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EDITORIAL Lorsque l’ancien ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, est nommé vice-président du conseil d’administration d’Habitat, il convient de se préserver de tout jugement hâtif.

YVES PUGET EDITO
YVES PUGET EDITO© © laetitia duarte

Certes, tout le monde se souvient qu’il voulait mettre « un bon coup de pied aux fesses à la grande distribution ». Personne n’a oublié ses interrogations sur la nécessité d’installer « un détecteur de mensonges pour les patrons », ou sa diatribe contre « ces grands groupes qui ne sont intéressés que par la rentabilité financière ». Et certains guettent les premières décisions stratégiques de l’homme qui déclara que « la grande distribution a assommé les PME », ou réclama des « rayons made in France dans les magasins, comme pour le bio ». Quant aux syndicats, ils gardent en tête le « vous ne pouvez pas licencier, alors que vous faites des bénéfices ». Cette liste, non exhaustive, démontre à quel point le ministre-avocat était en plaidoirie permanente. Avec emphase, impertinence et grande capacité d’indignation, il multipliait les petites phrases et grandes envolées lyriques. Très sceptiques au départ, bon nombre d’industriels se sont ensuite laissé séduire. En quelques mois, même si l’orateur a pris le pas sur l’acteur et s’il a davantage frappé les esprits que changé les règles du jeu, Arnaud Montebourg est devenu le cajoleur d’une industrie malade et le grand défenseur du made in France.

Fort de cette image, il va devoir relever ce nouveau défi du commerce. Pour commencer, l’ancien ministre de l’Économie sera confronté à ce que sa majorité n’a pas réussi à redresser. Si l’économie n’est pas au mieux, le marché du meuble n’échappe pas à la règle. Pire, après un nouveau recul de 1,5% en 2014, il affiche un niveau de ventes (9,12 milliards d’euros) inférieur à celui de 1990 ! Dans une telle situation, certains espèrent que la forte personnalité d’Arnaud Montebourg bousculera les habitudes et relancera la machine. Mais les mots ne suffiront pas pour réparer les maux. Son arrivée surprise est aussi une superbe opération pour Habitat. Le nouveau vice-président devra se plonger dans les dossiers afin de participer activement au redressement d’une belle marque, mais au parcours économique chaotique. L’homme a assez d’énergie pour entraîner avec lui ses équipes et ses partenaires.

Enfin, l’ancien député de Saône-et-Loire sera confronté dans les mois à venir aux arcanes et aux difficultés du commerce. Or, en France, cette activité est perpétuellement décriée par les politiques, de droite comme de gauche. Même si ce n’est pas sa mission, Arnaud Montebourg pourrait peut-être un jour recevoir une « convocation de Bercy » et devoir défendre la cause de la distribution auprès de la classe politique. Il pourrait alors expliquer aux ministres, députés et sénateurs que les conditions et équations économiques sont plus complexes qu’ils ne le croient, que les enseignes génèrent de l’emploi et tentent de préserver le pouvoir d’achat des Français. Que la grande distribution n’est pas le mal absolu que pensent certains – et qu’Arnaud Montebourg pensait visiblement il y a peu. Voilà pourquoi si, pour une fois, un politique s’intéresse de près et positivement à la grande distribution, même s’il n’y sera pas à plein temps, et même s’il ne sera pas « rémunéré » mais « indemnisé », il serait malvenu de s’en plaindre. 

Tout le monde se souvient qu’Arnaud Montebourg voulait mettre “un bon coup de pied aux fesses à la grande distribution.

 

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Article extrait
du magazine N° 2360

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