Carrefour Brésil : 5 infos à retenir après l’entrée au capital d’Abilio Diniz

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Carrefour a annoncé le 18 décembre l'entrée au capital de sa filiale brésilienne d'Abilio Diniz à hauteur de 10%. Georges Plassat confirme ainsi sa volonté affichée d"augmenter l'ancrage local de ses filiales. Voici les principales informations qu'il fallait retenir de cette journée et de la conférence de presse que les deux hommes ont tenu, en conf call depuis São Paulo.

L'homme d'affaire brésilien possède également 2,4 % du capital de Carrefour Group.
L'homme d'affaire brésilien possède également 2,4 % du capital de Carrefour Group.© DR

1. La cotation du Brésil est suspendue au scandale de la Petrobras

C’est une certitude, Georges Plassat n’y pense pas qu’en se rasant. « L’ouverture du capital de la filiale brésilienne pourrait également inclure à l’avenir une cotation sur le marché brésilien », précise le communiqué du 18 décembre, bien en évidence dans un paragraphe d’une seule phrase. Si l’information est vraiment à prendre au conditionnel, à quoi bon insister ?
Dans cette perspective, Abilio Diniz sera un atout maître. Son entrée au conseil d’administration, c’est comme le PSG qui recrute Zlatan Ibrahimovic : l’éternel outsider prétend désormais au titre. « Toute ma vie, j’ai lutté pour être le meilleur, explique Abilio Diniz. La taille [être n°1 de la distribution en passant devant la filiale de Casino Pão de Açucar, NDLR] n’a jamais été une préoccupation. Mais cela peut être  une conséquence de notre excellence. » En plus de son expertise et de son leadership, son statut de quasi-vedette au Brésil est capable de booster la valorisation de Carrefour Brésil. Un joli coup pour Carrefour, et pour Abilio Diniz, dont les 10 % pris dans la filiale gagneront en valeur avant même de se mettre au travail.
Seulement le contexte n’est pas à la fête sur les marchés brésiliens. Secoué par le scandale XXL du géant pétrolier brésilien  Petrobras, un mélange corsé de corruption et de financement de partis politiques qui implique jusqu’à la présidente Dilma Roussef, l’indice boursier Bovespa a chuté de 12 % en trois mois. « Georges Plassat attend la fenêtre de tir pour tirer le bon prix de sa filiale », confirme un proche du dossier.


2. CARREFOUR BRÉSIL RENOUE AVEC L’EXPANSION
« Nous allons augmenter nos investissements au Brésil. Nous n'avons pas assez investi ces dix dernières années », assure Georges Plassat. C’est un fait, la filiale fourmille de nouveaux projets. Quatre magasins  de proximité Express ont ouvert à São Paulo depuis deux mois, et le 111e Atacadão a été inauguré à Belem le 18 décembre. Sur le réseau d’hypermarchés, 60 des 102 doivent être rénové d’ici 2016. Le format Supeco, un mini-Atacadão testé en Espagne depuis 2012, a ouvert à Sorocaba en octobre, près de São Paulo, et devrait être développé à son tour. Un nouveau site de e-commerce verra le jour sans doute au deuxième semestre 2015. Enfin, côté immobilier commercial, deux projets sont en cours à São Paulo. Pão de Açucar et Casino doivent-ils pour autant se faire du souci ? « Ce n’est pas une menace. Il y a un processus croissant de professionnalisation et de consolidation du marché de la distribution, avec des groupes qui investissent dans les technologies, la logistique, les marques propres, les nouveaux formats etc., analyse Marcos Gouvea de Souza, du cabinet de conseil brésilien GS&MD. La part de marché des cinq plus grands est de près de 35 %. Il y a donc beaucoup de place pour grandir. »

 

3. Carrefour renforce son actionnariat de grandes familles de distributeurs
Georges Plassat l’a confirmé le 18 décembre, Abilio Diniz détient bien à titre personnel 2,4 % du capital du groupe Carrefour, via son fonds d’investissement Peninsula. Le 7 avril, Carrefour dévoilait la prise de participation de la famille Moulin, propriétaire des Galeries Lafayette, à hauteur de 6,1 %. Au total, 8,5 % du capital de Carrefour est donc passé aux mains d’une famille historique de la grande distribution en 2014. Pour Georges Plassat, c’est l’assurance de ne pas être à la merci des caprices d’un fonds d’investissements, comme cela a pu l’être à la grande époque de Blue Capital, la holding du groupe Arnault et de Colony capital.

 

4. Georges et Abilio, des amis de 20 ans ?
« Nous nous connaissons depuis près de 20 ans avec Abilio », a assuré Georges Plassat, lors de la conférence de presse du 18 décembre, laissant entendre qu’une solide complicité existe entre les deux hommes. Soit, mais simples connaissances ou amis de 20 ans ? Ce qui est sûr, c’est qu’ils n’ont pas travaillé ensemble à l’entrée au capital de Casino. Ce n’est qu’en 1999 que cette alliance a été scellée, à hauteur de 24 % du capital, quand Georges Plassat a quitté la présidence du directoire du groupe en 1997. Au printemps 2013, à l’occasion d’une interview à São Paulo, Abilio Diniz nous confiait que son premier contact avec Casino s’était fait avec Pierre Bouchut, alors directeur financier du groupe Casino, avant de rencontrer Jean-Charles Naouri pour la première fois en 1999, à Paris. S’ils se sont croisés, ce sera donc en marge de l’un des nombreux voyages d’Abilio Diniz, francophile et francophone, dans l’Hexagone.
Quoiqu’il en soit, Georges et Abilio ont tout pour faire un couple plus harmonieux qu’Abilio et Jean-Charles. Les deux hommes partagent le même profil de patron charismatique à « sang chaud », fort en gueule pour le Français et tout en empathie pour le Brésilien.

 

5. Abilio Diniz reste président de BRF… mais sans conflit d’intérêts cette fois

En 2013, Abilio Diniz s’est fait nommer président du conseil d’administration de BRF, l’un des principaux groupes agro-alimentaire du pays, tout en restant président de Pão de Açucar, ce qui a donné naissance à un violent conflit juridique avec Jean-Charles Naouri. Ce dernier a dénoncé aussitôt un risque « évident » de conflit d’intérêt. Abilio Diniz a fini par quitter CBD en septembre 2013, puis par solder ses participations en 2014. Cette fois, la situation est différente assure l'intéressé. « Il n'y a aucun conflit d'intérêt. Je n'ai aucune possibilité d'influencer la politique commerciale, explique le nouvel actionnaire de Carrefour. Cela a déjà été examiné d'un point de vue juridique. » D’ailleurs, l’autorité de la concurrence locale a fini par trancher en faveur du Brésilien. « Le Cade n’a pas reconnu le risque de conflit d’intérêt », précise Marcos Gouvea de Souza, du cabinet de conseil brésilien GS&MD.

 

LES CHIFFRES CLÉS DE CARREFOUR BRÉSIL

- Plus de 35 milliards de reais de chiffre d'affaires (environ 11 milliards d'euros)

- 110 magasins Atacadão (cash & carry)

- 102 hypermarchés

- 41 supermarchés Bairro

- 122 pharmacies

- 75 stations essence

Source : Carrefour

 

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