Benoît Hamon furieux des propos de Michel-Edouard Leclerc

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Au congrès de Coop de France hier, le ministre de la Consommation a déclaré les propos de Michel-Edouard Leclerc considérant qu’il «s’assoit sur la loi » comme inacceptables, et menaces de nouvelles assignations, rappelant qu’il vient d’en déposer une à son encontre. Philippe Mangin, président de Coop de France, estime que la loi sur la consommation reste insuffisante en l’état.

Benoît Hamon

Les propos tenus hier par Michel-Edouard Leclerc sur Europe 1, qui a considéré qu’il «s’asseyait sur la législation quand elle est faite contre moi », a provoqué la fureur de Benoît Hamon, ministre de la Consommation et de l’Economie sociale et solidaire, alors qu’il s’exprimait devant les coopératives agricoles rassemblées en congrès par Coop de France. «Ce qu’il a dit sur les radios est inacceptable, je le dis en tant que ministre, la loi est faite pour tous. Quand les élites économiques tiennent de tels propos, on disloque l’adhésion de tous les Français à la loi. Je prends ces propos pour un écart, un excès ».

Exposant la loi qu’il vient de défendre devant les députés en seconde lecture, avant qu’elle ne revienne devant le Sénat, le ministre a indiqué qu’il veut « rééquilibrer les relations commerciales à l’avantage des fournisseurs. Je défends le principe de négociabilité, en échange de la transparence et dès lors que les conditions générales de vente sont bien le socle de la négociation ». Il entend faire appliquer cette loi, sans quoi  « il me reste le pouvoir d’assigner en justice une entreprise pour cause de déséquilibre significatif, comme je viens de le faire il y a quelques semaines vis-à-vis d’une enseigne (Leclerc Ndlr) et s’il faut assigner tel ou tel, je n’hésiterai pas»

Sur Europe 1, ME Leclerc avait été direct : la législation, «je m'assois dessus quand elle est faite contre moi. Quand c'est une loi qui détourne le droit pour s'en prendre à des gens que le gouvernement sollicite par ailleurs pour aider les éleveurs, les petits producteurs, les PME ou pour faire baisser le produit de rentrée des classes ou le carburant. Ce sont les mêmes qui après font semblant de me dire : "Leclerc, je vais te le polisser et lui faire augmenter ses prix !" Ça n'a aucun impact sur moi.". Auparavant, il avait pointé les contradictions du ministre de la Consommation : « Simplement il dit les jours pairs qu'il ne faut pas trop faire descendre les prix et intervient dans la négociation commerciale. Mais reconnaissez que les jours impairs il me demande de casser le prix des lunettes sur internet, de le vendre moins cher par rapport aux opticiens qui disent le contraire...". Dans le projet de loi consommation, Benoît Hamon a effectivement introduit des amendements de dernière minute visant à faciliter les ventes de lunettes sur internet et « permettre au consommateur d’économiser 1 milliard d’euros, au bénéfice du pouvoir d’achat, sans qu’il un coûte un centime à l’Etat ». Les opticiens et les ophtalmologues sont montés au créneau, dénonçant pour les premiers la « destruction annoncée de 16 000 emplois » et pour les seconds «des risques majeurs pour la santé ».

«Je n’ai aucun doute qu’il faille baisser le prix des lunettes, a tenu à préciser Benoît Hamon devant les dirigeants de coopératives, parce qu’il s’agit là d’une rente, Mais je suis contre l’alimentation low cost et le fait que dans la filière, un seul maillon se réserve toute la valeur ajoutée. Quand j’entends le président de la FCD dire que la loi va faire augmenter les prix de 5 %, je pense qu’il s’est trompé, il voulait dire 0,5 %. Je veux apporter un message d’espoir aux coopératives agricoles, c’est un modèle qui mérite d’être consolidé ». Avec une notion de solidarité « qui n’est visiblement pas partagée par les coopératives de commerçants ».  Rappelons en effet que Leclerc et Système U sont des coopératives aussi…  Dans la loi Economie sociale et solidaire, qui va arriver en première lecture à l’Assemblée nationale, il défendra des articles ajoutant des obligations d’apport et d’achat aux adhérents de coopératives que l’Autorité de la concurrence a sanctionné l’an dernier. Pas facile de s’y retrouver ! D’autant que cette loi consolide aussi les coopératives de commerçants, notamment pour préserver les réseaux de magasins de l’attaque des groupes intégrés via le rachat de points de vente…

Philippe Mangin, président de Coop de France, qui a reçu pas moins de trois ministre à son congrès, a redemandé au ministre de la Consommation de trouver le moyen que les coopératives puissent bénéficier du CICE (un rendez-vous aura lieu en janvier à Matignon), de renforcer sa loi sur la consommation, insuffisante en l’état,  «en fixant une date obligatoire d’application des tarifs convenus lors de la négociation pour assurer la sécurité juridique et économique des coopératives », et de rendre publique « toute décision relative à des amendes administratives » infligées aux enseignes en cas de non-respect de la nouvelle loi (applicable en 2015). Enfin, il a appelé le ministre à intervenir alors que « les négociations en cours sont extrêmement violentes, alors que l’industrie constitue le maillon faible de la filière ». Il craint que 2014 soit encore « beaucoup plus difficile pour nos secteurs que 2013 ». Le projet de loi consommation n’a donc pas fini de faire couler de l’encre.

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