Carrefour veut racheter 25 centres commerciaux d’ici cinq ans

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Via sa nouvelle foncière Carmila, Carrefour part à l’offensive pour racheter 25 centres commerciaux d’ici cinq ans pour un montant d’1 milliard d’euros, auxquels s’ajoutent 500 millions pour 40 projets d’extension et 250 millions pour les rénovations.

Jacques Ehrman, PDG de Carmila, la nouvelle foncière de Carrefour
Jacques Ehrman, PDG de Carmila, la nouvelle foncière de Carrefour

Après l’acquisition pour 2 milliards d’euros de centres commerciaux auprès de Klépierre, la création de la foncière Carmila pour accueillir les sites, ainsi que 45 autres appartenant à Carrefour, la phase opérationnelle se met en place et elle paraît puissante. Jacques Ehrman, PDG de Carmila, a détaillé la stratégie de l’immobilière lors d’une conférence de presse qui se tenait le 14 mai. Au programme, le rachat de 25 centres commerciaux logeant des hypermarchés Carrefour en France, Italie et Espagne – mais surtout en France -  pour un montant évalué à 1 milliard d’euros, l’extension de 40 centres pour un investissement de 500 millions d’euros et la rénovation de galeries existantes pour 250 millions d’euros.

« Le potentiel d’acquisition de centres commerciaux en Europe est d’environ 300 centres pour 20 milliards d’euros, expose Jacques Ehrman. Environ ¼ de ces centres seront à vendre sur le marché dans les 5 ans. Nous nous porterons acquéreurs d’environ ¼ de ceux-ci, notamment ceux pour lesquels nous avons un droit de préemption ». Le patron de Carmila vise surtout des centres dans des villes moyennes «à fort potentiel ». A ces rachats, il faut ajouter 40 projets d’extension.C'est nouveau.  Les données de LSA Expert le montrent, Carrefour est la plupart du temps absent des autorisations d’extension, pour la bonne raison qu’il nd dépose pas de demandes en CDAC, quand les indépendants - surtout Intermarché - en obtiennent à tout va, et dans tous les secteurs.

Comme Leclerc

Jacques Ehrman ne cache pas à ce sujet que la détention des galeries par Klépierre posait un sérieux problème à Carrefour. « Quand Carrefour était prêt à investir dans un projet, se posait un problème de calendrier pour Klépierre, ou vice-versa ». Désormais détenteurs de ses centres, Carrefour est aussi devenu maître de ses extensions. Et Carmila entend même exploiter les réserves foncières du groupe, très importantes, «y compris les parkings que l’on peut agrandir en vertical », pour gagner des surfaces commerciales. Enfin, la rénovation. Là encore, Carrefour a été timide et s’est laissé doubler quand «Leclerc  a créé des centres modernes et lumineux ». «Leclerc devant Carrefour, c’est fini » a déjà eu l’occasion de dire Georges Plassat pour d’autres raisons. Visiblement, pour l’immobilier, la formule va s’appliquer..

Car Jacques Ehrman veut attirer, dans ces galeries commerciales modernes de villes moyennes, les enseignes les plus en vogue, les H&M, Uniqlo, Camaieu, «mais aussi des enseignes locales très performantes ». «Ceux qui ne voient que par les très grands centres commerciaux ont tort. Une galerie de taille secondaire, dans un ville moyenne, si elle est leader, peut rendre le même service au consommateur qu’un Parly 2 ». La foncière va s’appuyer sur l’attractivité de l’enseigne Carrefour, « à 8-9 000 euros de CA au mètre carré », pour attirer ces nouvelles enseignes qui elles-mêmes apporteront du flux. Bien qu’il «n’ait pas le droit de citer Mercyalis », la foncière de Casino dont il a été le patron pendant sept ans, il rappelle que cette stratégie a déjà été payante. Ce n’est pas le pdg de Casino qui le démentira…

Le F-commerce

Toutefois, la simple maitrise de l’immobilier ne suffirait plus. Jacques Ehrman veut inventer une sorte de f-commerce,  pour foncière-commerce, qui serait pour partie inspirée du e-commerce, notamment pour ce qui concerne la relation-client. «Carmila doit une foncière commerçante, locale et multicanale », défend un argumentaire de la foncière. «Nous allons évidemment nous appuyer sur le savoir-faire en matière de commerce de Carrefour. Le centre commercial doit connaître et s’adresser aux 150 000 clients potentiels aux alentours, lui proposer des promotions – pas trop – des événements. Il faut sortir de la foncière qui se contente de ramasser les loyers, de faire venir le père Noël à Noêl, les œufs à Pâques et quelque fois Miss France ». La relation-client, le big-data et le mobile seraient les maîtres mots, au bénéfice du centre, des enseignes locataires, de l’hypermarché et des clients eux-mêmes. Rien de plus simple !

Les investisseurs de Carmila semblent en tous les cas en avoir été convaincus. La nouvelle foncière est « surcapitalisée », de nombreux fonds ayant pris des parts de capital – dont un fonds de Colony, mais aussi Axa, BNP – pour un total de 58 %, Carrefour ne détenant que 42 % du capital. L’ensemble compte 171 centres commerciaux  pour 800 000 mètres carrés de surfaces commerciales. Jacques Ehrman n’exclut pas une cotation en bourse de l’ensemble, mais pas pour l’instant. Il est vrai que le clic vaut en ce moment beaucoup plus, pour les investisseurs, que le centre commercial : Mercyalis est notoirement sous-cotée, quand C Discount pourrait lever 6 milliards d’euros en cas d’introduction sur le marché ! Et Ali Baba, 16 milliards, vaudrait plus que Facebook. Face au e-commerce, le f-commerce a encore besoin de séduire…

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