Big bang chez Carrefour France

|
Twitter Facebook Linkedin Google + Email Imprimer

Carrefour France a décidé d'une vaste réorganisation, marquée par le retour à un découpage régional de ses hypermarchés et la création d'une « superdirection » des marchandises. Le tout piloté par neuf nouveaux responsables. Ces choix et ce casting parfois surprenants portent l'empreinte du PDG, Georges Plassat.

Georges Plassat PDG du groupe Carrefour
Georges Plassat PDG du groupe Carrefour

Pour ceux qui estimaient la « méthode Plassat » davantage marquée par les bons mots que par les actes forts - au-delà de cessions bien menées à l'international -, ce 27 mars 2013 est à graver d'une pierre blanche. C'est, en effet, la date choisie par Carrefour France pour officialiser un vaste remaniement. Un « big bang » managérial où il est difficile de ne pas voir la griffe du PDG, qui n'avait procédé qu'à peu de nominations depuis son arrivée à la tête du numéro deux mondial, voici un peu plus d'un an.

Cette fois, c'est presque tout l'état-major de sa principale filiale qu'il a renouvelé, n'hésitant pas à faire des choix jugés parfois très surprenants en interne. Seuls deux dirigeants conservent leur place dans la nouvelle organisation, qui sera effective d'ici à mai 2013 : Noël Prioux, le directeur exécutif de Carrefour France, et Gérard Dorey, inamovible patron de la proximité et du cash et carry. Quant aux neuf nouveaux directeurs promus, deux seulement occupaient des positions de choix dans la précédente équipe : Philippe Lartigue et Patrice Lespagnol. Le premier avait la charge des très grands hypers et prend la direction du bassin Grand-Ouest de la nouvelle direction des hypermarchés (lire ci-contre). Le second, qui s'occupait des 131 hypers d'attraction, soit le coeur du réacteur de la branche, avec plus de 60% du chiffre d'affaires, dirigera la zone Sud-Est.

Les enjeux

  • Redonner plus de latitudes aux hypermarchés
  • Insuffler du sang neuf et plus de souplesse dans une organisation très centralisée
  • Harmoniser et moderniser les systèmes d'information
  • Relancer les ventes en France

Carrefour France

  • 39,5 Mrds € de CA TTC en 2012, + 0,1% vs 2011
  • 45,7% des ventes du groupe
  • 929 M € de résultat opérationnel en 2012
  • 43% des résultats du groupe
  • 4 635 magasins
  • 5 millions de m² de surfaces de vente
  • 110 000 salariés

Source : Carrefour

Miser sur l'énergie des « novices »

Les sept autres sont nouveaux à leur poste et même, parfois, dans leur métier. Ainsi, Éric Bourgeois, qui prendra, en mai, la direction des hypers France - principale entité du groupe, avec 21,8 milliards d'euros de chiffre d'affaires TTC en 2012 (- 1,9%) -, n'a aucune expérience du format. Il a réalisé toute sa carrière dans les supers avant de prendre en mains, il y a deux ans, les produits frais traditionnels à la direction des marchandises. Certes, son expérience dans la construction des assortiments pourra être utile à l'enseigne, qui veut redonner du lustre et du mordant à son offre, mais il ne sera pas facile pour lui de piloter 220 hypers pour lesquels les galons gagnés sur le terrain comptent encore beaucoup. Des galons, Pierre Bertholat en a conquis de haute lutte en Chine. Mais, après vingt et un ans passés en Asie, l'acclimatation de celui qui dirigeait la Chine du Sud à la tête du bassin Grand-Nord pourrait s'avérer compliquée...

Même nomination surprenante pour diriger les supermarchés. Alain Rabec, le futur directeur exécutif des 934 points de vente, a fait l'essentiel de sa carrière dans... les hypers. « Au moins, il connaît un peu l'exploitation, puisqu'il a rejoint les supermarchés depuis cinq ans pour piloter leur passage sous enseigne Carrefour Market, à la différence d'Éric Bourgeois, qui, aussi méritant qu'il soit, n'a jamais mis les pieds dans un hyper », commente, très étonné, un ancien du groupe. Une surprise que partageaient des cadres de Carrefour au lendemain de l'annonce. « Nous nous attendions à une grande réorganisation et à quelques changements de têtes. Nous avons eu droit à beaucoup d'hommes nouveaux et à peu de réorganisation, constate l'un eux. Pour les hypers, on revient à un fonctionnement vieux d'il y a trente ans. Et il n'y a guère qu'aux marchandises que ça bouge vraiment, mais avec le risque d'une perte des compétences. »

 

Un État dans l'État

Là aussi, le casting a surpris. Il y a d'abord la nomination de Patrice Zygband, l'ex-dirigeant d'AT Kearney, un homme extérieur au sérail, à la tête de ce pôle qui fait figure d'État dans l'État, tant ses prérogatives sont nombreuses : centrales d'achats, logistique, systèmes d'information, organisation et méthodes, qualité et développement durable, pricing ainsi que les études fournisseurs et marchés. N'en jetez plus !

Certes, choisir celui qui est, à l'évidence, à l'origine de la création de cette direction pour la piloter semble plutôt logique. Surtout que Patrice Zygband est décrit comme étant très proche de Georges Plassat, qu'il conseille depuis vingt ans, et qu'on le dit plongé depuis plus de huit mois « sur tous les dossiers du groupe ».

Mais confier deux des directions clés des marchandises, les PGC et les produits frais traditionnels, à des « novices » est beaucoup plus singulier. Or, selon nos informations, ce sont Jérôme Hamrit, un Essec de 37 ans passé par Procter, puis... AT Kearney, et Bruno Lebon, un homme des hypers, récemment aux manettes des drives, qui vont piloter ces deux catégories. Ajoutez à cela le fait que le nouveau directeur des marchandises non alimentaires, qui remplace un Rémy Baume en partance, ne devrait pas arriver avant le mois d'août, et vous comprendrez que le management de cette nouvelle superstructure suscite quelques interrogations.

Les autres nouveaux venus ou nouveautés


  • La direction technique est confiée à Laurent Bataille (ex-Bouygues et Auchan), chargé d'accompagner la modernisation du parc de magasins. Il doit notamment rénover 150 hypermarchés au cours des trois prochaines années. Avec les ouvertures et les rénovations, ce chantier pourrait représenter près de 1 milliard d'euros.
  • La direction banque, services et projets est confiée à Gauthier

Durand Delbecque. Elle réunira les activités banque, assurances, Carrefour voyages, Carrefour spectacles, locations de véhicules, carburants, cartes. Cette direction gère aujourd'hui plus de 14 millions de cartes et 5,9 milliards d'euros d'encours de crédit.

 

 

« Sortir des baronnies »

Mais elles ne sont sans doute pas pour déplaire à Georges Plassat, grand adepte, à ses débuts, du « chaos management », dont l'un des principes consiste à mettre en compétition plusieurs équipes sur le même dossier pour en sortir la meilleure solution. Le PDG ne cachait plus son agacement face à ce qu'il appelait des « chloroformés ». Début mars, en présentant les résultats du groupe, il dessinait déjà la réorganisation actuelle : « S'agissant de la France, il faut sortir des baronnies et des territoires. [...] On a à peu près les mêmes problèmes que l'Éducation nationale. La clé est de simplifier les organisations. » C'est chose faite, du moins sur le papier. Au risque de fragiliser le patron de la France au passage. Noël Prioux perd en effet la direction des hypers et abandonne des prérogatives importantes à Patrice Zygband, qui va concentrer, de fait, beaucoup de pouvoirs.

Un virage mieux compris en interne : « S'assurer que les technologies et la supply chain sont alignées sur les marchandises me semble une très bonne chose », commente un cadre. Les gros bugs liés aux systèmes d'information - notamment Attica, celui des hypers, importé d'Espagne - ont laissé des traces et beaucoup pénalisé Carrefour France ces dernières années. L'une des priorités de Patrice Zygband sera d'ailleurs de piloter la mise en service d'Attica II : une version issue du système des supers - appelé Caroline, plutôt fiable et robuste - et adaptée aux hypers. De quoi permettre aussi aux deux grandes branches du groupe en France de parler le même langage. Pour ce faire, il pourra s'appuyer sur Taha Husseini, l'ancien patron de l'informatique de Casino, qui a rejoint Carrefour depuis plusieurs mois comme conseiller du président. C'est aussi ça, la méthode Plassat, un savant mélange d'hommes neufs et de fidèles.

Les changements


Des hypermarchés régionalisés

L'homme clé : Éric Bourgeois

Après une carrière dans les supers et la franchise et un passage aux produits frais depuis deux ans, il ne semblait pas, a priori, être un candidat naturel pour le poste. Il est entouré de quatre patrons expérimentés.

Ce qui change

  • Une direction des hypers, alors qu'ils dépendaient directement de Noël Prioux depuis un peu plus d'un an.
  • 4 bassins géographiques : Ile-de-France, Grand-Ouest, Sud-Est et Grand-Nord, respectivement placés sous la responsabilité de Sylvain Ferry (ex-PGC) Philippe Lartigue (ex-grands hypers), Patrice Lespagnol (ex-hypers de destination) et Pierre Bertholat (ex-patron de la Chine du Sud), et 17 régions.
  • Globalement, un retour au schéma précédant l'arrivée de Lars Olofsson, en 2009.

Les enjeux

  • Redresser les ventes et la rentabilité de la principale filiale du groupe, dynamiser l'offre, donner plus d'initiatives aux magasins, moderniser le réseau.

Les chiffres

220 hypers, 60 000 salariés, 21,9 Mrds € de CA (- 1,9%), 80 M € de pertes en 2012 après paiement des loyers, selon nos informations

Un nouveau patron des supermarchés

L'homme clé : Alain Rabec

Après vingt-trois ans aux hypers, il a rejoint les supers en 2007 pour piloter le passage sous enseigne Carrefour Market comme directeur d'exploitation et directeur du développement.

Ce qui change

La branche passe aux mains d'un opérationnel, après avoir été dirigée par Alexandre Flack, un homme de finances, qui fut trois ans à la tête de Carrefour Market.

Les enjeux

  • Passer de Carrefour Market à Market en redonnant davantage d'autonomie à l'enseigne.
  • Développer les ventes et la franchise.
  • Étendre le nouveau concept, moderniser le réseau.

Les chiffres

934 supers, 13,35 Mrds € de CA (+ 1,4%) en 2012

Création d'une direction marchandises, supply chain et systèmes

L'homme clé : Patrice Zygband

Ce proche de Georges Plassat, qu'il conseille depuis près de vingt ans, vient d'AT Kearney, dont il était un dirigeant clé, pour piloter une superdirection qu'il a contribué à concevoir. Il s'appuiera, aux marchandises, sur : Jérôme Hamrit (ex-ATKearney), aux PGC, et Bruno Lebon, aux produits frais trad.

Ce qui change

Fusion des trois plus grandes directions supports de Carrefour France, cette direction comprend l'ensemble des centrales d'achats, la logistique, les systèmes d'information, l'organisation et méthodes, la qualité et développement durable, le pricing et études fournisseurs et marchés.

Les enjeux

  • Mettre les fonctions support clés (informatique, logistique, achats) au service de l'exploitation.
  • Déployer le nouveau système d'information des hypers, Attica II.
  • Donner très vite corps à un service achats totalement remanié.

Les chiffres

4 635 magasins à livrer en France

Sources chiffres : Carrefour, LSA

Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter

Article extrait
du magazine N° 2268

Couverture magasine

Tous les jeudis, l'information de référence de la grande consommation Contactez la rédaction Abonnez-vous

 
Suivre LSA Suivre LSA sur facebook Suivre LSA sur Linked In Suivre LSA sur twitter RSS LSA