« Campofrio Food Group devient le leader européen »

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Éric Debarnot, vice-président senior vente et marketing de Groupe Smithfield

Rien ne semble arrêter Smithfield Foods. Deux ans après le rachat du portefeuille européen des marques de charcuterie de Sara Lee, le numéro un mondial de la charcuterie boucle la fusion de sa filiale européenne, Groupe Smithfield, avec l'espagnol Campofrio, numéro deux européen de la charcuterie. Donnant naissance à un géant de plus de 2,1 milliards d'euros de chiffre d'affaires : Campofrio Food Group. Éric Debarnot, vice-président senior vente et marketing de Groupe Smithfield, revient sur cette opération.

LSA - Pourquoi une telle volonté de se développer sur le marché européen ?

Éric Debarnot - L'expansion à l'international est l'un des axes stratégiques de Smithfield Foods. Cette opération est d'autant plus logique que Smithfield Foods était déjà le premier actionnaire de Campofrio, à hauteur de 24 %. Et Smithfield Foods détenait à part égale avec le fonds d'investissement Oaktree Capital Management la filiale européenne créée sous le nom de Groupe Smithfield. Il était logique de réunir ces entités dans un nouvel ensemble, Campofrio Food Group. Smithfield Foods, présent à hauteur de 37 % du capital, en est le principal actionnaire, devant Oaktree (24 %) et les familles Ballvé et Diaz (12 et 5 %). Cette fusion, qui doit être approuvée par les autorités régulatrices en Espagne, devrait être bouclée d'ici au début de 2009.

LSA - Dans quelle mesure Campofrio et Groupe Smithfield sont-ils complémentaires ?

E. D. - La complémentarité est totale sur le plan géographique. Campofrio est présent en Espagne, au Portugal et en Roumanie. Groupe Smithfield s'est développé en France, en Italie, en Belgique, aux Pays-Bas, en Allemagne et au Portugal. Dans ce dernier pays, où les deux sociétés sont présentes, nous étudions les synergies possibles. Les deux groupes se sont développés en Europe sur les mêmes catégories de produits. Le poids de la marque propre est cependant moins important chez Campofrio que pour Groupe Smithfield, qui réalise 50 % de son chiffre d'affaires avec les MDD.

LSA - Quelle est l'importance du nouvel ensemble sur le marché européen de la charcuterie ?

E. D. - Cette fusion donne naissance au leader européen et à l'une des cinq sociétés les plus importantes au monde dans ce secteur, avec un chiffre d'affaires de 2,1 milliards d'euros. Nous creusons l'écart avec Herta, troisième sur le marché européen. Malgré l'importance de cette opération, Campofrio Food Group pèse moins de 5 % sur le marché européen de la charcuterie. Contrairement à d'autres produits, ce secteur reste très atomisé, notamment en Espagne et en Allemagne.

LSA - Quelles synergies pourront être réalisées à l'échelle de Campofrio Food Group ?

E. D. - Les économies résultant de ce rapprochement sont estimées à plus de 40 millions d'euros. Sur le plan industriel, il pourrait être pertinent de regrouper certaines opérations de tranchage et d'emballage, comme nous le faisons déjà. Nous tablons sur notre poids plus important pour mieux négocier nos approvisionnements. L'enjeu est de taille car depuis un an, le prix du porc a augmenté de 30 % et pour certaines parties, de 100 %. Il n'est pas question de nous orienter vers une centralisation de nos approvisionnements. Mais certains accords pourraient être conclus pour le compte de plusieurs pays. Sur les plans commercial et marketing, des synergies pourront aussi être réalisées. Après le rachat de Montagne noire par Delpeyrat en 2007, Campofrio a continué de distribuer ses produits, essentiellement du chorizo sous MDD, par l'intermédiaire de Montagne noire. Groupe Aoste va certainement reprendre la distribution des produits de Campofrio en France.

LSA - Cette fusion ne rencontre- t-elle pas des limites, tant le marché de la charcuterie présente des spécificités géographiques ?

E. D. - Les goûts du consommateur sont en effet très différents d'un pays à l'autre, voire d'une région à l'autre. Peu de marques transnationales existent. Herta en est un exemple, puisque la marque de Nestlé est présente en France, Allemagne et Belgique. De son côté, la marque Aoste existe en France, Allemagne, Belgique et Angleterre. Dans le cadre de la fusion, nous allons regarder de quelle façon les portefeuilles de marques peuvent être optimisés dans chaque pays. Sur certains marchés où Campofrio n'est pas présent, on pourra développer les produits espagnols sur la marque Aoste, qui véhicule une image méditerranéenne. À l'inverse, le mini-bâton de berger de Justin Bridou, qui rencontre un énorme succès, pourrait être lancé en Espagne sous marque Campofrio.

LSA - Campofrio Food Group pourrait-il se développer sur de nouveaux marchés ?

E. D. - La charcuterie reste notre coeur de métier en Europe. Mais nous n'excluons pas de développer des produits transformés à base de viande. Depuis quelques années, Campofrio s'est affirmé comme le deuxième intervenant sur le marché espagnol de la pizza. Il développe aussi des produits à base de pain et de jambon. Cette fusion va nous permettre de développer le marché de la charcuterie espagnole de manière plus agressive. Le potentiel est énorme en France, comme le prouve déjà le succès des tapas.

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Article extrait
du magazine N° 2068

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