Carrefour-Promodès : la fusion du siècle

DossierANNIVERSAIRE LSA.FR 30 août 1999 : La fusion Carrefour/Promodès Le 30 aout 1999, à l’hôtel Suffren, les dirigeants et les familles dirigeantes (les Halley et Defforey) des deux groupes français confirment en grande pompe une information parue dans la presse deux jours plus tôt : Carrefour et Promodès vont fusionner via une Offre publique d’échange (OPE) donnant naissance au numéro deux mondial de la distribution, fort de ses 335 milliards de francs de chiffres, dont 85 % en Europe. Au bout du compte, « la fusion du siècle » diront certains ou encore « le coup du siècle » commentera un concurrent à LSA, mettra un temps fou à répondre aux attentes un peu folles de ses initiateurs qui claironnaient qu’ 1 +1 allait faire trois. 15 ans plus tard, la fusion des deux géants fait moins de… 2 et le groupe Carrefour traîne encore quelques boulets de cette fusion qui se révélera difficile, retrouvez ci-après quelques articles publiées par la rédaction de LSA sur le sujet. 

Carrefour logo

Avec 355 milliards de francs de CA dont 85% en Europe, le duo peut se targuer d'être le numéro deux mondial. L'OPE de Carrefour sur Promodès relance la course à la taille critique entre distributeurs européens.

C'est une superbe opération, a commenté d'emblée Alain Rocher à LSA. Tout le monde avait anticipé des scénarios de rapprochement ou d'OPA avec Wal-Mart, Ahold ou même Metro. Mais pas celle-là .Ce coup de chapeau du secrétaire général du groupe Intermarché en dit long sur les répercussions de ce que certains n'hésitent pas à appeler le « coup du siècle ». Le fait est que ce mariage entre les deux bons élèves de la distribution française surclasse les rachats auxquels les enseignes tricolores nous avaient habitués.

Voilà qui peut expliquer pourquoi Paul-Louis Halley, le président de Promodès, est sorti de sa réserve légendaire afin de fêter cet événement médiatique. Radios et télévisions, quotidiens et magazines se pressaient le 30 août dernier dans les locaux de l'hôtel Suffren pour la conférence de presse présentant l'OPE amicale de Carrefour sur Promodès. Daniel Bernard, PDG de Carrefour, était à l'unisson. « Nous allons ouvrir ensemble un nouveau chapitre de l'histoire mondiale du commerce », soulignait avec un lyrisme inhabituel celui qui fut l'instigateur de cette fusion.

Enthousiastes, les deux hommes, qui s'estiment depuis longtemps, ont souligné les atouts du nouveau « champion français », qui est aussi « le plus international » avec 26 pays d'implantation et une place de numéro deux mondial en termes de CA : 355 milliards de francs. Rares sont les groupes français industriels ou bancaires qui peuvent afficher de tels palmarès !

« On se demande pourquoi on ne s'est pas marié avant », indiquait un cadre dirigeant sous le coup de l'euphorie. En réalité, il aura fallu beaucoup d'événements pour que l'opération devienne évidente aux yeux de ses dirigeants : l'OPA ratée de Promodès sur Casino, le camouflet infligé par Philippe Bouriez, PDG de Cora, à Daniel Bernard et la montée en puissance de Wal-Mart sur le Vieux Continent. Avec pour point d'orgue le rachat en juin d'Asda, un des « Big Five » britanniques.

La réponse de Promodès et Carrefour aux défis que leur imposait leur environnement concurrentiel est donc là : avec cette OPE amicale, les alliés créent une superpuissance en France, devançant même nettement les groupements d'indépendants Leclerc et Système U. Face à Leclerc, qui exploite de plus petits hypermarchés, Carrefour déploie désormais potentiellement 268 unités (Continent devant passer sous cette enseigne). Avec Stoc et Champion qui exploitent 1 331 supermarchés, il talonne de près Intermarché, à ce jour roi incontesté du format.

Luc Vandevelde, qui sera le numéro deux du groupe derrière Daniel Bernard, et Hervé Defforey, son directeur général, n'ont eu aucun mal à mettre en avant les atouts du nouveau tandem : des synergies à l'achat qui dégageront un résultat net de 4 milliards de francs en 2000, des savoir-faire complémentaires (la logistique, les achats et la maîtrise de la franchise pour Promodès, la force des concepts et les services pour Carrefour) et la possibilité d'accélérer à l'international (avec le Japon en ligne de mire). « Les coûts d'entrée sont divisés par deux », explique P.-L. Halley.

En prenant un tel poids, le tandem prend le risque de se faire rappeler à l'ordre par les gardiens de la concurrence et clouer au pilori par les producteurs, qui sont partis en guerre contre les supercentrales et les ristournes exigées par les grandes surfaces. La Commission de Bruxelles, saisie du dossier, ne manquera pas d'éplucher le dossier avec une attention particulière sur l'Espagne (voir page 21).

Mais cette alliance au sommet marque à la fois l'apothéose et les derniers soubresauts des groupes familiaux, confrontés à la globalisation des marchés. Alors que Carrefour a fait sa mue, il y a dix ans, en passant du stade des dirigeants charismatiques à celui du manager (en l'occurrence Michel Bon), Promodès, lui fait cette transition en se fondant dans un autre groupe. Après tout, le commerce, rattrapé par la mondialisation, ne fera en cela que suivre le chemin des autres secteurs de l'économie.

 

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Article extrait
du magazine N° 1642

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