Carrefour quitte la Colombie

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Tant pis si le pays est doté d'un potentiel de croissance plus qu'intéressant. En vendant ses activités colombiennes, Carrefour va pouvoir s'atteler au redressement de ses affaires françaises.

Deux milliards d'euros. Quasi vingt fois l'Ebitda quand la moyenne des transactions similaires tourne plutôt entre neuf et douze fois. En clair, une offre qui ne se refuse pas. Carrefour tire donc un trait sur la Colombie et récupère au passage un joli pactole dont il aura bien besoin pour revitaliser son activité en France.

Car c'est tout l'enjeu pour le numéro deux mondial : redevenir fort chez lui. Une nécessité pour quiconque veut construire les choses dans l'ordre. D'abord s'assurer d'une position incontournable dans son marché domestique avant d'aller chasser ailleurs. Et comme la situation y est loin d'être mirobolante - au premier semestre 2012, le chiffre d'affaires y a reculé de 0,5% avec essence et le résultat opérationnel courant de 6,7% -, voilà donc l'heure de la mobilisation générale. Chez Carrefour, on parle plutôt de « recentrage », mais cela revient au même.

Bref, ces deux milliards d'euros sont les bienvenus. Selon une étude menée par Natixis, en effet, la nécessaire rénovation du parc d'hypermarchés Carrefour en France et en Europe « coûterait entre 600 millions et 1 milliard d'euros ». Et ce n'est pas tout, poursuit Natixis : « Le groupe ne peut faire l'économie de réinvestissements tarifaires, au moins pour la France. Nous les évaluons entre 400 millions et 1,1 milliard d'euros. »

L'offensive a d'ailleurs déjà commencé, avec « le mois Carrefour », fort de propositions promotionnelles pour le moins offensives. Reste que cet effort, Carrefour devra le poursuivre de longs mois durant, dans le cadre d'une politique de prix bas permanents, pour espérer reconquérir le coeur du public.

D'où ce « sacrifice » de la Colombie. Un pays au potentiel plus qu'intéressant : « une croissance du PIB de 6% par an, pour une inflation modérée de 3,4% », pointe ainsi le cabinet de conseil AT Kearney dans la dernière édition de son classement des pays émergents les plus prometteurs pour la grande distribution.

 

Un lieu de convoitises

D'ailleurs, signe d'un intérêt indéniable, les groupes sont déjà nombreux à regarder ce pays avec les yeux de Chimène. « Le portugais Jeronimo Martins y prépare son entrée, tandis qu'Exito (filiale de Casino, archileader en Colombie, NDLR) continue son expansion et a lancé une MDD, Cautivia, sur les marchés de l'hygiène-beauté, détaille ainsi AT Kearney. L'américain PriceSmart s'apprête à y ouvrir son deuxième magasin en 2013, tandis que Falabella et Ripley cherchent à s'y développer, de même que Gap ou Emporio Armani, qui y ont inauguré leur flagship, à Bogota et à Medellin. »

Étonnant alors que Carrefour s'en aille ainsi. Le groupe y avait fait patiemment son trou - de 5 hypermarchés en 2001 à 72 aujourd'hui, avec 19 % de part de marché, deuxième, très loin d'Exito - mais le redressement de ses bases françaises est peut-être à ce prix.

Les « recentrages » depuis l'arrivée de Georges Plassat

  • Singapour

Fin août 2012, Carrefour annonce son retrait du pays d'ici à la fin de l'année, après quinze ans de présence... mais seulement deux magasins ouverts.

  • Grèce

Carrefour, présent en Grèce via un partenariat avec le groupe Marinopoulos, annonce céder ses parts en juin 2012, pour environ 220 millions d'euros. Ce qui ne signifie pas un retrait des enseignes Carrefour, Marinopoulos devenant, de fait, franchisé exclusif de Carrefour en Grèce, mais aussi à Chypre, en Bulgarie, en Albanie, et dans les Balkans.

  • Argentine

En juin 2012, Carrefour, présent dans le pays depuis 1982, annonce le rachat de son concurrent Eki, et de ses 129 magasins spécialisés dans le soft-discount. Les points de vente sont destinés à devenir Carrefour Express ou Carrefour Market pour porter le parc Carrefour à 403 points de vente au total.

Chiffres

  • 2 Mrds € Le prix de vente de la filiale colombienne au chilien Cencosud
  • 92 Le nombre de magasins concernés. 72 hypers, 16 de proximité et 4 cash et carry
  • 19% La part de marché de Carrefour en Colombie. Certes, 2e, mais loin derrière le premier, Exito, filiale de Casino
  • 1,5 Mrd € Le CA, sur un an, réalisé par cette filiale
  • 102 M€ Le montant de l'Ebitda estimé (résultat opérationnel avant taxes, amortissement et intéressement)
  • 1,33 Le prix d'achat par Cencosud représente 1,33 fois le chiffre d'affaires annuel

Sources : Carrefour et analystes

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Article extrait
du magazine N° 2248

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