Carrefour entre dans une nouvelle ère

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Stratégie - Le renversement des rapports de force au sein de l'actionnariat devrait entraîner le groupe à intensifier sa politique de croissance. En ligne de mire : l'immobilier, la dynamique internationale et la convergence de marque.

Pas tout à fait une rupture, mais un facteur puissant d'accélération. La décision de la famille Halley de se désengager partiellement du capital de Carrefour entraînera, de facto, un rééquilibrage de l'actionnariat du groupe au bénéfice des investisseurs financiers. Le 15 avril, date de l'assemblée générale, Blue Capital, en devenant l'actionnaire de référence avec 9,1 % des parts et autant de droits de vote, pèsera forcément sur la stratégie du groupe, après l'effacement des actionnaires issus du métier que représentait Robert Halley, président du conseil de surveillance depuis un an.

L'immobilier, bientôt deuxième métier du groupe

Fruit de l'alliance du groupe Arnault et du fonds Colony Capital, Blue Capital serait d'ailleurs déjà à la manoeuvre depuis douze mois. « Les gens de Colony sont dans les murs depuis le début, affirme un dirigeant proche du groupe. Il faut, par conséquent, s'attendre à une poursuite accrue d'une plus forte rentabilité, notamment par de nouveaux désinvestissements. » De murs, il a, de fait, été beaucoup question depuis l'arrivée de Colony, spécialiste de l'immobilier, à qui l'on a prêté pendant plusieurs mois l'intention de réaliser de juteuses plus-values sur le parc immobilier du distributeur via une nouvelle filiale dédiée, Carrefour Property.

Le mérite revient à José Luis Duran, président du directoire, d'avoir convaincu les nouveaux actionnaires que le contrôle des actifs restait « au coeur du modèle de croissance du groupe ». Property reste néanmoins une arme puissante que veut manipuler Colony : José Luis Duran a souligné à plusieurs reprises, lors de la présentation des résultats annuels de Carrefour, le 6 mars, que l'immobilier avait vocation à « devenir le second métier du groupe ». Une équipe entièrement dédiée à cette activité est en cours de constitution sous la responsabilité de Pascal Duhamel, un ancien de Morgan Stanley, nommé directeur exécutif de l'immobilier. « Nous voulons assurer une meilleure allocation des capitaux immobiliers, a précisé le président du directoire, et nous devons faire en sorte que toutes nos équipes soient sensibilisées à cet objectif. » Destinée d'abord à entrer en Bourse, Property attendra cependant un contexte financier plus favorable. D'ici là, l'entité immobilière s'ouvrira, avant la fin de l'annnée, à des investisseurs privés jusqu'à hauteur de 1,5 milliard d'euros, soit 10 % de son capital.

Faire chuter les derniers vieux bastions

Pour le reste, Blue Capital souhaite officiellement « la stabilité » du groupe, ainsi qu'il l'a assuré dans un communiqué, indiquant ainsi sa confiance dans le management actuel. La pression sera-t-elle plus forte sur les épaules de José Luis Duran ? « Sa politique a été jusqu'ici bien soutenue par les actionnaires, rappelle une analyste financière. Le retrait des Halley ne doit pas être compris comme un désaveu du management, mais comme une mésentente au sein de la famille sur la valorisation de son patrimoine. » On en a eu la preuve dès lundi, avec l'OPA lancée par Olivier Halley sur l'enseigne de textile Du Pareil Au Même (lire p. 26). « En revanche, poursuit cette observatrice, la nouvelle donne devrait contribuer à accélérer la chute de quelques vieux bastions de Promodès encore tenaces au sein du groupe. Carrefour devrait pouvoir faire jouer, enfin, de réelles synergies entre un certain nombre de fonctions supports. »

L'ère nouvelle qu'ouvre aujourd'hui Carrefour doit donc être celle d'une « croissance rentable », même si José Luis Duran est le premier à souligner que 2008 s'annonce comme une « année difficile », en particulier en France et sur les marchés européens.

Quatre pays pour un tiers du chiffre d'affaires en 2010

Pas question pour autant, à en croire le président du directoire, de se retirer d'Italie ou de Belgique, deux marchés sur lesquels le groupe reste englué dans de grandes difficultés. La période des retraits semble close, au moins en ce qui concerne l'Europe, puisque Carrefour réaffirme sa volonté de « conserver une présence paneuropéenne, condition indispensable pour rester en position de force dans les négociations avec les industriels ».

Mais le groupe entend concentrer plus que jamais ses efforts sur les marchés dits de croissance, un groupe de quatre pays (Brésil, Colombie, Chine, Indonésie) où Carrefour devrait ouvrir au moins 8 hypermarchés par an. D'ici à la fin de l'année, la Russie pourrait rejoindre ce quatuor, destiné à assurer un tiers du chiffre d'affaires global en 2010, contre un quart cette année et, surtout, à générer 30 % du résultat opérationnel contre 23 % en 2007. Mécaniquement, la part de la France devrait passer respectivement de 46 à 40 % du chiffre d'affaires et de 47 à 40 % du résultat d'exploitation. Même s'il s'est retiré de 11 pays en moins de deux ans, Carrefour n'a donc rien perdu de ses ambitions internationales, ni de sa volonté de diminuer sa dépendance à l'égard de son marché domestique.

En France, précisément, les mois à venir ne s'annoncent pas faciles, entre le contexte commercial tendu et la volonté du Carrefour de préserver ses marges. L'un des principaux leviers de réduction des coûts, celui de la convergence de marque, s'avère plus délicat à mettre en oeuvre que prévu : même si la décision semble ne plus faire de doute après la réorganisation du management intervenue en janvier (LSA n° 2029), le groupe a repoussé au second semestre l'annonce du passage sous l'enseigne Carrefour de l'ensemble de ses 1 000 supermarchés Champion.

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Article extrait
du magazine N° 2035

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