Bretagne : un terrain fertile

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Bretagne : un terrain fertile

«L’agriculture et l’agroalimentaire sont, et resteront, des piliers majeurs de l’économie bretonne […] Loin d’être une industrie du passé, l’agroalimentaire est l’une de celles qui innovent le plus et évoluent le plus rapidement, notamment vers des produits transformés à plus forte valeur ajoutée. C’est au croisement avec les domaines du numérique, de l’énergie, ou de la robotique, que naissent les innovations les plus fécondes. » Signées Jean-Yves Le Drian, président du conseil régional de Bretagne, ces quelques lignes résonnent comme une synthèse quasi parfaite de l’analyse dominante en matière d’agroalimentaire et d’innovation. Et puisque nous sommes en Bretagne, l’analyse inclut, sans doute plus qu’ailleurs, les PME.

Premier constat : celui des rôles dominants de l’agriculture et des industries agroalimentaires marines et terrestres. À eux seuls, les produits agroalimentaires représentent près de la moitié des flux logistiques sortants de Bretagne. Quelques exemples : 58 % des porcs abattus en France le sont en Bretagne, qui représente par ailleurs, à elle seule, 44 % de la production de viande de dinde, et plus de 20 % des livraisons françaises de lait ; quant aux algues, la région apparaît en dixième position mondiale au classement des producteurs… On peut déjà se risquer à affirmer qu’une PME bretonne qui innove a, grosso modo, au moins une chance sur deux d’appartenir au secteur agroalimentaire.

Une innovation supérieure à la moyenne française

Un constat de prédominance sectorielle qui, pour reprendre les propos de Jean-Yves Le Drian, a pu faire peur. « À l’heure d’internet et de l’économie de services, certains ont pu croire que l’industrie de l’aliment ne proposait que peu de perspectives d’avenir. Ils se sont trompés », affirme-t-il. Pourquoi ? « Tout simplement parce que les PME bretonnes innovent », poursuit-il.

Selon l’Insee, le taux d’innovation dans les PME s’affichait en effet, en 2010, à 59,5 % en Bretagne, contre seulement 48 % en moyenne en France… Or, innover, c’est par définition tourner le dos – ou en tout cas ne plus s’en contenter – aux stratégies fondées sur les volumes, et donc sur l’entrée de gamme. Des stratégies qui ont longtemps dominé en Bretagne, conséquence plus ou moins directe de choix « politiques », mais aussi d’une culture coopérative pas toujours centrée sur l’innovation. Les industries laitière et porcine, entre autres, en ont montré, et en montrent encore, les limites. Mais ces mêmes industries semblent d’ores et déjà prouver, même si beaucoup, voire l’essentiel, reste à faire, qu’un nombre croissant de PME envisagent leur avenir à la mesure de leur capacité à innover et à prendre position sur des segments valorisés. L’exemple des filières bio vient rapidement à l’esprit pour illustrer cette évolution et, parfois, sa lenteur. Ainsi, si la Bretagne s’affiche au deuxième rang des régions françaises productrices de porc bio, elle ne regroupe encore qu’une soixantaine d’exploitations, dont la taille moyenne ne dépasse pas, selon l’Agence Bio, la vingtaine de truies…

« L’avenir, le croisement des disciplines »

Dernier élément du diagnostic de Jean-Yves le Drian : ce serait au croisement de l’agroalimentaire et du numérique ou de la robotique que naîtraient, en Bretagne, les innovations les plus fécondes. Sur ce point également, le consensus semble exister. « L’avenir, c’est la fertilisation, le croisement des disciplines », affirme Alexandre Colomb, directeur au sein de la CCI Innovation Bretagne, l’une des structures de promotion de l’innovation dans les PME, qui organise notamment, depuis 2008, Crisalide Eco-activités, concours qui récompense et accompagne les PME qui « prennent en compte les éco-enjeux ». La promotion et l’accompagnement de l’innovation, c’est aussi la vocation de Valorial, un pôle de compétitivité dédié à l’agricole et à l’agroalimentaire, qui place la gestion et l’animation de projets de R & D collaboratifs au cœur de son activité, et qui défend l’idée de mutualisation des efforts. Là est peut-être, en Bretagne comme ailleurs, l’élément le plus sensible à gérer. Par nature, les PME ont peu de moyens et peu de temps. Elles doivent partager et mutualiser pour installer l’innovation au cœur de leur fonctionnement. Peut-être la version 2.0 de la culture coopérative.

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