Carrefour et Casino concentrés sur la France

La publication des résultats annuels de Casino et Carrefour, les 14 et 16 janvier, a encore montré l'ampleur des efforts consacrés au marché français, malgré leur statut de géants internationaux.

Deux distributeurs, une même problématique. Carrefour et Casino ont beau être devenus des références de la distribution mondiale, avec respectivement 52,3% et 59,8% de leur chiffre d'affaires 2013 réalisé hors de nos frontières, ils n'en sont pas moins tenus d'investir toutes leurs forces dans la bataille de France. Sous la pression des centres €. Leclerc, qui mènent une guerre des prix sans relâche depuis l'abrogation de la loi Galland en 2008, les ventes de Carrefour ont été mises à mal. À tel point que, depuis début 2012 et la nomination de Georges Plassat au poste de PDG, le distributeur joue la carte du retour aux fondamentaux, avec une nouvelle politique de prix agressive. Et par un effet domino redoutable, Casino se trouve à son tour contraint de baisser ses prix comme jamais dans son histoire, depuis fin 2012.

 

Bonne santé recouvrée de Carrefour

 

Bonne nouvelle, la stratégie semble déjà payer pour Carrefour. Certes, le chiffre d'affaires publié le 16 janvier est en recul de 1,2%, à 84,3 milliards d'euros. Mais c'est à mettre sur le compte des changements de périmètre du groupe, comme l'abandon de 12% supplémentaires du capital de la filiale turque, en avril dernier, pour 60 millions d'euros. Plus pertinente, la progression de 2,3% à surface comparable prouve la santé retrouvée du groupe. « C'est notre meilleure progression annuelle à surface comparable depuis 2007 », s'est aussitôt félicité Pierre-Jean Sivignon, directeur financier du groupe, lors de la présentation des résultats aux analystes.

 

L'image prix du groupe grandement améliorée

 

CARREFOUR

2,5 Mrds € d'Ebit

CASINO

2,35 Mrds € d'Ebit Les prévisions de résultat des analystes

Source : analystes

Surtout, cette amélioration vient en partie de la bonne tenue des ventes françaises, soit 39,7 milliards d'euros sur l'année, en hausse de 1,3% en comparable (hors essence et effet calendaire). « Tous les formats se portent bien en France, poursuit le directeur financier. Les hypers sont solides avec + 1,4% à comparable, et les supers à + 2,9%. Les ventes d'alimentaire sont en hausse, tandis que le non-alimentaire poursuit son amélioration. » Quant à la proximité, elle culmine à + 4,4%. Une réussite que la direction de Carrefour n'hésite pas à mettre sur le compte de ses gains en image prix. D'après le Référenseigne de Kantar Worldpanel, Carrefour a fait presque aussi bien que Leclerc entre fin 2011 et fin 2013, avec une progression de 4,8 points (30,7% d'opinions positives), contre 5,3 points pour le groupement (52,4%).

Cette progression préfigure-t-elle celle de Casino ? Historiquement cher, Géant Casino a menacé de décrocher en 2012, obligeant Jean-Charles Naouri à réagir. Ce qu'il n'a pas fait à moitié ! Selon nos informations, entre mi-2012 et mi-2013, Géant est passé d'un indice de prix supérieur à 105, le plus élevé du marché, deux points au-dessus de Carrefour, à 98,3, au même niveau qu'Hyper U, et devant Auchan, Cora, Super U, Intermarché... Audacieux. Mais cher, très cher. « Le groupe Casino a investi autour de 200 millions d'euros dans les prix rien que pour Géant en 2013, calcule un analyste. Si l'on inclut les supermarchés Casino et le discounter Leader Price, entré dans la danse au dernier trimestre, le montant total ne doit pas être loin de 300 millions d'euros. » Si les performances de Géant s'améliorent nettement, avec un recul des ventes de 2% au quatrième trimestre contre - 9,9% à la même époque l'an dernier, l'activité des enseignes Casino prend du temps à renouer avec la croissance en valeur. En attendant, certains signes avant-coureurs se multiplient. L'image prix de Géant s'est améliorée d'un point en 2013 (14,3% des consommateurs jugent ses prix attractifs). Le trafic en magasin est positif sur le dernier trimestre (+ 1,9%), les volumes alimentaires (PGC et frais industriels) sont en forte progression, à + 8,1%, et les ventes alimentaires sont désormais positives (+ 0,6%).

 

L'international en soutien

 

Pour Carrefour comme pour Casino, la question de la constance dans l'effort prix est donc une équation à plusieurs centaines de millions d'euros. Heureusement, leurs filiales internationales apportent des liquidités bienvenues, à commencer par le Brésil (lire encadré). « GPA a été plutôt meilleur que Carrefour au Brésil, même si ce dernier est plus exposé à l'inflation à travers son enseigne de cash et carry Atacadão », explique un spécialiste du marché. Après avoir assaini sa filiale locale, Carrefour a d'ailleurs fait de la reprise de son développement une priorité. Au point de relancer les spéculations sur une éventuelle introduction en Bourse pour le financer.

CARREFOUR

84,3 Mrds €

Le CA groupe (- 1,2% au global, + 2,3% à comparable) en 2013

  • 39,7 Mrds € Le CA France (+ 0,2% au global, + 1% à comparable)
  • 44,6 Mrds € Le CA international (- 2,5% au global, + 3,4% à comparable)
  • 6 Mrds € Les ventes des hypers en France au 4e trimestre 2013 (+ 1,4% à comparable)
  • 3,3 Mrds € Les ventes des supers en France au 4e trimestre (+ 2,9% à comparable)

Source : Carrefour

CASINO

48,6 Mrds €

Le CA groupe (+ 15,9% au global, + 4,5% à comparable) en 2013

19,4 Mrds €

Le CA France (+ 5,7% au global - 3,9% à comparable)

29,1 Mrds €

Le CA de l'international (+ 23,9% au global, + 11,2% à comparable)

- 2,8%

L'évolution des ventes des hypers Géant Casino au 4e trimestre 2013 vs même période de 2012

- 3,3%

L'évolution des ventes des supers Casino au 4e trimestre Source : Casino

Le bol d'air brésilien

La Coupe du monde de foot n'a pas commencé, mais les équipes Carrefour et Casino Brésil savent déjà ce que ressent un champion du monde. Pour les deux groupes, le marché brésilien a été le principal moteur de croissance en 2013. Carrefour Brésil a gagné 5,6% à surface comparable. De quoi tirer la hausse des ventes de l'international à + 4,2%, presque trois fois mieux qu'en France.

Pour Casino, l'effet est plus fort, car c'est la première année où GPA est intégré à 100% dans les résultats. Derrière cette hausse trompeuse de 23,9% des ventes, se cache une croissance de 11,9% à surface comparable. Grâce à son enseigne spécialisée ViaVarejo, Casino bénéficie aussi de la politique de soutien des dépenses des ménages de Dilma Rousseff, la présidente du pays, en faveur de l'électroménager (+ 9,8%).

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Article extrait
du magazine N° 2303

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