Carrefour bute sur Cora

· Les comptes de Carrefour sont au beau fixe. · Seule ombre au tableau : le groupe reste bloqué à 41,4% dans le capital de Cora.

Quand donc le mariage Carrefour-Cora sera-t-il consommé ? Daniel Bernard, président du directoire de Carrefour, n'a pas pu apporter de réponse claire à la question lors de la présentation des résultats de sa société le 26 février à Paris. « C'est à l'actionnaire majoritaire de décider à quel moment il voudra coopérer avec nous », s'est-il contenté d'affirmer, tout en concédant avec un sourire un peu contraint que cette situation figée le laissait « tout aussi insatisfait » que ses auditeurs.

Pour l'instant, le numéro un mondial des hypermarchés campe donc sur une participation de 41,4% dans le groupe de Philippe Bourriez, et ne peut pas profiter des « synergies économiques » que le rapprochement pourrait générer. Dans l'attente, cette hypothèque pèse sur les comptes 1996. Par « prudence financière », Carrefour a en effet choisi d'amortir tout de suite près de la moitié de la survaleur de 2,2 milliards de francs correspondant à sa participation dans Cora (différence entre le montant de l'acquisition et la valeur des actifs).

Cet amortissement de 1,031 milliard est cependant partiellement allégé par la prise en compte d'une plus-value exceptionnelle due à la vente de la participation de Carrefour dans les clubs-entrepôts Price Costco, pour un montant d'environ 900 millions de francs.

Pour autant, ce choix comptable peut être interprété de deux façons parfaitement contradictoires : « Soit le rapprochement avec Cora doit se faire dans le courant de l'année et Carrefour a décidé de provisionner tout de suite cet élément exceptionnel pour se sentir plus à l'aise dans l'aspect économique de l'investissement. Soit la négociation n'est pas près d'aboutir et cet amortissement accéléré traduit un réel pessimisme », note un financier.

Côté chiffres, cette pratique comptable a pour effet de plomber le résultat net, qui accuse un retrait de 11,7% à 3,123 milliards de francs. Ce recul technique ne doit pas masquer les excellentes performances affichées par le distributeur. Hors éléments exceptionnels, le résultat net courant du groupe, qui donne la vraie mesure opérationnelle de son activité, progresse de 20,4% à 3,239 milliards de francs.

Année après année, Carrefour apparaît comme une société en bonne santé, dont l'autofinancement franchit pour la première fois la barre de 5% du chiffre d'affaires, et relativement peu endettée (32% des fonds propres). Ses investissements ont atteint 13,1 milliards de francs en 1996, en hausse de 72% par rapport à 1995, et ils pourraient assez considérablement progresser cette année encore. Objectif : accélérer l'implantation internationale du groupe, qui trouve désormais ses relais de croissance à l'étranger où il réalise 40,5% de son CA mais déjà 60% de son résultat net.

Ne pas faire pression sur la famille

Carrefour trouve également des motifs de satisfaction dans l'Hexagone, où il enregistre des progressions tant sur son chiffre d'affaires (+2,8%) que sur son résultat net courant (+5,1%).

Reste que, au-delà de ces performances, ce sont surtout les suites de l'opération Cora qui retiennent l'attention. Combien de temps Carrefour mettra-t-il à convaincre le ou les dernier(s) membre(s) de la famille Bouriez ? « La position de Daniel Bernard semble d'autant plus inconfortable qu'il se défend de faire pression sur la famille. Il redoute que son opération soit perçue comme hostile, alors qu'il a toujours mis en avant sa logique économique », commente un observateur.

Certains pensent cependant que le temps joue en sa faveur, dans la mesure où les dirigeants de Cora ne pourront (ou ne voudront) pas en arriver à une guerre de positions qui risquerait de handicaper, à terme, le développement commercial de l'enseigne.
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Article extrait
du magazine N° 1529

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