"C’est la rentabilité à l’international qui finance nos usines en France", Christophe Bonduelle, président du groupe Bonduelle

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INTERVIEW Christophe Bonduelle, président du groupe Bonduelle, leader des légumes transformés, est un homme qui se montre peu dans les médias. En exclusivité pour LSA, il a accepté de revenir sur ses résultats exceptionnels lors de l’exercice 2014-2015, et livré ses objectifs à terme. Visant les 3,5 Mrds € à l’horizon 2025, le groupe, qui ne réalise plus que 32% de ses ventes en France, continue d’avoir des velléités à l’international. S’il n’a pas de priorités géographiques, il explique être ouvert à toutes les opportunités. Un virage que Christophe Bonduelle juge nécessaire afin de dégager une rentabilité, désormais inexistante en France. Car les négociations commerciales tendues avec la distribution et la guerre des prix ont fortement pénalisé Bonduelle, tout comme l’ensemble des industriels.

Christophe Bonduelle,  président directeur général
Christophe Bonduelle, président directeur général© © Sylvie Humbert

LSA - Bonduelle a frôlé les 2 Mrds € de chiffre d’affaires pour 2014-2015. Un record. Quels sont vos objectifs de croissance à long terme ?

Christophe Bonduelle - En 2013, nous avons lancé un projet stratégique : Vegego 2025 pour devenir le référent mondial du bien vivre de l’alimentation végétale. Ce qui signifie de ne pas se cantonner aux légumes mais élargir notre spectre au végétal dans sa globalité. Via ce projet, nous avons lancé 22 chantiers (innovations, origine des produits, transformations de sites industriels...). Nous visons ainsi à horizon 2025 un chiffre d’affaires de 3,5 Mrds €, 250 M€ de résultat opérationnel courant et aucun accident du travail. En tant que groupe familial, nous pouvons établir ce type de projet porteur de sens sur le long terme. C’est une chance. À plus court terme, nous avons prévu de dépasser la barre des 2 Mrds € de chiffre d’affaires dès l’exercice 2015-2016.

LSA - Vous êtes présents sur de nombreux continents. Quels sont vos objectifs de croissance externe et sur quels territoires ?

Chr. B. - Nous avons digéré nos dernières acquisitions et absorbé les coûts [achats de sites de production en 2012 aux États-Unis, en Hongrie et en Russie et en 2015 au Canada - NDLR]. Cela nous ouvre des capacités financières pour réaliser de nouvelles acquisitions. Nous sommes ouverts aux opportunités, mais ne communiquons pas de cibles afin de ne pas faire flamber les prix. Nous avons en permanence 3 ou 4 dossiers à l’étude. Nous ne sommes pas dans une course à la croissance mais dans un objectif de progression solide et régulière.

LSA - Il vous reste encore des zones à percer comme l’Asie et l’Afrique. Est-ce prévu ?

Chr. B. - En effet, nous sommes très présents sur l’hémisphère nord et nous sommes implantés au Brésil. Il nous reste des territoires à explorer. En Asie, et plus particulièrement en Chine. Mais là-bas, il y a une grosse culture du frais et donc une faible part de la conserve et du surgelé. Après, il n’y a pas d’urgence. Nous sommes en veille. Nous pourrions percer sur ce territoire via le food service dans un premier temps. Concernant l’Afrique, nous regardons, comme tout le monde. On y fera sans aucun doute quelque chose mais là encore en fonction des opportunités. Un jour viendra où Bonduelle sera présent sur l’ensemble des continents.

LSA - General Mils a vendu sa marque Géant vert sur les légumes en conserve et surgelé à B&G Foods. Bonduelle était sur les rangs. Pourquoi le projet n’a-t-il pas abouti ?

Chr. B. - Nous étions intéressés pour le rachat de Géant vert mais nous n’avons pas trouvé d’accord sur le prix. Cela aurait été l’occasion pour nous d’acquérir une marque-ombrelle, car le nom Bonduelle n’est pas connu en Amérique du Nord. Mais pas question de payer nettement plus cher que la valeur estimée par nos critères de valorisation !

LSA - Que pensez-vous de la montée en puissance d’Amazon sur l’alimentaire ? Y envisagez-vous des référencements ?

Chr. B. - On vend déjà du Cassegrain et du Bonduelle sur Amazon. Ils nous ont contactés pour le frais. Nous sommes partants. Pourquoi refuserais-je de vendre à Amazon ? Il n’y a aucune raison de se priver d’un nouveau client !

LSA - Vous testez de nouveaux canaux de vente : magasin d’usine Bonduelle, e-commerce, food truck… Quel bilan en faites-vous ? Quels sont vos projets de développement ?

Chr. B. - C’est avant tout pour nous un laboratoire marketing qui nous permet de mieux connaître nos consommateurs. L’idée est de leur proposer d’autres occasions de consommer nos produits. Dans un linéaire conserves en grande distribution, le shopper reste quatre secondes. Dans notre magasin d’usine de Villeneuve-d’Ascq, il y est environ trente minutes et se voit proposer un choix de 300 produits et du conseil. Nous avons aussi une casquette d’e-commerçant avec un site dédié à la marque Cassegrain pour la conserve. Et pourquoi pas mettre en place, dans le futur, si on peut le rentabiliser, un site de vente en ligne global avec l’ensemble des marques et produits de Bonduelle ? On ne s’interdit rien. Même si, je le répète, notre vocation n’est pas de devenir un distributeur.

LSA - Quelle est votre stratégie d’innovations ?

Chr. B. - Nous avons toujours beaucoup innové. Le budget alloué à la R&D représente 1% de notre chiffre d’affaires, soit le double de la moyenne constatée dans l’industrie agroalimentaire. Nos dernières grosses innovations concernent les gammes vapeur sur la conserve et le surgelé, le snacking frais, les formules repas... 50% du chiffre d’affaires de notre pôle traiteur sont issus des produits mis sur le marché depuis moins de trois ans. Par ailleurs, nous avons créé un centre de recherches dédié au frais, regroupant les équipes marketing, de R&D, qui nous confère une large capacité de réaction pour innover.

LSA - Sur quoi travaillez-vous en ce moment ?

Chr. B. - Nous venons de racheter un brevet mondial In Flavor. Ce procédé consiste à enlever par micro-ondes un pourcentage d’eau dans certains légumes – tomages, champignons… – avant surgélation afin d’éviter qu’ils ne rendent trop d’eau lors de la décongélation et de la cuisson. Notre première cible sera le BtoB, et nous sommes déjà en phase de test aux États-Unis et au Canada.

LSA - Et le bio ?

Chr. B. - C’est une tendance qui se développe fortement. Nous en produisons mais cela reste des volumes minimes chez nous. Dans certains pays comme la France, la conserve et le surgelé bio ne sont pas très développés, par manque de demande. Le bio est une source de développement possible mais cela se fera en fonction des besoins des pays et des habitudes des consommateurs.

LSA - Les distributeurs font de plus en plus état de leur volonté de mettre fin à la guerre des prix. Qu’en pensez-vous ? Dans quelle mesure votre groupe a-t-il été touché ?

Chr. B. - La France représente aujourd’hui un tiers de notre chiffre d’affaires total. Nous avons donc été durement touchés par cette guerre des prix. Le comble, c’est qu’on nous demande à nous, industriels, de la financer. Tout le monde semble enfin avoir pris conscience que cette guerre, qui dure depuis deux ans, détruisait de la valeur et qu’elle ne profitait à personne. La vraie question qui se pose aujourd’hui est bel et bien de savoir comment en sortir…

LSA - Ces déclarations d’intention se traduiront-elles dans les faits par des négociations commerciales 2016 moins houleuses ?

Chr. B. - Rien ne laisse à mon sens présager d’un apaisement. Les négociations commerciales sont toujours dures et je ne vois pas pourquoi cela se passerait plus facilement cette année. Je pense que, malheureusement, ce sera à nouveau tendu.

LSA - Quelles conséquences la guerre des prix a-t-elle eu sur vos activités ?

Chr. B. - Cette guerre des prix nous coûte plus cher d’année en année. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder les performances de la France. L’Hexagone représente un tiers de notre activité mais zéro en termes de résultat fiscal, et ça se dégrade chaque année un peu plus. Normalement, on dit toujours qu’on doit être fort dans son pays d’origine. Ce n’est plus le cas pour Bonduelle, qui, depuis longtemps, a compris qu’il devait aller chercher son salut hors de ses frontières. Ainsi, notre activité hors Europe, qui totalise 35% de notre activité, génère 60% de notre résultat contre 40% pour l’Europe et, je vous le rappelle, 0% pour la France. Il faut savoir que c’est la rentabilité à l’international qui finance nos usines en France.

LSA - Vous avez décidé de dénoncer certains contrats MDD. Est-ce une autre conséquence de la guerre des prix ?

Chr. B. - Notre groupe a décidé en effet de renoncer à certains contrats de MDD avec quelques enseignes de la grande distribution tout simplement car les prix étaient trop bas. Cela nous a fait perdre, côté production, 50 000 tonnes de légumes MDD. Soyons bien clairs, si Bonduelle fait de la MDD, c’est pour être rentable. Il n’est pas question de travailler sur une affaire qui nous fait perdre de l’argent. Pour autant, notre activité MDD reste centrale, car elle contribue à notre équilibre agro-industriel en participant à l’absorption des frais fixes.

LSA - Que pensez-vous des dispositifs de la loi Macron et des sanctions financières qui en découlent en cas de déséquilibres significatifs dans la relation commerciale ?

Chr. B. - Le monde politique a été historiquement un allié de la distribution. Pourquoi ? Parce que la grande distribution est identifiée comme l’arme anti-inflation et donc propouvoir d’achat. Cela a été un choix politique de mettre cet item au centre des grandes campagnes électorales, comme l’a fait Nicolas Sarkozy en 2007. On en voit aujourd’hui les conséquences : le poids de l’industrie dans le PIB ne cesse de baisser, les usines ferment et le chômage augmente. Dès lors, je ne peux qu’encourager les décisions actuelles des politiques de vouloir rééquilibrer les rapports de force et de faire le choix de l’emploi.

LSA - En tant qu’industriel, comment vivez-vous les alliances d’achat entre les distributeurs ?

Chr. B. - Cela ne fait que renforcer la difficulté des négociations avec la distribution. La seule solution pour nous, industriels, est de diluer notre portefeuille client. Aujourd’hui, pour Bonduelle, le plus gros client n’excède pas 10% de notre chiffre d’affaires. Même à l’étranger, les distributeurs français essayent de jouer de leur influence. Par exemple, nous sommes déréférencés de chez un grand distributeur français en Russie pour ne pas avoir accepté ses demandes en matière de prix. Contrairement au modèle anglo-saxon, qui est davantage dans une relation constructive, il y a globalement un vrai bras de fer avec la distribution française qui est totalement contre-productif.

LSA - En 2015, il y a eu de nombreuses ententes entre industriels (yaourts, lessives, viande, farine). L’Autorité de la Concurrence a annoncé vouloir suivre de près les fabricants et distributeurs pour éviter de nouvelles dérives. Qu’en pensez-vous ?

Chr. B. - Nous sommes bien placés pour en parler puisque, en 2014, nous avons nous-mêmes été condamnés à une amende de 30,2 millions d’euros à la suite d’une entente européenne sur les champignons en conserve, pour des faits qui, je le rappelle, ont débuté avant notre acquisition de cette activité. Je pense que l’extrême concentration des distributeurs pousse de nombreux acteurs à franchir la ligne jaune. Cela n’excuse rien, mais cela explique l’existence même de ces cartels. Si je réalise 100% de mon chiffre d’affaires en France, avec la concentration et les achats qui sont de plus en plus compliqués, je fais comment pour survivre ? Il y a quelque part quelque chose qui ne va pas. 

Résultats 2014-2015

  • Chiffre d’affaires : 1,9 Mrd €, + 3,2%
  • Résultat net : 69,2 M €, + 3,5%
  • Rentabilité opérationnelle courante : 111,5 M€, + 8,6%
  • Salariés : 9 500 dans le monde
  • Sites industriels : 58 dans le monde dont 25 en France

Source : Bonduelle, exercice clos le 30 juin 2015

Sixième génération aux commandes

Christophe Bonduelle, président du directoire depuis 2001 et PDG du groupe Bonduelle depuis 2005, est le représentant de la sixième génération à la tête de l’entreprise, née en 1853. Diplômé de l’Edhec en 1982, il commence sa carrière comme consultant marketing chez Map Conseil puis comme directeur commercial chez Hemmerle avant de rejoindre Bonduelle en 1985. Christophe Bonduelle, 55 ans, est un patron charismatique mais discret, qui ne montre peu dans les médias. Loin de tenir un discours langue de bois, il n’hésite pas à taper du poing sur la table pour dénoncer notamment les relations conflictuelles avec les distributeurs français.

Deux tiers de l’activité à l’international

Répartition du CA (%) par zones géographiques en 2104-2015, évolution (%) vs 2013-2014

Source : Bonduelle

La France ne représente plus que un tiers du chiffre d’affaires de Bonduelle. La croissance du groupe est désormais portée par l’international.

Puissance des marques

Répartition du CA (%) par activités en 2104-2015, évolution (%) vs 2013-2014

Source : Bonduelle

Si les MDD sont essentielles dans le portefeuille de Bonduelle, elles ont été pénalisées par la guerre des prix en 2014-2015.

Toutes les technologies en croissance

Répartition du chiffre d’affaires par technologies en 2104-2015, évolution (%) vs 2013-2014

Source : Bonduelle

La conserve est l’activité principale de Bonduelle. Mais toutes les technologies sont à nouveau en croissance avec un redressement confirmé du frais.

« Il y a globalement un vrai bras de fer avec la distribution française qui est totalement contreproductif. »

Christophe bonduelle, président du groupe bonduelle,

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1 commentaire

LARIVAILLE

13/11/2015 09h00 - LARIVAILLE

Bravo ! Vous avez la chance d'être en position de dire ce que vous pensez.

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Carnet des décideurs

Anne-Marie Geryl

Anne-Marie Geryl

Directrice commerciale de Bonduelle Bell France de Bonduelle

Christophe Bonduelle

Président non exécutif de Bonduelle

Guillaume  Debrosse

Guillaume Debrosse

Directeur général des opérations frais France et Bélux de Bonduelle

Fabrice Renaudeau

Directeur marketing et Key Account Manager du groupe Bonduelle

Thomas Bonduelle

Thomas Bonduelle

Directeur national des ventes du groupe Bonduelle

Emmanuel Ansoud

Directeur du développement commercial de Bonduelle

Emmanuelle Cousy

Emmanuelle Cousy

Directeur du marketing européen Food Service de Bonduelle

Nathalie Dusart

Nathalie Dusart

Directrice générale de Bonduelle Fresh pour la France et le Benelux

Laurence Rousset

Laurence Rousset

Directrice marketing et développement chez Bonduelle

Bruno Rauwel

Bruno Rauwel

Directeur des ressources humaines du groupe Bonduelle

Martin Ducroquet

Martin Ducroquet

Président du conseil de surveillance de Bonduelle

Jean-Luc Bruandet

Jean-Luc Bruandet

Directeur marketing et commercial de Bonduelle France

Stephan Fertikh

Stephan Fertikh

Directeur des ressources humaines de l’unité Fresh Europe de Bonduelle

Nadège Coppey

Nadège Coppey

Directrice marketing de Bonduelle Frais

Catherine Regnoux-Tardieu

Catherine Regnoux-Tardieu

Directrice commerce et marketing de Bonduelle Frais, pour la France, la Belgique et le Luxembourg.

Louis Bonduelle-Dalle

Cofondateur de Bonduelle

Louis Lesaffre-Roussel

Cofondateur de Bonduelle

Isabelle Danjou

Isabelle Danjou

Présidente du conseil de surveillance de Bonduelle

Jérôme Bonduelle

Jérôme Bonduelle

Directeur général de Champignon Bonduelle France

Pascal Bredeloux

Pascal Bredeloux

Directeur général de Bonduelle Food Service

Christophe Château

Directeur de la communication et du marketing corporate de Bonduelle

Patrick Néaume

Directeur général de Bonduelle Frais International

Philippe Carreau

Directeur général de Bonduelle Conserve International

Grégory Sanson

Grégory Sanson

Directeur financier du groupe Bonduelle

Daniel Vielfaure

Daniel Vielfaure

Directeur général du groupe Bonduelle

Christophe Bonduelle

Christophe Bonduelle

Président-directeur général de Bonduelle

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Article extrait
du magazine N° 2387

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