Bonne pêche pour les Mousquetaires

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INTÉGRATION - Initiée il y a tout juste vingt ans pour s'assurer un accès direct à la ressource, la filière pêche d'Intermarché s'avère être aujourd'hui un outil payant. Pourtant, tout à bien failli s'arrêter début 2000 en raison de pertes abyssales. L'équilibre devrait être atteint en 2008.

Les Mousquetaires ont le vent en poupe et ils tiennent à le faire savoir. Depuis quelques semaines, les consommateurs peuvent voir sur leur écran TV un spot publicitaire vantant les mérites de la flotte d'Intermarché. Alors que la ressource se fait rare, que le monde de la pêche est très inquiet pour son avenir, le groupement de commerçants indépendants a bien compris tout l'intérêt de rappeler qu'il est le seul distributeur à posséder sa propre flotte et à vendre les poissons qu'il a pêchés.

Et pourtant l'aventure de cet armement unique en son genre a failli s'arrêter net en 2002. En effet, lorsque Michel Pattou et sa garde rapprochée prennent la tête du groupement des Mousquetaires, ils sont bien décidés à procéder à des coupes sèches dans l'appareil industriel, et notamment dans la filière pêche. L'idée flotte même un temps d'un sabordage pur et simple. Il faut dire qu'à la fin de l'année 2002, la Scapêche, premier armateur de France, affiche un déficit de 10 millions d'euros, pour un chiffre d'affaires d'à peine 40 millions d'euros. Une voie d'eau à combler au plus vite, sous peine de naufrage. Un vaste plan de restructuration est donc mis en oeuvre.

Un pari gagnant

Au final, plusieurs dizaines de millions d'euros auront été engloutis, mais la filière devrait retrouver l'équilibre en 2008, notamment si le plan du ministre de l'Agriculture, Michel Barnier, garantissant un gazole pêche à 0,40 centime d'euros, est appliqué. L'acharnement des dirigeants du groupement aura donc fini par payer. « Nous avons toujours été persuadés qu'avec cette filière nous réussirions à faire du rayon poissons un véritable atout compétitif », explique le directeur général d'ITM Entreprises, Jacques Woci. Et l'histoire est en train de leur donner raison. Le groupement annonce une part de marché poissons de 15,6 % (traditionnel et libre-service) en GMS, alors qu'au global il ne détient que 12,8 % du marché. Un écart qui montre bien que la richesse et la pertinence de l'offre des Mousquetaires, portée par sa filière, n'a pas échappé aux consommateurs. De fait, ce rayon - comme la boucherie ou encore l'espace primeurs - s'avère porteur d'image, mais est également fortement recruteur. En clair, il permet de se distinguer face à un consommateur de plus en plus exigeant.

Or, justement, les enseignes du groupement, Intermarché en tête, ont été parmi celles qui ont recruté le plus de nouveaux clients en 2007. Idem sur le début de l'année 2008. Et même si cette performance n'est évidemment pas seulement liée aux seuls produits de la mer, Michel Pattou et ses hommes doivent rétrospectivement se congratuler d'avoir gardé le cap au plus fort de la tempête. Car ils ont longtemps été les seuls à y croire. Et aujourd'hui encore les spécialistes sont dubitatifs. « Même si cela permet de sécuriser la ressource et les prix, je ne suis pas certain qu'il s'agit d'un avantage concurrentiel décisif, car le rapport de force avec les pêcheurs est tout de même largement favorable aux distributeurs, analyse Philippe Jaegy, vice-président de Solving International. De plus, cela immobilise une somme de capitaux importante. Je crois plus à une stratégie basée sur des partenariats forts. »

Une machine à gagner des parts de marché

Peu importe pour les Mousquetaires d'être à contre-courant de la stratégie globale. « Notre leitmotiv a toujours été d'avoir une véritable indépendance d'approvisionnement », souligne Jacques Woci. Résultat, 50 % des ventes en volume d'Intermarché, Écomarché et Netto sortent de leurs propres usines. Et le numéro trois français de la grande distribution se place à la 12e place des plus puissants industriels français, avec un chiffre d'affaires de 2,64 milliards d'euros en 2007.

Surtout, l'avenir pourrait bien ériger l'antienne au rang d'intuition de génie, tant la pression sur les matières premières agricoles s'accroît. Encore plus dans le domaine des produits de la mer, où la raréfaction des ressources halieutiques alliée à des quotas drastiques fait face à une demande mondiale croissante. Des produits frais, variés (une quarantaine d'espèces sauvages), des quantités assurées avec des prix imbattables, sur un rayon hautement stratégique : la filière mer des Mousquetaires pourrait bien se transformer rapidement en machine à gagner des parts de marché.

Pour autant, cette politique industrielle doit être au service et non pas à la charge des magasins. Chez les Mousquetaires, les entités industrielles doivent pouvoir vivre de manière autonome. Et la filière mer ne pouvait déroger plus longtemps au précepte. La rationalisation de la flotte qui a commencé en 2000 a pris un tournant décisif en 2005, avec un investissement de 8 millions d'euros, et devrait s'achever dans les toutes prochaines années. Le nombre de bateaux est ainsi passé à d'une trentaine début 2000 à 17 aujourd'hui. Les chalutiers obsolètes ont été remplacés par des bâtiments plus performants, pour une capacité totale équivalente.

La transformation s'adapte

La partie transformation de la filière a elle aussi fortement évolué. Capitaine Houat (filetage et conditionnement de poissons frais et de crevettes) s'est ainsi dotée en 2002 d'un laboratoire de conditionnement en barquette pour les espaces marée libre-service des magasins. Pour cause, ce segment progresse chaque année de plus de 10 % quand le marché croît, en moyenne, de 3 %. « Les produits les plus recherchés par les ménages sont les filets de poissons préemballés et les produits traiteur réfrigérés, comme le surimi, le saumon, pour des raisons de praticité, confirme Philippe Paquotte, chef de division observatoire économique entreprises à l'Office national interprofessionnel des produits de la mer et de l'aquaculture (Ofimer). En revanche, les achats de poissons frais entier baissent de 10 % par an. »

Un plan d'investissement de 10 M *, étalé sur les cinq prochaines années, est d'ailleurs prévu pour suivre ces tendances et améliorer le confort de travail des salariés. Le groupe a aussi programmé la construction d'un atelier supplémentaire de 1 500 m² pour les Viviers de la Méloine, qui stockent coquillages et crustacés, autre segment extrêmement performant. Les bulots, crabes et autres moules voient en effet leur cote grimper en flèche. Au point que l'un des derniers chalutiers de 33 mètres à arborer les couleurs de la Scapêche (les plus anciens de la flotte) devrait être rapidement transformé en caseyeur, pour pêcher crabes et tourteaux.

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Article extrait
du magazine N° 2047

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