Blockchain et supply chain, l’avenir de la traçabilité [Tribune]

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TRIBUNE D'EXPERTS La technologie Blockchain évolue à grands pas et pour Mathieu Lesueur, consultant blockchain au sein du groupe Talan, la supply chain doit s’en emparer rapidement pour que puisse éclore une réelle révolution de la traçabilité.

Mathieu Lesueur, consultant blockchain au sein du groupe Talan
Mathieu Lesueur, consultant blockchain au sein du groupe Talan

Crises sanitaires, gaspillage alimentaire, demande de transparence… les enjeux auxquels doivent faire face les acteurs de l’agro-alimentaire sont multiples et vont s’accélérer dans les prochaines années. L’EDI (Échange de Données Informatisées), majoritairement utilisé par les entreprises, a atteint son degré maximal de maturité. Il est temps de franchir un nouveau cap et de se tourner vers un registre distribué, inaltérable et décentralisé : la blockchain.

1/ Un outil collaboratif performant pour tous les acteurs de la supply chain

La blockchain, ou chaîne de blocs, permet le stockage et la transmission de données de manière sécurisée, décentralisée et coordonnée. La chaîne logistique, avec la mondialisation notamment, devient de plus en plus complexe. La technologie Blockchain permet aux acteurs de la supply chain de disposer des données en temps réel, partagées par tou·t·e·s et d’avoir une vision claire et précise de l’ensemble des échanges en tous points. En permettant une transparence de ces échanges, la blockchain renforce la collaboration et la confiance entre les acteurs.

De plus, la blockchain permet la traçabilité des différentes étapes de production de manière fiable. En cas de problème, une information peut très vite être retrouvée. La technologie Blockchain est donc un véritable facteur de performance pour la supply chain.

Une des réticences principales face au déploiement de la blockchain est la crainte de la disparition de métiers historiques, tel le responsable qualité qui est en charge de valider toutes les procédures. On peut aisément imaginer que les procédures seront automatiquement validées par le système via les « smart contracts ». Loin de supprimer le travail du Responsable Qualité, celui-ci n’aura plus à valider les données qui lui sont présentées et pourra donc se consacrer à l’aspect décisionnel de son métier. Par exemple, lors d’un exercice de traçabilité sur les mangues, Walmart n’a mis que 2,2 secondes pour remonter la chaîne logistique contre plusieurs jours auparavant.

2/ Une réponse à une crise de confiance grandissante

Les notions de transparence et de confiance sont également de plus en plus importantes pour les consommateurs. En effet, les scandales sanitaires, comme les lasagnes de bœuf à la viande de cheval en 2013 ou, plus récemment, le lait infantile contaminé, entraînent une vraie méfiance. À cela s’ajoute la prise de conscience collective de l’impact écologique de nos modes de consommation et des industries agroalimentaires. Les consom’acteurs recherchent donc de plus en plus d’authenticité, de proximité avec les producteurs et de transparence sur la provenance des produits.

Dans le contexte actuel de mondialisation du marché, la défiance des consommateurs face à une crise sanitaire dépasse les frontières. Les prochaines crises seront d’ampleur internationales et les acteurs de l’agro-alimentaire doivent y être préparés.

L’utilisation de la blockchain dans la supply chain est une des réponses possibles à cette chute de confiance. En cas de crise alimentaire, la mise en place de « smart contrats » permet d’identifier rapidement la source du problème et d’être plus réactifs dans sa résolution. Les distributeurs ont bien compris cet enjeu et commencent à mettre en place des solutions dans ce sens. Le géant américain Walmart a, par exemple, exigé le déploiement de la blockchain chez ses fournisseurs de légumes-feuilles. Du côté français, Carrefour est en train de déployer la blockchain dans neuf filières cette année. Mais, si les industriels ont assimilé le pouvoir et l’efficacité de cette technologie, son application dépasse rarement le stade de l’effet d’annonce.

3/ Quels freins au déploiement de la blockchain ?

Pour que cette révolution puisse avoir lieu dans la supply chain, différents freins sont encore à lever. Le premier, et de loin le plus important, est humain. Mettre d’accord tous les acteurs de la chaîne présents autour de la table est un vrai challenge. L’accompagnement au changement des équipes sera nécessaire, notamment dans l’utilisation de cette technologie. Quelle blockchain utiliser ? Comment ? À qui donner les droits ? Toutes ces questions doivent être étudiées en amont d’un déploiement. Ce premier frein n’est toutefois pas insurmontable, à l’image d’initiatives émergentes comme KOMGO, plateforme blockchain interbancaire, constituée d’acteurs concurrents, spécialisée dans le trading de matières premières.

Un autre frein se trouve du côté de la technologie. Aujourd’hui, la technologie Blockchain n’est pas assez mature pour traiter des volumes conséquents de transactions, comme ceux des cartes bancaires par exemple, et pourrait donc apparaître comme lente dans le domaine de la supply chain. Les chaînes logistiques peuvent cependant être freinées par certaines lenteurs administratives et la blockchain apparaît alors comme un véritable gain de temps. Pour l’armateur danois Maersk, qui a lancé TradeLens avec IBM, la solution blockchain réduirait jusqu’à 40% les temps de transit par la centralisation d’informations actualisées.

Enfin, le dernier frein est financier. Durant les dernières années, les industriels ont dû engager des dépenses liées à des exigences de traçabilité, notamment au travers des normes imposées par les cahiers des charges IFS (International Featured Standard) et BRC (British Retail Consortium) et sont plus réticents à ré-investir dans une évolution de leur supply chain. Mais, si l’investissement dans une plateforme est lourd, il est toutefois généralement divisé entre plusieurs entreprises.

Pour que ces freins puissent être levés, il est nécessaire que l’État s’implique davantage sur la question et incite à la mise en place de solutions, par la législation. Les autorités doivent mettre toutes les parties prenantes autour de la table et travailler de façon collaborative avec les industriels pour limiter les jeux de pouvoir entre les différents acteurs.

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