Cartes bancaires : un nouveau standard pour quoi faire ?

La France fête les dix ans de sa carte bancaire à puce et la fin du standard BO', franco-français. Selon un calendrier bien établi, il sera remplacé par l'EMV. Ses promesses : plus de sécurité et la possibilité de lancer des opérations de fidélisation.

La carte bancaire à puce a fait ses preuves en France depuis dix ans pour la réduction de la fraude, dont le taux est aujourd'hui inférieur à 0,03 % contre parfois plus de 0,3 % dans d'autres pays. Mais, si l'Hexagone est le bon élève de l'Europe, il n'en reste pas moins fragilisé par le manque de sécurité régnant sur le reste du Vieux Continent. Il est de fait impossible à un commerçant ou à un distributeur de vérifier si une carte à piste britannique a, ou non, été contrefaite. Or, « la contrefaçon de cartes à piste a progressé de plus de 65 % l'an dernier, signale Emmanuel de Cazotte, directeur général de Visa en France. Elle est à l'origine de 36 % de la fraude. »

Les montants en jeu sont devenus tellement conséquents avec l'usage extensif des cartes bancaires que Europay, Mastercard et Visa ont décidé d'accélérer en Europe le déploiement de la carte à puce basée sur un standard commun et international : l'EMV (Europay, Mastercard, Visa). L'échéance butoir pour sa mise en oeuvre complète est identique dans toute l'Europe : janvier 2005.

D'ici là, l'Angleterre devra avoir adopté l'usage de la puce et du code, quand la France fera cohabiter pendant une période la norme franco-française BO' et la norme EMV. Face aux coûts de la migration (remplacement des équipements, des logiciels de monétique, des distributeurs automatiques de billets, mais aussi émission de nouvelles cartes à puce), la mise en place de l'EMV a un peu traîné.

Les distributeurs mis devant le fait accompli

Mais, aujourd'hui, « l'annihilation de la fraude par contrefaçon permettrait d'économiser 10 EUR par carte bancaire », précise Emmanuel de Cazotte. Le retour sur investissement des banques est donc tout trouvé, même avec des puces EMV coûtant, selon leur niveau de sophistication, entre 1 et 4 EUR. En revanche, il n'en va pas de même chez les commerçants ou les distributeurs.

Éric Le Tallec, responsable informatique de l'encaissement chez Décathlon, évalue le coût de la migration pour son groupe en France à 1 million d'euros. « Un investissement sans aucun espoir de recettes supplémentaires par rapport à la situation actuelle », déplore-t-il. Et de regretter d'avoir été mis devant le fait accompli. « Nous aurions aimé être consultés en amont du projet pour exiger notamment une harmonisation en Europe des systèmes d'acceptation des paiements. Cela aurait eu un impact direct sur nos coûts d'infrastructures lors des déploiements à l'international. »

L'autre espoir, pour les distributeurs, de générer un peu plus de chiffre d'affaires en investissant dans le standard EMV, aurait pu provenir de la faculté des nouvelles puces à supporter plusieurs applications différentes (on parle alors de cartes multi-application), dont certaines relatives à la fidélisation. Oui mais voilà, sur ce thème, les acteurs restent bien muets.

À quand un espace technologique commun ?

Pour Emmanuel de Cazotte, « la priorité des banques françaises consiste plutôt à faire cohabiter les applications de crédit et de débit basées sur le standard BO' avec celles basées sur l'EMV, sans compter celles liées au porte-monnaie électronique Monéo ». Didier Geiben, président de GM Consultants Associés, révèle pour sa part que « le multi-applicatif exige le partage d'un espace technologique commun entre des entités juridiques distinctes. Ce qui impose aux distributeurs, comme aux banques d'avoir défini le partage des responsabilités en cas de problème, celui du partage des coûts et des bénéfices et d'avoir répondu à la question suivante : à qui appartient le client ? »

Or, en France, l'interdiction faite aux banques d'émettre des cartes « cobrandées » avec des enseignes, comme l'a expérimenté Boots avec la banque Egg au Royaume-Uni, ne facilite pas les choses. Car « pour lancer une campagne de fidélisation avec tous les porteurs de cartes bancaires, il faudrait d'abord avoir négocié avec l'ensemble des banques », explique Éric Le Tallec. Une contrainte qui relève aujourd'hui de la mission impossible. Dans ces conditions, les applications de marketing sur les cartes bancaires en France devront-elles attendre que les banques des distributeurs, Accor, Banque Casino, S2P commencent à les émettre ? Réponse dans cinq ou dix ans !

Amériques
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Article extrait
du magazine N° 1776

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