Bruno Bonnell: "Emmanuel Macron veut simplifier la vie des entreprises"

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A 48 heures du second tour de l’élection présidentielle, LSA a interviewé le porte-parole "entreprises et industrie" d’Emmanuel Macron, Bruno Bonnell. Cofondateur de la société Infogrames, ex-président de celle-ci, puis d’Atari, il est depuis 2007 à la tête de Robopolis, société spécialisée dans la robotique personnelle. Il livre la vision des entreprises, et du commerce, du candidat d’En marche! et les mesures qu’il compte prendre, s’il est élu dimanche 7 mai 2017.

Bruno Bonnell a rejoint Emmanuel Macron dès 2015. Devenu son "Monsieur Entreprises", il livre à LSA la vision du candidat sur le commerce et l'entreprise.
Bruno Bonnell a rejoint Emmanuel Macron dès 2015. Devenu son "Monsieur Entreprises", il livre à LSA la vision du candidat sur le commerce et l'entreprise.© Salque Jean-Louis DR

LSA : On dit souvent que les « politiques », de droite comme de gauche, ne connaissent pas grand-chose au monde de l’entreprise. Qu’en sera-t-il d’Emmanuel Macron ?

Bruno Bonnell : J’ai connu Emmanuel Macron parce qu’en tant que ministre de l’Economie à Bercy, il avait voulu poursuivre le projet de la Nouvelle France industrielle initié par son prédécesseur. J’ai eu l’occasion de le voir interagir avec le monde de l’entreprise. Nous avons un candidat à la Présidence qui connaît les rouages de l’entreprise, ses mécanismes, sa complexité, et ne les résume pas à des images marketing ou des comptes d’exploitation, mais en comprend les enjeux sociétaux. Depuis que je suis entrepreneur, c’est-à-dire depuis 35 ans, j’ai vu tous les ministres de l’Economie et de la culture et tous les présidents de la République. Emmanuel Macron est de loin celui qui connaît le mieux le monde de l’entreprise. Et quand il parle de « libérer le travail », il a des mesures concrètes.

LSA : Lesquelles ?

B.B : Emmanuel Macron veut encourager l’investissement des entreprises et leur audace, ce qui relancera l’économie. Cela passe d’abord par une baisse des impôts, de l’impôt sur les sociétés que nous ramenons à 25% au lieu de 33%, et par une réforme de l’ISF. On ne laisse que les investissements patrimoniaux dans ce dernier. Ensuite, le candidat prône une baisse des charges, de 6% sur tous les salaires et jusqu’à dix points sur le Smic. Résultat : il n’y a plus de charges patronales sur le salaire minimum.Enfin, en redonnant du pouvoir d'achat aux ménages, il relance l'économie.

LSA : Le fait de transformer le CICE en baisse des charges pérenne implique-t-il des contreparties en termes d’emplois ? Autrement dit, faut-il obliger les entreprises à embaucher en échange ?

B.B : Non, c’est trop compliqué. Le CICE a démontré qu’il ne fonctionnait pas. Nous remettrons donc tout à plat si nous sommes élus. Dans le même état d’esprit, Emmanuel Macron a annoncé une mesure passée relativement inaperçue, mais qui va aider les entrepreneurs : il prévoit que l’Assemblée Nationale légifèrera 30% de son temps et passera le reste du temps (70%) à évaluer les lois.

LSA : C’est une manière de lutter contre l’inflation législative, dénoncée par les professionnels…

B.B : Cet empilement des normes va être allégé dès les premiers mois. Autre décision : le droit à l’erreur. Nous pensons que le système législatif est devenu trop complexe. L’Administration n’aura plus juste le droit de sanction, mais le devoir d’explication. Un entrepreneur pourra donc se tromper une fois, et l’Administration lui expliquera ce qu’il faut faire. Emmanuel Macron souhaite également étendre les allocations chômage aux professions libérales. Quand vous êtes commerçant, artisan, que vous engagez vos biens, si votre affaire périclite, vous n’avez droit à rien ! Nous voulons stimuler l’audace d’entreprise.

LSA : Envisagez-vous une simplification de la fiscalité pour le commerce ? Il y a plus de 200 taxes…

B.B : Bien sûr. Il va falloir avoir une visibilité sur ces taxes, sur leur impact et leur réel bénéfice économique. Certains vont disparaître ou être agrégées. Sur le plan administratif, nous allons aussi simplifier les choses avec un guichet numérique.

LSA : Concernant les ouvertures de magasins, le candidat d’En Marche souhaite-t-il favoriser les créations ou au contraire renforcer les autorisations administratives ?

B.B : Il faut revenir à un équilibre entre les territoires et à une couverture homogène entre les petites-moyennes villes et les plus grandes. On parle des déserts médicaux, mais peu des déserts commerciaux.

LSA : L’exemple de Whirlpool la semaine dernière a montré tout l’enjeu du made in France. Comment le soutenir ?

B.B : Je suis un entrepreneur français qui fabrique des robots, des véhicules autonomes. 60% des composants viennent de l’étranger : les batteries de Chine, les composants d’Allemagne, les systèmes amortisseurs d’Italie. Mais les voitures sont assemblées en France, le chiffre d’affaires est en France et nous payons nos impôts en France. Le made in France, c’est une signature marketing, qui ne reflète pas la réalité. Nous préférons parler du « France inside », produit d’une innovation, d’une qualité de réalisation. Ce qui va compter demain, c’est la capacité d’invention et de redonner à la France une valeur de conquête. Whirlpool est un très bon exemple. Il faut analyser la situation avec compassion et aller chercher des idées pour que ce site, bien placé, puisse se régénérer. On ne peut pas traiter les 300 salariés comme un bloc homogène, chaque situation est individuelle.Emmanuel Macron veut consacrer 15 milliards d’euros à la requalification professionnelle. Aujourd’hui, sur les 35 milliards de budget de la formation professionnelle, seulement 15% vont aux chômeurs. Nous voulons également instaurer un plancher et un plafond pour les indemnités prud'hommales. Interdire de licencier, c'est la garantie qu'on n'embauche pas. Il faut mettre les patrons devant leur responsabilité, une responsabilité sociétale économique.

LSA : Les relations entre distributeurs et industriels sont toujours compliquées. Faut-il changer la Loi de modernisation de l'économie (LME) ou simplement l'aménager?

B.B : Il faudra certainement en discuter. Emmanuel Macron souhaite organiser un Grenelle de l'alimentation qui réunira producteurs, transformateurs et distributeurs. On ne peut plus raisonner par silos et laisser tout le monde se débrouiller. C'est un éco-système où tout le monde doit pouvoir gagner sa vie. L'enjeu de l'alimentation est très important. Le programme d'Emmanuel Macron est clairement pro-européen, mais il ne prône pas une Europe d'autorité, mystérieuse. Nous comptons repartir discuter avec les agriculteurs pour arriver à un équilibre et qu'ils puissent vivre de leur métier. L'Europe leur garantit beaucoup de débouchés, mais nous pouvons encore améliorer le système. Nous avons un objectif de 50% de produits bios et locaux dans toutes les cantines de France. Analysons les avantages compétitifs entre une salade bio fabriquée en France et une autre non bio fabriquée ailleurs. A titre personnel, un ministère de l'Alimentation serait une très belle perspective.Il rassemblerait l'agriculture, une partie de l'écologie, la santé...et résumerait bien tous les enjeux du XXIème siècle.

LSA : La relance de l'économie passe aussi par le pouvoir d'achat. 

B.B : Sans augmenter les salaires, Emmanuel Macron compte redonner du pouvoir d'achat grâce à la réduction des cotisations sociales, de 3% sur la ligne chômage et la Sécurité sociale, et, en même temps, augmenter la CSG de 1,7%. Il faut y ajouter la suppression de la taxe d'habitation pour 80% des ménages. 

LSA : Faut-il aller plus loin sur l'assouplissement de l'ouverture le dimanche des magasins?

B.B : Nous ne remettons pas en cause les 35 heures, mais allons donner à chaque entreprise, à chaque branche, la possibilité d'un accord majoritaire sur la loi. Si un commerce a besoin d'ouvrir davantage, il pourra décider d'un accord, avec ou sans représentation syndicale, et cela prévaudra sur la loi  Emmanuel Macron mène également une réflexion sur la flexibilité des seuils pour les aménager et que ce ne soit plus des "seuils guillotine", comme ceux sur la représentation des délégués du personnel, etc... Toutes ces idées viennent d'un dialogue mené avec les entreprises depuis des mois.

LSA : S'il est élu, Emmanuel Macron sera-t-il un patron digital et proche des start-up? Faut-il d'ailleurs les aider encore plus?

B.B : Il y a eu beaucoup de cristallisations autour des start-up et nous avons déjà beaucoup fait. Il ne faut pas toujours mettre les efforts du même côté et nous n'avons pas l'intention d'amplifier ceux pour les start-up. C'est une école de l'entreprise, une expérience extraordinaire pour se relancer. Tout ce que les start-up peuvent apporter aux métiers traditionnels doit être stimulé pour déboucher sur des métiers hybrides et ajouter de nouvelles compétences. La digitalisation du monde passe par la rénovation des métiers. Il y en a qui vont disparaître, mais tellement qui vont apparaître. 

Propos recueillis par Magali Picard

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1 commentaire

BERNARD DENIS

05/05/2017 13h06 - BERNARD DENIS

L'année dernière j'ai passé le seuil des 50 salariés suite à un gros investissement et donc embauché 30 collaborateurs. Cependant, j'avais le potentiel depuis 4 à 5 ans pour supporter l 'embauche de 5 personnes mais le coût et les contraintes engendrées étaient trop importants. Par conséquent un frein à l'embauche évident qui touche l'ensemble des professionnels. Beaucoup d'entrepreneurs, occupant 9 salariés auraient le potentiel pour passer ne serait ce qu'à 11 ou 12 salariés, idem pour le seuil de 50 salariés, mais ils préfèrent refuser cette croissance car trop lourde à gérer. Combien de chômeurs seraient de retour vers l'emploi ? D'autre part, en tant qu'ancien DAF d'une très grosse association d'insertion pourquoi ne pas ouvrir au secteur marchand les aides aux postes d'insertion. Je pense que nous devons aussi être des entreprises plus citoyennes et que nous sommes largement en mesure d'accompagner le retour vers l'emploi d'un grand nombre de nos concitoyens et surtout de rendre ces emplois d'insertion pérennes.

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