Marchés

Bouteille à l'encre

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Yves Puget, directeur de la rédaction
Yves Puget, directeur de la rédaction©Bernard Martinez

Lundi 25 mai, la Bourse de Paris perd 2,9 % sur fond d'inquiétude quant à l'endettement des pays européens. Les analystes, les conjoncturistes, les spéculateurs, les politiques, tous broient du noir et prédisent des jours sombres pour l'économie en général... et les consommateurs en particulier. La logique voudrait que les acteurs de la grande consommation suivent leur conseil et bâtissent des budgets de rigueur. Pourtant, les mêmes ont été échaudés. Ils ont cru, à tort, que le baril de pétrole allait s'installer au-dessus des 200 $. Ils ont pensé que la crise financière de l'automne 2008 serait la pire depuis 1929. Sans oublier la pandémie de l'hiver dernier qui se transforma en « grippette », les économies japonaises ou argentines qui ont surmonté des crises qu'elles n'auraient pas du « digérer » ou les prix de l'immobilier qui n'ont pas dévissé. Autant de catastrophes plus ou moins évitées.

Dans ces conditions, comment croire les prédicateurs et autres prévisionnistes ? D'autant plus que les professionnels eux-mêmes ont du mal à décrypter les événements et tendances de leur propre secteur tant les contradictions sont fortes. La baisse du hard-discount, par exemple, est sujette à interprétation. Ceux qui veulent rester positifs parlent de la réplique des hypermarchés. Les autres concluent que les clients du hard-discount sont les plus démunis et qu'ils rognent fortement sur les achats.

Même difficulté à saisir la réalité de la situation du côté des tendances produits. En pleine crise du pouvoir d'achat, l'iPad risque de s'arracher comme des petits pains et Nestlé tente de refaire le coup de Nespresso avec du thé (lire pages 40 à 43). Le constat est sans appel : les marques premium tirent leur épingle du jeu et les premiers prix ne décollent pas ! Qui l'eût cru... Pire, le non-alimentaire, ces marchés prioritairement touchés par les arbitrages budgétaires des ménages, redressent la tête. Selon GfK, le gros électroménager a bondi de 4,7 % au premier trimestre, les PC portables de 5% et le petit électroménager de 6,7 %.

Il n'est plus question d'avoir des certitudes.Juste des convictions

Et que dire des entreprises ? Les multinationales de l'industrie affichent des résultats plus que satisfaisants (12,9 % d'Ebit en moyenne), alors que les PME françaises se font racheter. En quelques mois, Orangina est tombée dans l'escarcelle d'un japonais, le breton Rolland est passé sous pavillon britannique et le groupe Fruité Entreprises vient d'être repris par Brivtic (lire page 24). Sans oublier Picard, de nouveau à vendre (p. 26). Des enseignes françaises, justement, qui sont accusées de mettre leurs fournisseurs sous pression et d'en profiter pour amasser de confortables marges. Or, une étude réalisés par Casas et Associés montre que leur Ebit se situe entre 3 et 4 % de leur chiffre d'affaires alors que des distributeurs anglais, loués pour leur sens du partenariat, dépassent les 5 % (lire pages 10 à 14). Entre contradictions et a priori, on ne sait plus à quel saint se vouer. Résultat, il n'est plus question d'avoir des certitudes, juste des convictions. La bouteille à l'encre a remplacé la longue vue.

 

 

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