Marchés

Camions « verts », Carrefour y voit plus clair

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Dossier La route restera quoi qu'il arrive le mode de livraison privilégié pour les PGC. Les enseignes testent de nombreux dispositifs alternatifs au diesel et « propres », Carrefour en tête. Le distributeur est le premier à se lancer dans le biométhane, un carburant produit à partir des déchets alimentaires des magasins.

Camion Carrefour

«Je roule grâce aux déchets recyclés des magasins Carrefour. » Voilà le message, floqué en lettres blanches sur fond vert, figurant sur trois semi-remorques de 40 tonnes, qui circulent depuis quelques mois dans la région lilloise. Le nom de cette technologie révolutionnaire, que Carrefour est le premier à tester ? Le biométhane, un carburant d'un genre nouveau, produit à partir des déchets alimentaires de quinze hypers de l'enseigne : fruits et légumes abîmés, pâtisseries, déchets carnés, yaourts... Jérôme Le Bleis, directeur supply chain de Carrefour France, se montre particulièrement enthousiaste sur le potentiel du biométhane. « D'abord, il affiche d'excellentes performances sur le plan environnemental, avec 80% d'émissions polluantes en moins par rapport au diesel, mais aussi une réduction de moitié des nuisances sonores, et une suppression totale des émissions de particules fines. »

 

Indépendance énergétique

Cette technologie dessine une véritable boucle vertueuse. Car elle permet aussi à Carrefour de valoriser les déchets des magasins. « Nous effectuons le tri des diverses familles de déchets dont, désormais, ceux qui peuvent partir à l'usine de méthanisation, témoigne Philippe Robbe, directeur de l'hypermarché de Lomme (59). Auparavant, ces déchets partaient à l'enfouissement. Désormais, ils servent à produire du biométhane. » Même si le gaspillage alimentaire diminue régulièrement, l'hyper « produit » 206 tonnes de biodéchets chaque année. De quoi atteindre... l'indépendance énergétique. « Avec 1 tonne de déchets, on obtient 50 kilos de biométhane, qui permettent de rouler 200 kilomètres, décrypte Clément Chandon, directeur produit d'Iveco France, le constructeur du camion-test. Avec les déchets d'un seul magasin, on peut couvrir les besoins en énergie de trois camions à l'année, soit 40 000 kilomètres. »

50 kg

de biométhane, produits grâce à 1 t de déchets, pour rouler 200 km

Performants et perfectibles

D'autre part, ce véhicule roulant au biométhane affiche des caractéristiques permettant de couvrir les besoins d'une enseigne de grande distribution. « La majorité de notre flotte de véhicules de transport est composée de semi-porteurs, explique Jérôme Le Bleis. Or, le camion au biométhane fournit à la fois une puissance et une autonomie suffisantes pour couvrir nos besoins de tournées de livraisons d'hypermarchés. Ce n'était pas le cas pour l'hybride ou à l'électrique. » Chaque camion bénéficie ainsi d'une autonomie de 400 à 600 kilomètres, et affiche une charge utile de 25 tonnes, similaire à un véhicule classique de même gabarit. Le moteur, lui, fait rugir 330 chevaux. Des performances que le constructeur a prévu de renforcer. Enfin, le prix de ce biocarburant est identique à celui du diesel. Quant au surcoût du véhicule à l'achat, il s'élève à 20 000 € par rapport au diesel. « Nous testons ce dispositif durant un an pour la livraison de produits secs », annonce Jérôme Le Bleis, qui a trouvé en région lilloise un contexte très favorable : un réseau dense d'hypers de l'enseigne, et la proximité d'une usine de méthanisation flambant neuve, à Séquédin, qui recueille aussi bien les déchets des collectivités publiques que de contrats privés, comme celui de Carrefour.

Les camions au biométhane viennent muscler le dispositif de test déjà très étoffé de l'enseigne, en matière de technologies alternatives au diesel : camions hybrides, électriques, au bio-éthanol... La stratégie de Carrefour est double : être en ligne avec sa politique de développement durable, et anticiper des réglementations, nationales ou locales, toujours plus sourcilleuses concernant les nuisances des camions de livraison. L'enseigne multiplie les tests depuis quatre ans. « Nous cherchons à éprouver la fiabilité de ces nouvelles technologies, mais aussi à valider des modèles économiques qui doivent concilier le développement durable et la compétitivité prix », résume Didier Parise, directeur transport de Carrefour France.

 

Déjà des chantiers multiples

La tâche est d'autant plus ardue que, outre les pouvoirs publics, il faut réunir de nombreux acteurs autour de la table. Dans le cas du biométhane, les magasins sont bien sûr associés, mais aussi le partenaire transporteur (Perrenot), le fabricant du véhicule (Iveco) et GNVert, une filiale de GDF Suez, qui distribue le biométhane dans le cadre du test nordiste.

Carrefour est déjà en mesure de tirer les premiers enseignements ou d'afficher des avancés. Le dossier le plus mature est celui des « camions silencieux ». Démarré en 2009, ce projet vise à réduire les nuisances sonores lors des livraisons en ville, grâce à la norme Piek. Le confort des riverains s'en trouve amélioré. Carrefour, leader de la proximité avec Casino, s'est en parallèle engagé avec d'autres distributeurs dans la démarche Certibruit, un label accompagné d'une charte de bonnes pratiques autorisant des livraisons nocturnes « silencieuses », permettant d'éviter les embouteillages de la journée et, idéalement, d'assurer le réassort des rayons la nuit. « Tout est fait au cas par cas, chaque magasin ayant une configuration différente et une proximité plus ou moins grande avec les immeubles d'habitation », explique Didier Parise. La flotte comprend 150 « camions dodo » aujourd'hui, à la fois des porteurs et des semi-remorques, contre trois au démarrage du projet.

Les camions au biométhane, une première

Ce semi-remorque (25 t de charge utile, 400 km d'autonomie) fonctionne grâce à du méthane transformé en biogaz (biométhane). La matière première pour l'obtenir est produite dans une usine de méthanisation grâce aux « biodéchets » collectés dans 15 Carrefour du Nord. Résultat : une boucle vertueuse, ces camions étant alimentés par les déchets des hypermarchés qu'ils livrent par ailleurs en produits secs. Démarré en janvier, le test durera un an. Trois camions, conçus par Iveco et utilisés par le transporteur Perrenot pour Carrefour, sont en circulation. Les émissions polluantes sont réduites de 80%, les émissions sonores de moitié, et les particules fines émises par les moteurs Diesel absentes. Seul bémol, une disponibilité limitée des stations-service de biométhane en France.

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