Carrefour double son parc en Pologne

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En reprenant 13 hypermarchés à Ahold, le distributeur français, qui en compte déjà 17, se hisse à la hauteur du numéro un du secteur, Tesco. Et oblige, dans un marché prometteur et ultraconcurrentiel, leurs compétiteurs à passer leurs opérations en revue.

Si l'heure n'est plus à l'expansion tous azimuts, Carrefour ne cachait pas, ces derniers mois, qu'il entendait poursuivre les acquisitions tactiques sur certains marchés. Parmi les quelques pays cibles, la Pologne figurait en bonne place, du fait de la dimension de son marché (une quarantaine de millions d'habitants), de son statut de pays émergent en bonne santé économique et de son entrée dans l'Union européenne, en mai dernier, ce qui lui donne le profil pour devenir « l'Espagne de demain », selon Daniel Bernard, PDG du groupe Carrefour.

Numéro deux des supermarchés mais seulement numéro quatre des hypers, le distributeur - 18 hy-permarchés à la fin de l'année et 70 supermarchés - avait une longueur à rattraper sur la concurrence. Annoncé lundi 15, le rachat à Ahold, de 13 hypermarchés Hypernova, lui permet de combler une bonne part de l'écart qui le séparait du numéro un du format, Tesco (49 hypermarchés à ce jour), et de le tutoyer en chiffre d'affaires. La simple addition du chiffre d'affaires du groupe Carrefour et des Hypernova repris conduit, en effet, à un total de 833 millions d'euros, contre 961 millions estimés pour Tesco. « Un beau coup », salue un observateur. D'autant que le parc repris, constitué des plus grands hypermarchés d'Ahold, est plutôt complémentaire à celui de Carrefour : il compterait une huitaine de villes où Carrefour était absent. « Nous avions annoncé que nous franchirions le point mort en 2004 en Pologne. Cette acquisition va nous permettre d'accélérer la rentabilisation, grâce à de meilleures conditions d'achats et une utilisation plus productive de nos outils lo- gistiques », commente un porte-parole, qui dément la rumeur selon laquelle le groupe aurait payé son acquisition pour l'équivalent de plus de un an de chiffre d'affaires. « Nous sommes tout à fait en ligne avec nos critères d'investis- sement », affirme-t-il. Le montant est resté secret.

Quoi qu'il en soit, la remise à niveau du parc repris demandera une intervention vigoureuse de la part du groupe, car Ahold n'y avait guère investi, ces dernières années, et les performances des magasins étaient particulièrement faibles. Les Hypernova plafonnent à quelque 1 300 E de chiffre d'affaires annuel par mètre carré, soit environ 40 % du ratio de Carrefour Pologne... Mais Carrefour connaît la chanson. Il y a un an, le groupe s'était offert 2 Hypernova. Il aurait d'ores et déjà obtenu un triplement de leur chiffre d'affaires. L'hypothèse d'un doublement du chiffre des 13 suivants, adoptée par certains analystes financiers, apparaît dès lors raisonnable.

Les compétiteurs doivent préparer la risposte

Alors que bien peu de distributeurs peuvent se targuer de gagner de l'argent en Pologne - Carrefour, qui est arrivé un peu après les autres, en 1997, promet de franchir le point mort cette année -, le pays est en proie à une inévitable concentration. Reste à savoir à quel rythme, sachant qu'il y a de la marge : la grande distribution alimentaire ne capte encore qu'un tiers des ventes du commerce. Andrejz Maria Falinski, secrétaire général de la Fédération de la distribution en Pologne, ne croit pas à une précipitation du mouvement : « Cela fait déjà trois ou quatre ans que des rachats se réalisent au coup par coup et cela va se prolonger dans les dix années qui viennent. » Tesco avait lui-même montré la voie en reprenant les hypermarchés Hit.

Mais, avec Carrefour arrivant à l'épaule du groupe britannique, on peut se demander si un certain seuil critique n'est pas atteint. « Il se dit qu'une ou deux autres enseignes pourraient changer de main, témoigne de son côté Michel Marbot, président du fabricant de pâtes alimentaires Danuta. D'autant que le hard-discount se développe très vite, notamment le groupe Schwarz, avec ses formats Lidl et Kaufland. » Implantée en 2001, cette dernière enseigne d'hypermarchés hard-discount, selon Commerzbank Securities, devrait compter 45 unités à la fin 2004, puis passer à 65 à la fin 2005, et à 90 à la fin 2006. Dans ce contexte, il sera difficile aux compétiteurs de rester passifs. Carrefour est sans doute l'un des rares à avoir les reins assez solides pour jouer le multiformat. Après Jeronimo Martins, qui s'est focalisé sur le hard-discount en reprenant Biedronka et en se séparant de Jumbo, Ahold se concentre à son tour sur les supermarchés et les petits hypers. Que feront les groupes français Auchan et Casino ? Le premier avait étudié le dossier Hypernova, avant de reculer pour des raisons de coût et face à son échéance italienne - la nécessité de racheter les parts de son associé Ifil dans sa filiale italienne pour 1 milliard d'euros. Il peut sans doute persister dans son métier de base, le grand hypermarché. Mais ne pourra que s'interroger sur le sort de son enseigne de supermarchés Elea. Quant à Casino, ses hypermarchés Géant paraissent affaiblis. Mais il dispose de l'atout Leader Price dans sa manche. De là à imaginer des cessions croisées entre les deux...

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Article extrait
du magazine N° 1883

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