Bons baisers de l'Amérique

"Le nouveau directoire devra d'abord restaurer la confiance. "

Jamais, sans doute, dans ses rêves les plus fous, Jean-Louis Descours n'avait osé imaginer pareil scénario. Groupe André, entreprise centenaire dont il fit en quarante ans l'un des tout premiers groupes de distribution de chaussures et de vêtements et dont il présidait, hier encore, le conseil de surveillance, est bel et bien passé sous pavillon anglo-saxon.

L' « opération vérité » pressentie ( LSA n ° 1664 ) a été conduite à son terme, permettant même à ses instigateurs d'emporter sans coup férir, grâce à quelques complicités aussi bienveillantes qu'inattendues, une victoire qui laisse des questions sans réponses (pages 24 à 26). Les « bons baisers de l'Amérique » ironiquement adressés aux dirigeants sortants par le financier américain Guy Wyser-Pratte ne sauraient longtemps rassurer l'ensemble des enseignes du groupe, et leur personnel.

« Au manager la gestion, aux actionnaires la stratégie », avait opportunément rappelé Antoine Guichard lors du départ, contraint, de Georges Plassat de la présidence du directoire de Casino. C'était il y a trois ans. La réflexion n'a pas pris une ride. Georges Plassat se sait toutefois attendu sans tarder sur les deux terrains. Pressenti pour gérer Groupe André par le fonds d'investissement NR Atticus, l'ancien dirigeant flamboyant de Casino devra rapidement convaincre de la pertinence de la stratégie des nouveaux actionnaires. Et d'abord devra-t-il s'employer à la faire connaître ! Car ce n'est pas le moindre des paradoxes de cette conquête que de voir des financiers s'emparer du pouvoir managérial, sans s'être assurés du contrôle capitalistique, ni fait connaître leurs véritables intentions. Quelle stratégie NR Atticus entend-il mettre en oeuvre pour traduire dans les faits ce « fort potentiel de création de valeur » qui a nourri son plan d'attaque ? Nul ne le sait. Faute de connaître les orientations stratégiques des nouveaux actionnaires, les premiers actes de gestion de Georges Plassat seront donc déterminants.

Car, avant de s'attaquer au sort des activités de centre-ville, et singulièrement à l'avenir de l'enseigne André, le successeur de Jean-Claude Sarazin devra rassurer. Le premier chantier pourrait bien être social. La présence au directoire de Catherine Djunbushian, la directrice des ressources humaines du groupe, est là pour en témoigner. Au-delà du dossier de la réduction du temps de travail, et de la politique salariale, le nouveau directoire devra d'abord restaurer la confiance des cadres, comme de l'ensemble des collaborateurs du groupe, à l'égard d'une entreprise marquée, ces dernières années, par un dialogue social à tout le moins tendu.

En quatorze années de présence chez Casino, Georges Plassat avait su démontrer d'indéniables qualités de gestionnaire, multipliant les initiatives, attirant à ses côtés des collaborateurs chevronnés, développant un management singulièrement réactif. L'homme sait à l'évidence susciter et accompagner les mutations. Celles qui attendent Groupe André, sous l'ombre portée de l'Amérique, ne seront pas de tout repos.
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Article extrait
du magazine N° 1672

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