Caravelle, les clés de la révoluti on logistique de Carrefour

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Le leader national rebat les cartes de sa supply chain en profondeur avec son projet Caravelle. Jusque-là ventilés par canal de vente, les stocks des entrepôts Carrefour seront désormais multiformats. Objectif : davantage de flexibilité et de rendement.

«?Caravelle […] va réduire de 25?% le nombre de kilomètres parcourus?», estime Jérôme Le Bleis, directeur de la logistique Carrefour.
«?Caravelle […] va réduire de 25?% le nombre de kilomètres parcourus?», estime Jérôme Le Bleis, directeur de la logistique Carrefour.© DR

« Ce système va offrir au groupe une flexibilité comme jamais on en a eue en distribution : on va pouvoir travailler l’assortiment au quartier près et proposer les produits qui cartonnent au bon endroit, dans le bon magasin. »

Noël Prioux, directeur exécutif Carrefour France

 

C’est vraiment ce qu’on peut appeler une révolution silencieuse.

Depuis son arrivée chez Carrefour, Patrice Zygband, conseiller de longue date du PDG Georges Plassat quand il of­ficiait chez AT Kearney, n’a pas fait une seule sortie publique. Pourtant, depuis qu’il a pris son poste de directeur de la centrale d’achats, de la logistique et des systèmes d’information en mars 2013, il travaille d’arrache-pied à la refonte de la logistique du leader national. Tout sauf une mince affaire. « Carrefour France vit l’un des plus profonds changements de ces dix dernières années », assure Fabienne Caron, analyste chez Kepler Chevreux, dans une note que nous nous sommes procurée. Simplification informatique, fermetu­res d’entrepôt, changement d’organisation… La complexité du casse-tête est à la hauteur des  gains espérés : près de 250 M € par an dès de 2016, selon ­l’analyste.

Une implantation simplifiée pour une logistique sur mesure

Selon la carte communiquée aux syndicats lors du CCE du 11 avril, Carrefour compterait une cinquantaine de sites spécialisés par produits, contre 66 auparavant, dédiés à un format.

Les objectifs

  • Passer d’une logistique par format à une logistique multiformat
  • Diminuer le nombre d’entrepôts
  • Unifier l’informatique de gestion
  • Affiner l’assortiment des magasins
  • Réduire de 25% les km parcourus
  • Économiser 250 M€ par an dès 2016
  • Maintenir les emplois

 

Les entrepôts sur la sellette

Libercourt (62), Thuit-Hébert (27), Saran (45)Ingré (45)

Thouars (79), Agen (47), Cuisery (71),Béziers (34)

Loire-sur-Rhône (69), Brétigny-sur-Orge (91)

Nogent-sur-Seine (10)

 

Cartographie LSA, d’après Kepler Chevreux

Source : syndicats

 

Tout simplifier

Si tout se passe bien… Car, depuis les fusions avec Comptoirs moder­nes (1998) et Promodès (1999), le distributeur a hérité de différen­tes sociétés logistiques et des sys­tèmes informatiques qui vont avec. Une première tentative de modernisation a échoué en 2011. L’installation d’Attica en France, du nom du logiciel utilisé en Espagne par les hypers, provoque alors de lourdes chutes de chiffres d’affaires… L’un des premiers chantiers de Patrice Zygband a d’ailleurs été de développer Attica II, un dérivé du logiciel Caroline des supers. « Résultat, chaque référence a deux gencodes, un pour chaque système », note Fabienne Caron. Pour commencer, Caravelle a donc pour premier objectif de tout unifier.

Les objectifs

  • Passer d’une logistique par format à une logistique multiformat
  • Diminuer le nombre d’entrepôts
  • Unifier l’informatique de gestion
  • Affiner l’assortiment des magasins
  • Réduire de 25% les km parcourus
  • Économiser 250 M€ par an dès 2016
  • Maintenir les emplois

 

Pas de licenciementsselon Carrefour

Mais ce n’est qu’un début. Carre­four compte aussi bouleverser l’organisation de ses 66 entrepôts. « La question est de savoir comment on passe d’un système où le stock appartient à un canal de magasins à un système où il est multicanal, a expliqué Jérôme Le Bleis, directeur de la logistique Carrefour, lors de la journée Supply Chain LSA, le 18 septembre. Il faut une supply chain de plus en plus connectée à l’utilisateur final. C’est un changement de paradig­me. » En clair, aujourd’hui, un entrepôt dessert soit les hypers, soit les supers, soit la proximité. Désormais, il mettra son stock à disposition de tous les formats. « Cela permettra à nos 4 800 maga­sins français de d isposer de l’ensemble de nos assortiments et à un Carrefour City qui en a besoin, du fait de sa typologie de clientèle, de commander un article jusqu’ici destiné aux seuls hypers, nous expliquait Noël Prioux, en avril. Ce système va offrir au groupe une flexibilité comme jamais on en a eue en distribution : on va pouvoir travailler l’assortiment au quartier près et proposer les produits qui cartonnent au bon en­droit, dans le bon point de vente. » D’après le projet communiqué le 11 avril aux syndicats du groupe, les entrepôts seront désormais spécialisés par famille de produits (épicerie, frais, boisson…).

Surtout, le nombre d’entrepôts va fortement diminuer, passant de 66 actuellement à une cinquan­taine. Selon Force ouvrière, ce chiffre inclut en plus le transfert de huit sites, et leur agrandissement, à Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais), Carpiquet (Calvados), Bourges (Cher), Nîmes (Gard), Lunéville (Meurthe-et-Moselle) et Cholet (Maine-et-Loire) en 2015, puis Colomiers (Haute-Garonne) et Crécy-en-Ponthieu (Picardie) probablement en 2016. Un profond bouleversement de la cartographie qui inquiète les syndicats, même si Carrefour s’est engagé à ne licencier personne et à implanter ces sites à moins de 20 kilomètres des existants.

 

Réduire le coût du transport

Cela peut paraître paradoxal, mais la fermeture des sites doit réduire drastiquement la facture énergétique des camions Carrefour. « Caravelle va rapprocher les entrepôts des magasins, c’est un enjeu énorme en termes de transport, cela réduira de 25% le nombre de kilomètres parcourus », estime le directeur de la logisti­que. Sachant queKepler Chevreux estime que le carburant représente 30% du total des frais logistiques.

Pour l’instant, un seul test est en cours en Rhône-Alpes, sur un entrepôt de produits à forte rotation initialement destinés aux hypers. « Nous avons piloté cette démarche sur un site depuis un an, et ça marche », assure Jérôme Le Bleis, sans en dire plus sur les performances. Quoi qu’il en soit, elles sont suffisamment bonnes pour que Carrefour ait décidé d’étendre l’essai à l’Ile-de-France rapidement. ??? Jean-Baptiste Duval

66 entrepôts spécialisés par format avant transformation

4 000 camions

3 000 fournisseurs

100 000 références

10 000 employés pour la logistique

Source : Carrefour

 

 

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Article extrait
du magazine N° 2338

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