Carrefour souffre plus que Casino

|

VENTES - La stratégie multiformat de Casino lui permet de limiter la casse en 2008, avec une croissance de 5,9 %. Tout le contraire de Carrefour, qui pâtit de sa forte exposition aux hypers, et annonce un chiffre d'affaires inférieur aux prévisions.

Déception pour les spécialistes de la distribution alimentaire. Lors de l'annonce des résultats du quatrième trimestre 2008, Lars Olofsson n'était pas au rendez-vous téléphonique fixé avec les analystes. Ma-nière de solder le passé : le nouveau directeur général du groupe Carrefour depuis janvier, qui remplace José-Luis Duran, n'est pour rien dans les résultats 2008 !

Il faut dire que, au milieu de la valse des chiffres d'affaires annoncés par la plupart des champions de la distribution mondiale, ceux de Carrefour ne sont pas fameux. Le distributeur avait déjà averti par deux fois en 2008, en juin puis le 17 décembre, qu'il révisait la croissance de son chiffre d'affaires de l'année à 6,5 %, au lieu de 7 %. Cela n'a pas suffi.

Au final, ses ventes n'augmentent que de 6,3 % (4,5 % en organique), plombées par un bien modeste quatrième trimestre (+ 1,9 %). En cause, la France plonge en fin d'année de 2,3 %, alors qu'elle compte pour 43 % des ventes du groupe. Sur l'année, c'est encore la France (+ 1 %) qui ralentit la croissance du groupe, tandis que l'Amérique latine (12,5 % du chiffre d'affaires global) bondit de 28,4 %... Insuffisant pour masquer le ralentissement. Crise oblige, le « superflu » passe à la trappe. Conséquence directe : le non-alimentaire dérape (- 5,8 % au dernier trimestre pour les hypers, - 6,4 % sur l'année) et, par contrecoup, les hypermarchés, qui lui laissent une plus grande place.

L'effet mix chez Ed

Mais s'il n'y avait que cela... Même le discount va mal. « Le dérapage de Carrefour au quatrième trimestre est essentiellement dû au non-alimentaire, confirme Claudie Casimir, analyste chez Natixis Securities. Quant à la contre-performance du discount en France (Ed), le groupe a sans doute concentré ses efforts au cours des derniers mois sur ses hypers et la conversion des supermarchés Champion en Carrefour Market, négligeant peut-être le discount. » « C'est surtout un effet mix, rétorque un bon connaisseur de l'enseigne. Le nombre de clients augmente chez Ed, la part de marché progresse, mais les consommateurs achètent moins de produits de marque. »

Côté Casino, le phénomène est nettement moins marqué. Le groupe bénéficie de sa stratégie multiformat, le fameux « commerce de précision », qui fait que, quand un format n'est pas au mieux de sa forme, les autres compensent. Ainsi, au quatrième trimestre, les ventes du groupe ont crû de 3 %, avec une France à + 0,1 % et l'international à + 9,3 % (à taux de change et périmètres constants). Sur l'année, le groupe Casino affiche une performance meilleure encore que celle de 2007 - son chiffre d'affaires avait progressé de 3,8 % - avec des ventes en hausse de 5,9 %, soit 28,7 milliards d'euros.

Rétrocessions d'espaces

La France, épine dans le pied des distributeurs ? Pas pour tous les formats. Casino qui détaille ses comptes enseigne par enseigne, établit un bilan positif de ses ma-gasins de proximité : les supermarchés Casino progressent de 7,5 % sur l'année, Monoprix de 2,8 %, Franprix et Leader-Price de 8,8 % (même si cette dernière recule de 0,5 % au dernier trimestre). En revanche, les 131 hypers Géant Casino plongent de 2,4 %. Doublement marqués par le prix exorbitant des carburants et la menace d'une récession, les Français s'y précipitent moins, et le trafic recule de 3,1 %.

À cela s'ajoute la chute de 8,8 % des ventes de non-alimentaire, en partie conséquence de la volonté du groupe de recentrer son portefeuille vers des familles de produits jugées plus prometteuses. En 2009, la chaîne va tenter de faire revenir ses clients en baissant le tarif de 3 500 produits tant sur les marques nationales que sur ses marques propres, des références qui équivalent à 50 % des volumes vendus de produits de grande consommation.

Une autre politique initiée en 2008 - et qui s'accélérera cette année - est la rétrocession de mètres carrés par certains hypers. C'est l'un des axes stratégiques mené par Mercyalis, filiale propriétaire des murs de galeries marchandes de Casino Immobilier Développement.

Déjà, à Lanester, en Bretagne, le Géant a cédé 1 900 m2, passant de 11 900 à 10 000 m2. L' initiative a permis de créer 16 boutiques supplémentaires, pour atteindre une galerie marchande forte de 60 points de vente. « Cette démarche implique des arbitrages hypermarché par hypermarché. C'est notre travail actuel », explique-t-on chez Mercialys.

Carrefour toujours au stade de la réflexion

En effet, aujourd'hui, les hypers ont entre 25 et 35 ans. Un long laps de temps pendant laquelle la zone de chalandise a évolué, obligeant les « big box » à revoir leur taille. « Casino en est déjà à appliquer des mesures concrètes pour essayer de trouver des solutions pour ses hypermarchés, observe un analyste. Ce n'est pas le cas de Carrefour, qui en est encore au stade de la réflexion. »

C'est dommage, car ses magasins « tout sous le même toit » ont vu leurs ventes dégringoler de 4,5 % (avec carburants) au cours du calamiteux quatrième trimestre, le trafic a baissé de 3,5 % et les ventes de non-alimentaire de 5,8 %, notamment au rayon textile. À l'inverse de Casino, le groupe désormais dirigé par le Suédois Lars Olofsson n'a pas pu compter sur ses autres enseignes, à l'image de Ed.

Certes, Carrefour gagne 1,8 % de ventes supplémentaires sur l'année, mais en a perdu 3 % sur le seul quatrième trimestre. Les supermarchés ne font pas mieux sur cette période, en panne de 3,8 % malgré un trafic en hausse de 0,8 %. Sans donner de chiffres précis, le groupe de distribution espère beaucoup de la conversion des supermarchés Champion en Carrefour Market. « Nous avons fini l'année 2008 avec 160 magasins à l'enseigne Carrefour Market. Les magasins convertis ont enregistré de bonnes performances de leur chiffre d'affaires, proches de deux chiffres ». Un peu d'espoir.

Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter

Article extrait
du magazine N° 2074

Couverture magasine

Tous les jeudis, l'information de référence de la grande consommation Contactez la rédaction Abonnez-vous