Boissons : À la santé du durable !

|

DOSSIER Le défi de produire plus propre et plus durablement intéresse les fournisseurs de boissons de la grande distribution, d’autant qu’ils sont régulièrement accusés de nuire à la société ou à la planète. Voici quelques exemples intéressants de démarches de responsabilité sociétale et environnementale.

Un exemple de filtre végétal de la société Jean Voisin. Monin en installera un similaire.
Un exemple de filtre végétal de la société Jean Voisin. Monin en installera un similaire.

Le retour des oiseaux dans les vignes en biodynamie, des coquelicots en bordures de chemin après avoir limité le recours aux pesticides dans les champs, la préférence accordée aux ingrédients issus du commerce équitable… Voilà quelques exemples concrets de mise en œuvre d’une politique « développement durable » dans les exploitations ou les usines de l’univers des boissons. Quelques exemples parmi plusieurs centaines d’autres, de plus en plus nombreux, et parfois très simples à mettre en œuvre et à valoriser auprès des consommateurs, très souvent demandeurs de belles histoires et d’initiatives bucoliques. Mais au-delà de ces actions encore souvent ponctuelles ou opportunistes, non encore structurées dans le cadre d’une authentique « stratégie RSE » (responsabilité sociétale et environnementale), un nombre non négligeable et croissant d’acteurs dans le monde des boissons – alcoolisées ou non – affichent déjà un haut niveau d’implication en matière de développement durable. Un engagement qui correspond souvent à ce que certains appellent une stratégie de compensation.

De nombreuses critiques…

De fait, dans le secteur des boissons, beaucoup d’acteurs doivent faire face aux critiques, voire aux attaques. Du côté des vins et des boissons alcoolisées en général, c’est bien sûr la teneur en alcool de la boisson qui est mise en cause. Mais ce peut être également la présence de traces de pesticides dans le produit… Du côté des non alcoolisées, c’est très souvent la teneur en sucre qui pose problème. Et quand ce n’est pas le sucre, c’est parfois l’édulcorant qui l’a remplacé… Même l’eau est pointée du doigt ! La bouteille doit souvent parcourir plusieurs centaines de kilomètres sur les routes avant d’arriver en rayon. Le transport représente 42% de l’empreinte carbone d’une bouteille d’eau. Et puis, la bouteille en plastique alimentaire – un matériau issu du pétrole – n’arrange pas son image. D’où un bilan écologique pas toujours très reluisant… Bref, et encore plus à l’heure où Paris s’apprête à accueillir la fameuse Cop 21 (du 30 novembre au 11 décembre), le développement durable et la RSE sont plus que jamais à considérer comme des thématiques porteuses et de long terme, génératrices d’innovations agricoles, industrielles et marketings auxquelles sont sensibles les enseignes de la grande distribution. « Notre démarche RSE prend du temps. Mais quand elle sera suffisamment étoffée, ce sera un argument de vente », assure Emmanuel Manichon, directeur général d’Eckes-Granini France. Dans le monde du vin, les Vignerons de Buzet semblent avoir été parmi les premiers à transformer ce que certains considèrent comme un « ensemble de nouvelles contraintes et obligations » en thèmes de différenciation, et donc en arguments marketing. Carrefour vient d’ailleurs de désigner cette coopérative du Lot-et-Garonne comme son lauréat RSE, toutes filières confondues…

… Mais beaucoup « d’initiatives durables »

Cela fait, en effet, dix ans que les 198 adhérents de cette cave viticole se sont engagés dans une viticulture conciliant « technologie, respect des hommes et de l’environnement ». « À l’époque, nous étions au bord du gouffre, se souvient Michel Peyrilles, directeur commercial. Aujourd’hui, grâce aux initiatives lancées sous la direction de Pierre Philippe, le directeur général de la coopérative, les vignerons vivent de leur métier de façon correcte », affirme le directeur. Et de fait, dans le journal de la coopérative, Le Petit Canard, l’actualité regorge « d’initiatives durables ». Parmi les plus récentes, une application où il est question des « couverts végétaux », ces mélanges d’épis d’avoine et de féverole couchés à terre sans être broyés ni coupés. Objectifs : protéger la terre de la sécheresse et lui apporter un peu de matière organique tout en développant la biodiversité du milieu. Autre initiative, l’abandon programmé d’un produit – le folpel – qui combat certains champignons néfastes à la vigne, mais qui s’est révélé décevant au stade de l’analyse des résidus. Une démarche qui fait écho à l’installation dans un vignoble d’un appareil de diffusion sonore pour lutter contre l’esca, un autre champignon qui menace le bois des ceps de vignes. Édité à 3 000 exemplaires, Le Petit Canard est envoyé aux clients de la coopérative et aux consommateurs qui ont laissé leurs coordonnées lors d’une visite au caveau de Buzet. Certes, le niveau de diffusion du journal peut sembler très insuffisant en termes de ­valorisation de la coopérative par ces initiatives. Sans doute la raison pour laquelle les Vignerons de Buzet ont imaginé se servir de la contre-étiquette des bouteilles pour vanter le mode de production durable du contenu, mais ont aussi inventé des coffrets en bois qui se transforment en nichoirs… « Autant de marqueurs de notre engagement qui renforcent la proximité avec nos consommateurs, souligne Michel Peyrilles. Car nous sommes convaincus que les consommateurs vont de plus en plus rechercher les produits respectueux des hommes et de l’environnement. Nos coffrets de bois qui deviennent des nichoirs ou des jardinières rencontrent de beaux succès commerciaux », poursuit-il.

Pionnier du vin

Toujours dans le monde du vin et également dans le Sud-Ouest, Plaimont Producteurs a récemment créé l’événement en permettant à ses 180 salariés d’investir dans leur entreprise. En effet, cette union de caves coopératives a été la première entreprise viticole à mettre en pratique l’un des aspects de la loi de modernisation de l’économie sociale et solidaire (2014) : elle a proposé à ses employés de prendre des parts sociales dans l’entreprise, ce qui, avant cette loi défendue par Benoît Hamon lorsqu’il était ministre du gouvernement de Jean-Marc Ayrault, était impossible dans le cadre d’une coopérative. « Sur 200 salariés, 61 ont participé à la première souscription, pour un montant total de 250 000 € », chiffre Olivier Bourdet-Pees, directeur général des Plaimont Producteurs. Ces 61 salariés détiennent désormais 10% du capital social. Conséquence : deux salariés siègent au conseil d’administration aux côtés de vignerons coopérateurs… « Avec Joël Boueilh, président de Plaimont Producteurs, nous avons mûri ce projet pendant plusieurs années, reprend Olivier Bourdet-Pees. La première souscription a dépassé nos espérances, et nous allons bientôt en lancer une deuxième. C’est un signal fort que nous donnons à nos clients, nos banquiers, nos vignerons et, bien sûr, à nos salariés. Au-delà des aspects strictement financiers, il témoigne d’un engagement fort et conforte la pérennité de l’entreprise. »

Si Plaimont Producteurs a choisi, entre autres initiatives, de mettre l’accent sur le « S » de RSE, le caviste Nicolas a, lui, choisi de concentrer ses efforts sur le « E ». Depuis 2013 en effet, une urne est présente dans chacun des 491 magasins pour que les clients puissent y déposer leurs bouchons en liège usagés. Une simple duplication de ce qui existe déjà et depuis longtemps du côté des piles et des ampoules. Nicolas, qui s’est lancé dans cette aventure à la demande de la Fédération française du liège, a déjà récolté 8,2 millions de bouchons…

« Remettre en valeur des terres »

« La Fédération du liège revend ces bouchons à Amorim [premier producteur mondial de bouchons, NDLR]. La somme a permis de planter 1 035 arbres, dans les Pyrénées-Orientales. Comme cet arbre pousse très lentement, la première bouteille qui sera obturée avec le liège de l’un de ces 1 035 arbres le sera dans… quarante-cinq ans », relate Isabelle Johanet, directrice marketing de l’enseigne du groupe Castel. Ainsi, les bouchons usagés ne finissent pas dans une chaîne de recyclage, mais bien dans la nature. « Les plantules sont mises en terre chaque printemps, dans une zone communale de Vives, dans les Pyrénées-Orientales. Cela permet de remettre en valeur des terres qui, autrefois, étaient agricoles, détaille Jean-Marie Aracil, chargé de missions techniques à la Fédération française du liège. Mais aussi de réintroduire la culture du chêne-liège dans cette région du sud de la France. »

De son côté, Amorim transforme ces bouchons en plaques de liège, destinées à la décoration d’intérieur ou à l’isolation thermique et phonique. Cette initiative pourrait-elle être transposée dans les enseignes de la grande distribution ? « Pas évident, estime Jean-Marie Aracil. Le bouchon est un produit léger qui prend de la place dans les entrepôts. Il faut un certain volume avant que l’on vienne les chercher. Il n’est pas certain que les GMS puissent affecter l’espace nécessaire de stockage des bouchons. » Les habitants de Vives, petite commune du Roussillon, voient donc grandir des chênes-lièges. Plus petits et plus tortueux que les chênes classiques, ces arbres poussent lentement dans des zones arides où peu de végétaux se plaisent à long terme…

En revanche, ce qui risque de pousser un peu plus dans le paysage, ce sont des méthaniseurs. Danone Eaux France vient d’annoncer la création de Terragr’Eau, un vaste projet de méthaniseur collectif qui « digérera » sur le plateau de Gavot (Haute-Savoie) près de 40 000 tonnes annuelles de matières organiques, dont les déchets d’une quarantaine d’exploitations agricoles (36 000 tonnes), des déchets verts (2 700 tonnes), ainsi que des apports issus de la restauration (1 000 tonnes), etc. À terme, fin 2016, l’usine produira l’équivalent de la consommation annuelle en chauffage de 1 200 habitants. Une énergie verte qui, pour les 41 agriculteurs impliqués dans le projet, sera une source de revenus supplémentaires grâce à la revente du biogaz à GRDF.

« Une eau rendue propre à la nature »

Pour Danone, l’intérêt est évidemment de préserver un peu plus l’impluvium de la source d’eau d’Évian, qui s’étend sur 35 km2. Ce méthaniseur représente un coût important (9,3 M€ au total, supportés par Danone, les 41 agriculteurs et les 16 communes concernées) et permet de recruter 11 salariés. Une initiative de compensation de ses émissions carbone encore trop peu répandue dans l’Hexagone, à la différence de l’Allemagne. « En France, on pense que les méthaniseurs explosent ou dégagent de mauvaises odeurs, relate un industriel. Alors qu’il n’en est rien. »

Cette solution n’est cependant pas réservée aux grosses entreprises. Le fabricant de sirops Monin déménage. Historiquement installé au cœur de Bourges, il fait construire une usine toute neuve en dehors de la ville. Et, Olivier Monin, le président de cette entreprise familiale et presque centenaire, a souhaité profiter de ces travaux pour que son nouvel outil industriel soit « zéro rejet ».

« Nous avons décidé d’installer un méthaniseur pour traiter les rejets qui, dans notre métier, sont chauds et polluants, car fortement chargés en sucre et autres matières organiques, détaille Ludovic Lanouguère, chef de projets industriels chez Monin. Ce méthaniseur devrait nous permettre de produire du biogaz que nous utiliserons dans nos chaudières. » L’eau qui sortira de ce méthaniseur sera 80% plus pure que celle qui était entrée dans cette sorte de gros intestin bourré de bactéries gloutonnes. Elle sera dirigée vers un filtre végétal, soit « un bassin rempli de substrat minéral et de réseaux dont les racines servent d’excellent support à des bactéries aérobies. Celles-là vont dégrader la matière organique qui, en outre, va servir à la croissance des plantes ». Seul souci, « il n’y a pas de rivière à proximité de l’usine », poursuit Ludovic Lanouguère, qui a prévu de créer une « zone humide » dans laquelle sera déversée une eau pure à 99,9%. Cette eau s’infiltrera dans le sol et sera captée par la végétation environnante, qui la restituera à la nature par transpiration notamment. « L’eau sera ainsi rendue propre à la nature », conclut Ludovic Lanouguère. Reste que le coût de cette solution est élevé pour une PME, qui, sans subventions, aurait eu du mal à la mettre en place. Le retour sur investissement se fera sur sept à dix ans.

La Fédération françaisedu liège et l’enseigne Nicolas se sont associés pour mettre en place cette vaste action de collecte des bouchons de liège.

 

Les principaux enjeux

  • Un levier d’innovations environnementales, sociales et économiques.
  • Un atout en termes de maîtrise des coûts et de mise en conformité avec la règlementation.
  • Un atout concurrentiel et une source de création de valeur.
  • Un facteur d’adhésion et de mobilisation en interne.

3 questions à Isabelle Johanet, directrice marketing de Nicolas 

« Des urnes pour les bouchons usagés »

LSA - Les cavistes sont-ils sensibles au développement durable ?

Isabelle Johanet - Oui, ils sont très impliqués. Depuis deux ans, nous avons installé des urnes pour récupérer les bouchons usagés, et nos cavistes nous appellent dès qu’une urne est abîmée. Ils ont remarqué que rapporter des bouchons usagés est une raison de passage supplémentaire pour les clients.

LSA - Est-ce votre initiative durable la plus importante en magasins ?

I. J. - C’est même notre première initiative et la seule à ce jour. Nous avions déjà été sollicités pour récupérer des capsules de café, mais n’avions pas accepté, nos magasins n’ont pas vocation à devenir les poubelles vertes du quartier…

LSA - Quels sont les résultats ?

I. J. - À ce jour, Amorim [premier producteur mondial de bouchons, NDLR] a déjà repris 8,2 millions de bouchons ce qui a permis à la Fédération française du liège de planter 1 035 arbres, dans les Pyrénées-Orientales. Comme cet arbre pousse très lentement, la première bouteille qui sera bouchée avec l’un de ses arbres le sera dans quarante-cinq à cinquante ans. ???

Propos recueillis par S. Leb.

L'avis d'expert

Ludovic Lanouguère, chef de projets industriels chez Monin

« Notre projet de station de traitement des eaux nous permettra de rendre une eau propre à 99,9 % à la nature. Il nécessite un budget élevé pour une PME comme Monin. Les subventions devraient nous permettre de rentabiliser cet investissement sous sept à dix ans. »

L'avis d'expert

Emmanuel Manichon directeur général d'Eckes-Granini France

« En faire un argument de vente »

« Voici trois ans, nous avions fait le constat que nous n’étions pas suffisamment engagés en matière de RSE. Partant d’une feuille quasi blanche, plutôt que de nous précipiter dans le lancement d’un jus de fruit bio ou issu du commerce équitable, nous avons choisi une approche holistique, en dépit du temps et de l’investissement qu’une telle démarche demande. Depuis, nous progressons sur tous les paramètres RSE à la fois, et nous avons été la première entreprise française à avoir été auditée positivement pour la norme ISO 14001 version 2015. Dans un ou deux ans, nous pensons que notre engagement en matière de RSE aura permis de tisser un lien supplémentaire entre nos marques et nos consommateurs et qu’ainsi, il deviendra un argument de vente. »

Communiquer plus largement

  

« Lors de nos rendez-vous avec nos clients, la RSE est le premier sujet que nous abordons, car nous sommes convaincus que les consommateurs sont à la recherche de produits naturels et “propres” et que cela se vérifiera encore plus à l’avenir. Nous tirons notre conviction de nos échanges avec les 100 000 personnes/an qui visitent notre caveau », lance Michel Peyrilles, directeur commercial des Vignerons de Buzet (198 vignerons, 98 salariés). C’est ainsi que la marque a lancé un vin peu titré, Calibre 9 (pour 9° d’alcool) et un sans sulfite ajouté, Intact, et, plus récemment, un coffret contenant un vin bio et une bouteille Intact. L’entreprise édite en parallèle un journal, « Le Petit Canard » (3 000 exemplaires) qui présente ses avancées en matière de durable. « Nous cherchons à communiquer plus largement sur ces avancées pour les consommateurs qui ne connaissent pas encore nos vins », conclut Michel Peyrilles.

Une année favorable pour les boissons

Certes, la météo de l’été 2015 a été un facteur positif pour les ventes de boissons, notamment celles qui ne sont pas alcoolisées, mais aussi les bières. Néanmoins, le secteur des liquides continue de s’en sortir mieux que l’ensemble des PGC.

  • + 1,9% : l’évolution du CA des liquides, à 14,1 Mrds €
  • + 1,1% : l’évolution des ventes en volume des liquides

Source : Iri, HM + SM, CAM au 2 août 2015

  • + 2,4% : l’évolution du CA du rayon vins, à 1,7 Mrd €

Source : Iri, HM + SM, cumul courant au 21 juin 2015

  • 5,8 Mrds € : + 1,8% le chiffre d’affaires des BRSA et eaux et son évolution
  • 2,4 Mrds € : + 5,2% le chiffre d’affaires des bières et cidres et son évolution
  • 5,98 Mrds € : + 0,9% le chiffre d’affaires des spiritueux et champagnes et son évolution

Source : Iri, HM+SM, CAM au 2 août 2015

Les tops

Top 6 des croissances en valeur par catégorie, en %, HM + SM, CAM au 2 août 2015 vs 2014

Source : Iri,

Les flops

Top 6 des reculs en valeur par catégorie, en %, HM + SM, CAM au 2 août 2015 vs 2014

Source : Iri

Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter

Article extrait
du magazine N° 2389

Couverture magasine

Tous les jeudis, l'information de référence de la grande consommation Contactez la rédaction Abonnez-vous

X

Eaux, sodas, jus, bières, vins, liqueurs et spiritueux : chaque semaine recevez les dernières infos et nouveautés du rayon Boissons.

Ne plus voir ce message