Carte noire en quête d'un nouveau repreneur

Lavazza n’aura pas Carte noire. L’italien, qui avait un droit exclusif pour racheter le leader français du café en GMS, n’a pas pu s’entendre avec Mondelez. Retour à la case départ.

Carte Noire

505 M € : le CA de Carte noire.

20 % : sa part de marché dans le café, leader en France.

12,2 % : sa part de marché en GMS dans les dosettes compatibles, 2e acteur en GMS derrière L’Or.

27 000 t de café vendues.

Sources : Nielsen, Iri

 

On croyait l’affaire faite pour l’italien Lavazza, septième torréfacteur mondial (1,3 Mrd € de chiffre d’affaires). Celui-ci avait obtenu un droit exclusif jusqu’au 1er juillet pour acheter Carte noire à l’américain Mondelez. Cette cession restant, en effet, la condition posée par l’Autorité de la concurrence pour valider la fusion de ce dernier dans le café avec le néerlandais Douwe Egberts Master Blenders (DEMB), annoncée en mai 2014. Restait à s’entendre sur le prix. Mondelez en espérait plus de 1,2 Mrd €. Visiblement trop cher pour Lavazza, qui a décidé, à la surprise générale, de se retirer du jeu.

« Un tel retrait est rare, commente Yves Marin, consultant chez Kurt Salmon. On est dans les 10 % des cas où les acteurs qui entrent en négociation après les intentions d’accord n’ont pas trouvé les conditions financières ou légales de concentration des marques, ou celles d’utilisation des ressources. Dans les trois quarts des cas, il s’agit d’un problème de valorisation. » Retour donc à la case départ pour Carte noire, qui devra, dans tout les cas, être cédé rapidement. Parmi les noms qui circulent, ceux des fonds britanniques BC Partners et Cinven, déjà sur les rangs pour le rachat de L’Or et Grand’Mère. Ils avaient d’ailleurs la préférence des syndicats, qui craignaient des répercussions sociales pour le site de Lavérune (34) dans le cas d’une reprise par Lavazza, qui possède, en Italie, quatre usines de torréfaction et d’emballage.

Un scénario à rebondissements

Mai 2014 : Annonce de la fusion entre Mondelez (Carte noire) et D.E. Master Blenders (L’Or) pour créer l’entité JDE (Jacobs Douwe Egberts).

Février 2014 : En lieu et place de L’Or et Grand’Mère, Carte noire est mis en vente pour convaincre l’Autorité de la concurrence de valider la fusion DEMB-Mondelez.

Mai 2015 : Validation par la Commission européenne de la fusion sous condition de la vente de Carte noire.

1er juillet 2015 : L’italien Lavazza, qui avait un droit de priorité pendant quatre semaines pour racheter Carte noire, se retire.

 

Et après ?

Parmi les noms qui circulent, deux fonds britanniques BC Partners ou Cinven. Côté industriels, l’italien Segafredo, l’israélien Strauss ou le japonais UCC pourraient être des candidats potentiels.

 

« Atteindre la masse critique »

Côté industriels, le japonais UCC, l’italien Segafredo Zanetti ou l’israélien Strauss, deuxième acteur de l’agroalimentaire en Israël et qui réalise la moitié de ses ventes dans le café, pourraient également ressortir du bois. « Le café reste très porteur, note Yves Marin. Beaucoup d’industriels ont besoin d’atteindre la masse critique, et de nombreux fonds cherchent à investir sur ce marché qui s’annonce encore juteux dans les dix prochaines années. » Reste à savoir si les prétentions financières de Mondelez seront jugées acceptables pour Carte noire, qui est leader du café dans l’Hexagone, avec 20 % du marché français, et la dixième marque mondiale du segment avec 1,3% du marché de détail.

En attendant de trouver preneur, il lui faudra donc vite retrouver une dynamique managériale. « Ce n’est pas évident pour une équipe qui s’était mis en tête d’être revendue à Lavazza », relève Yves Marin. L’italien, quant à lui, se retrouve avec des liquidités et l’obligation de grossir à l’international pour éviter d’être une cible. « Le marché reste encore atomisé avec beaucoup d’indépendants. Il y aura sans doute d’autres rachats », prévoit François-Pierre Martin, directeur général France d’UCC, qui vise pour sa part 20 % du marché des capsules compatibles Nespresso en Europe d’ici à cinq ans.


Carte noire va entrer dans une période d’instabilité. Il lui faudra retrouver une dynamique managériale et fournir des explications aux enseignes pour cette phase de transition commerciale.

Yves Marin, consultant senior chez Kurt Salmon.

 

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Article extrait
du magazine N° 2375

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