Carrefour, des épiceries solidaires pour les plus démunis

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Avant la fin du mois, une épicerie solidaire ouvrira à Armentières. La onzième d'un réseau destiné aux plus démunis, Pacte, qui se veut un véritable circuit de suivi social. Plongée à Liévin.

Souvent, les « petites mains » ont de bonnes idées. Il y a près de vingt ans, quelques salariés d'un grand groupe alimentaire ont pensé créer un second réseau de magasins à destination des plus démunis. Paul-Louis Halley, le patron de Promodès à l'époque, a alors mis à leur disposition un local dans le Nord de la France. Le Nord de la France, là même où Patrick Nanin, qui fait partie des fondateurs et devenu aujourd'hui président, chapeautait à l'époque la branche proximité dans le Pas-de-Calais. À la retraite depuis 2001, il anime toujours le réseau Pacte avec passion, qu'il aime comparer à un réseau de supermarchés « classique ». Pacte ou Pour agir contre toute exclusion. « Certes, nous n'avons pas la même clientèle, mais nous la traitons de la même manière avec le même contrôle qualité pour les produits et le même choix. » Mais pas au même prix.

 

Un « contrat » de six mois

 

Sélectionnés par les services sociaux sur présentation de leurs revenus, ces clients particuliers adhèrent à Pacte pour une période de six mois. Et paient 20% du tarif normal. Pour qu'ils gardent leurs repères, ils bénéficient même d'un double affichage des prix : le prix « réel » et le leur.

Dans les dix magasins Pacte, implantés quasi tous dans le Nord et le Pas-de-Calais, à l'exception de deux en région parisienne, les produits, issus à 75% en volume du réseau Carrefour, sont choisis parmi les fins de promos, ceux un peu abîmés ou d'autres à trois jours de la date de péremption. À Liévin, commune du Pas-de-Calais où le taux de chômage dépasse les 20%, l'épicerie Pacte se fond dans le décor : pas d'enseigne apparente, juste le logo de Carrefour et, de l'autre côté de la rue, un terril... On y trouve de tout, sauf de l'alcool.

Près de 300 familles peuvent y venir, mais pas plus d'une fois par semaine. « Toutes les marchandises sont vérifiées, précise Sabine, responsable des fruits et légumes. Nous mettons le surplus en chambre froide, mais tout marche bien : poivrons, pommes de terre, tomates, et même en cette saison, des fraises ! » Cette jeune femme est arrivée chez Pacte comme bénévole en 2006. Après presque vingt ans sans travailler, il lui fallait reprendre. Au bout de trois ans de bénévolat, elle a décroché un contrat comme salarié.

 

Produits et matériels recyclés

 

Intégré dans la fondation Carrefour, Pacte assure aussi un suivi social des « bénéficiaires », qui peuvent même un jour devenir bénévoles puis salariés. C'est le cas d'Éric, client à Lens pendant un an, puis manutentionnaire et chauffeur. Aujourd'hui, il a décroché le sésame : un CDI. Et s'occupe de la logistique des produits secs de l'entrepôt de Lens, qui répartit la marchandise entre les dix épiceries solidaires. Même le matériel est recyclé, des gondoles aux chambres froides. « Lorsqu'un magasin ferme, nous récupérons le matériel, explique Patrick Nanin. Le système est anti-gaspi jusqu'au bout. » Les dix magasins fonctionnent avec deux entrepôts, l'un de 1 500 m², situé à Lens, et un autre de 800 m² à Liévin. Chaque matin, la marchandise arrive de toute la France, des magasins Carrefour, mais aussi des fins de série données par des vépécistes, comme Afibel. Après deux mois dans les magasins, les produits partent à l'Armée du salut ou dans d'autres circuits alternatifs. Lorsque les bénévoles, qui composent les deux tiers de l'effectif, décrochent un contrat pro ou en alternance, ils bénéficient d'une formation faite en commun avec la chambre de commerce de Lens. Partis de rien, certains ont même appris à lire.

Chaque magasin fonctionne tel un supermarché classique. Il s’agit d’insuffler une vraie dynamique sociale, en aidant des personnes défavorisées, puis en les remettant, le cas échéant, dans le circuit du travail en les embauchant. La Fondation Carrefour assure l’investissement de départ, ensuite nous faisons de l’anti-gaspi de A à Z !

Patrick Nanin, président de Pacte

De nouveaux bénéficiaires

 

Assurant un suivi social de A à Z - Pacte aide les familles à gérer leur budget, à ne pas tomber dans l'endettement, parfois à trouver un logement -, l'association de la Fondation Carrefour dégage des bénéfices. Chaque épicerie solidaire atteint l'équilibre au bout de deux ans. Alors pourquoi pas plus de points de vente de ce type ? Sophie Fourchy, responsable de la Fondation, cible désormais les étudiants. « Beaucoup sont confrontés à une situation économique difficile. Nous avons ouvert une épicerie sur le campus de Lille et sommes en train de regarder où nous pouvons en ouvrir d'autres. » Le champ est large sachant que, selon l'Insee, neuf millions de personnes vivent en France avec moins de 977 € par mois.

DES ÉQUIPES IMPLIQUÉES

20 personnes par magasin, dont deux tiers de bénévoles et un tiers de salariés

Source : LSA

 

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Article extrait
du magazine N° 2305

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