Brexit : quel impact pour l'e-commerce ?

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Alors que le Royaume-Uni et l'Europe doivent faire face à une situation sans précédent, le monde de la vente en ligne s'interroge sur l'impact que pourrait bien avoir le Brexit sur le commerce par Internet. Si la Fevad se montre optimiste, elle redoute un effet domino avec la sortie d'autres pays de l'UE. Les e-marchands se veulent plutôt optimistes mais certains craignent pour le poids de l'Europe dans l'économie mondiale et des effets que cela impliquerait.

Le ‘Brexit’ a été voté par une majorité de citoyens britanniques (51,9%)
Le ‘Brexit’ a été voté par une majorité de citoyens britanniques (51,9%)

Alors que le ‘Brexit’ a été voté par une majorité de citoyens britanniques (51,9%), et que les tractations sur l’avenir du Royaume-Uni vont bon train, des premières questions émergent sur un éventuel impact de la sortie de l’Angleterre sur l’e-commerce. Désormais considéré comme un état tiers, le Royaume-Uni se coupe potentiellement de partenaires commerciaux importants comme la France et l’Allemagne, mais la transition ne devrait pas être trop brutale. « Des accords de sortie seront négociés au cours des deux ans à venir, et préfigureront de la relation future entre le Royaume-Uni et l’Europe », indique Naveen Aricatt, experte juridique UK chez Trusted Shops, spécialiste des avis clients dans l’e-commerce. Du côté des e-marchands, difficile de savoir précisément de quelle manière est appréhendé cette situation sans précédent, la plupart des e-commerçants et distributeurs ayant décliné de répondre à nos questions : « Jamais de commentaire politique » pour Cdiscount, quand d’autres disent ne pas avoir d’interlocuteurs capable d’apporter un éclairage sur le sujet. Curieux. Julien Callede, co-fondateur et directeur des opérations pour le pure player spécialisé dans l’ameublement Made.com, dont le siège social est installé à Londres, se veut pour sa part, prudent et optimiste : « Il est un peu tôt pour tirer des conclusions et comprendre les impacts précis d'une sortie du Royaume-Uni de l'Union Européenne. Cela risque de générer quelques complexités opérationnelles au jour le jour, nous n'anticipons toutefois pas d'impact sur nos ventes et gardons de très fortes prévisions de croissance pour 2016 et les années à venir ». Avec un chiffre d’affaires de près de 100 millions d’euros en 2015 principalement grâce à l’Angleterre, la France reste le second marché de Made.com, qui a d’ailleurs prévu d’y installer l'un de ses deux centres logistiques, à partir duquel elle livre la Belgique, les Pays-Bas, l’Allemagne et l’Italie.

L’international : enjeu clé de nombreux e-marchands 

Pour les e-marchands implantés en France, l’enjeu est un peu différent. « Le Royaume-Uni est le cinquième marché cible pour les e-marchands Français déployés à l’international, derrière la Belgique et l’Espagne notamment, explique Marc Lolivier, délégué général de la Fevad. S’il s’agit d’un marché important pour les e-commerçants français, il est aussi très concurrentiel et pas facile à adresser historiquement, notamment à cause de la Livre Sterling qui complexifie les paiements. Ce dont nous sommes certains c’est que ce n’est pas le branle-bas le combat chez les e-marchands français ». Pour l’heure, une seule crainte à avoir, la réaction en chaine qui consisterait à inciter d’autres pays à sortir de l’UE dans le sillage du Royaume-Uni, provoquant ainsi un délitement du marché commun, pourrait bien impacter très fortement l’e-commerce. En effet, véritable levier de croissance du secteur, l’international est désormais pleinement intégré dans les stratégies des e-marchands. Selon une étude LSA-Fevad parue en mars 2016, 60% d'entre eux ont une activité à l’étranger (dont 7% l’ont lancé en 2015). Vendre des produits ou des services hors de France est même pratiquée par 92% des sites de plus de 100 millions d’euros de chiffre d’affaires. « D’un point de vue commercial nous avons absolument besoin de construire un marché unique avec 500 millions d'habitants pour peser dans l'économie mondiale », observe Olivier Mathiot, président et co-fondateur de PriceMinister Rakuten. « En tant que chef d'entreprise au sein d'un groupe dont le siège est loin de l'Europe - Rakuten est basé à Tokyo au Japon - , je peux témoigner de la complexité à présenter le marché européen comme un ensemble cohérent et sans couture. Avant même le Brexit l'Europe apparaissait comme un continent encore complexe sur le plan réglementaire, fiscal, social... La complexité est un frein au développement des affaires et de la consommation transfrontalière. » Autrement dit, d’une certaine manière, c’est aussi l’image du continent qui dans une certaine mesure pourrait en pâtir.  

Quel prix pour le consommateur ?

Si les privilèges qu’offre le marché intérieur deviennent caducs, le consommateur en subira de plein fouet les conséquences. Dans une tribune écrite par David Chau, Directeur Exécutif et International chez Trusted Shops, « un consommateur français qui achète un produit dans une boutique en ligne anglaise pour un montant supérieur à 22 euros, devra payer en plus une taxe sur le chiffre d'affaires à l'importation de 19 %. Si le consommateur commande un produit dont le prix est supérieur à 150 euros, il devra non seulement payer la taxe décrite précédemment mais y ajouter les frais de douanes. En règle générale, la valeur d’une commande se compose de la valeur de la marchandise plus les frais de livraison. La barre des 22 euros est alors vite dépassée ». Dans ces conditions, il serait possible que le consommateur ne veuille plus acheter certains produits. Par ailleurs, au sein de l'UE, de nombreux produits ne peuvent circuler qu'avec le marquage CE. Selon le directeur Exécutif et International chez Trusted Shops, il pourrait arriver qu'un commerçant britannique ne puisse plus exporter ses produits vers l'UE car ces derniers ne disposent pas du marquage adéquat et ne respectent pas les lois européennes (en matière d'environnement ou protection du consommateur). Mais tout n’est pas joué pour autant, il se peut encore que les négociations entre l’Union européenne et le Royaume-Uni aboutissent à la signature d’un accord de libre-échange, ou encore que le tumulte - Perte du Triple AAA, pétition pour l'organisation d'un nouveau référendum, multiplication des actes xenophobes-,  dans lequel se trouve le Royaume à l'heure actuelle finisse par décourager les responsables politiques anglais, de notifier la sortie de leur pays de l'UE.

 

 

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