquier, Labeyrie, Le Graet...) et de dirigeants d’enseigne (Leclerc, Carrefour, Intermarché, Auchan et Système U) sceptiques sur certaines dispositions. En détendant l’atmosphère par une réplique humoristique à Michel-Edouard Leclerc, assimilé à la « Castafiore » au pays des Soviets… L'essentiel de la journée avant d'en découvrir encore plus dans LSA jeudi 10 octobre et, chaque jour, grâce à des interviews vidéos.

Benoît Hamon, lors du colloque LSA (photo Nicolas Filiol)
Benoît Hamon, lors du colloque LSA (photo Nicolas Filiol)

Michel-Edouard Leclerc l’avait bien cherché. En soupirant qu’avec la loi Hamon sur les relations commerciales, on s’approchait du « pays des Soviets », il ne pouvait pas espérer que le ministre ignore son propos. Et c’est non sans humour que Benoît Hamon s’est demandé si « Michel-Edouard Leclerc, au pays des Soviets, jouerait le rôle de Tintin, du capitaine Haddock ou de la Castafiore. Je pencherais plutôt pour la Castafiore ».

Après quoi, le ministre a défendu avec application tous les points de son texte et dieu sait si ils sont nombreux : la clause de revoyure, le renforcement des pouvoirs de la DGCCRF, la convention unique, les tribunaux administratifs, le compte-rendu par écrit du résultat de la négociation, sans oublier l’affaire de la viande de cheval ou l’action de groupe, « évolution historique du droit au bénéfice des consommateurs ». Mais Benoît Hamon doit aussi souscrire à la volonté du président de la République pour un « choc de simplification ».

Et comme il n’est pas aisé de marier simplification et complexification en même temps, le ministre a précisé que le texte pouvait encore évoluer, notamment dans le domaine des fameux comptes-rendus. « Mon bureau est ouvert, et il n’est pas à Moscou », a-t-il tenu à préciser, campant sur la blague des soviets. La question des NIP dans la convention unique, ou des montants qui devraient être précisés, n’est pas définitivement tranchée non plus. Visiblement, le texte peut encore être négocié. L’ouverture est d’importance, car Razzy Hammadi, rapporteur de la loi, le matin même, indiquait de son côté que les comptes-rendus de négociation pourraient aussi être obligatoires même quand elles n’ont pas abouti !

Evidemment, les distributeurs étaient toute ouïe. Quelques instants auparavant, Jérôme Bédier, secrétaire général de Carrefour, grand habitué du colloque, plaidait devant le ministre pour «un peu moins de rigidité». Jacques Creyssel, président de la FCD, et Olivier Desforges, président de l’Ilec, aux intérêts habituellement opposés, défendaient ensemble la nécessité de ne pas inclure les NIP dans la convention unique, ce qui consacrerait « un retour aux marges arrière ». Et le premier demandait, avec le soutien de Xavier Beulin, président de la FNSEA, de limiter la clause de revoyure aux produits agricoles bruts ou faiblement transformés. Arnaud Degoulet, vice-président de Coop de France, pointait enfin l’urgence de protéger les filières animales et le secteur laitier : «des entreprises sont en faillite et d’autres près de l’être», alertait-il.

Quant à Jean-Philippe Girard, qui faisait son entrée sur la scène des relations commerciales en tant que nouveau président de l’Ania, il indiquait qu’il fallait peut-être cesser d’appeler en permanence l’Etat pour résoudre tous les problèmes. Il a même fait beaucoup rire l’assistance en lui demandant «si la loi Hamon allait changer quelque chose dans les relations commerciales». Comme il n’y a eu aucune réaction, il a déclaré se ranger «à l’avis de la salle !». Voilà pour l’institutionnel.

Côté business, Auchan et Intermarché n’ont pas été avares de révélations. Une précision d’abord, dans l’affaire Coopernic, alors que Leclerc révélait qu’une nouvelle alliance allait naître le 1er janvier. «Comme on m’a posé la question, je le dis, Auchan ne rejoindra pas Coopernic », a précisé Bruno Terrier, directeur client-offre-achat de l’enseigne nordiste, aux côtés de Pierre-René Tchoukriel, directeur des achats. Avec, là aussi, un trait d'humour évidemment. La ligne Auchan, c’est la promesse de croissance : via le drive, les nouveaux concepts comme Arcimbo, Cœur de Nature, les innovations collaboratives grâce au partenariat avec Quirky, le vrac premium, et un appel lancé aux industriels pour développer plus de petits conditionnements qui permettent de réduire la valeur faciale de l’offre…

Thierry Cotillard, directeur de l’offre alimentaire d’Intermarché et Netto, a révélé qu’après l’intégration de 2000 nouvelles références de marques nationales, était venu le temps de l’arbitrage  dans les gammes. «Sur les négos, le brief est clair, il faudra aller plus vite qu’à l’habitude, nous demandons les tarifs et les CGV avant la fin du mois pour appliquer le plan d’affaires dès le 1er  janvier. La prime aux primo-signataires sera importante». Il a assuré aux fournisseurs que «la croissance de 0,5 % l’an était déjà acquise pour les trois ans à venir ».

Bref, que des perspectives réjouissantes. Dominique Amirault, président de la Feef se réjouissait d’ailleurs que des accords pour les PME de la Feef aient été signées par la totalité des enseignes. «Nous avons des problèmes spécifiques, notre rentabilité s’est dégradée depuis l’adoption de la LME, à cause de la guerre des prix sur les grandes marques». Les négos sont-elles sur le chemin de l’apaisement ? Olivier Desforges reste très sceptique. «Je crains que nous passions comme l’an dernier les trois derniers mois à négocier l’atterrissage de 2013, avant de pouvoir aborder les négociations de 2014».  Effectivement, avec des marques dont les prix ont chuté en moyenne de 1,7 % et qui nourrissent la guerre des prix, il est probable que les prévisions de marges de début d’année n’aient pas été tenues…Et comme nous ne sommes pas au pays des Soviets, la négociation va rester ardue ! 

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