Casino créé un nouveau leader de la distribution alimentaire en Amérique Latine

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Difficile de savoir si c’est la valeur stratégique, financière ou opérationnelle qui l’a emporté dans l’opération que vient d’annoncer Casino ce 30 juillet 2015. En tout cas son président et actionnaire majoritaire, Jean Charles Naouri signe une nouvelle initiative spectaculaire qui réunit ces trois objectifs. En regroupant ses activités en Amérique latine, il va constituer un leader régional de plus de 26 milliards d’euros, tout en désendettant la société mère de son groupe…  en France et en créant près de 150 millions d’euros de synergies de l'autre côte de l'Atlantique.

Le futur nouvel ensemble va peser 26,5 Mrds avec 2700 magasins.
Le futur nouvel ensemble va peser 26,5 Mrds avec 2700 magasins.© Casino, 30 juillet 2015

Le rapprochement des filiales brésiliennes, colombiennes, uruguayennes et argentines du groupe Casino, annoncé lors de la présentation des résultats semestriels de Casino à Paris, ce jeudi 30 juillet, doit être conclu fin août après approbation de l’AG de sa filiale colombienne Exito, le 19 août. Il va permettre de constituer un groupe de 26,5 milliards d’euros pour une rentabilité brute (EBITDA) de plus de 2 milliards. "Le nouvel ensemble couvrira une population de 280 millions d’habitants avec trois sociétés leaders sur leurs principaux (Brésil, Colombie, Argentine) ; une couverture complète de tous les segments de clientèle, avec des enseignes adaptées et des expertises multi-formats (hypermarchés, supermarchés, magasins de proximité, cash & carry, discount et distribution spécialisée…) ; et un réseau multicanal de premier plan qui permettra le développement du e-commerce en s’appuyant sur un réseau de plus de 2 500 magasins", se félicite le distributeur dans son communiqué.

 

Graphique 1 : Les activités contrôlées par Casino en Amérique Latine

 

 

Concrètement, le groupe Casino a signé un contrat avec Exito prévoyant la cession à ce dernier de 50 % du capital de son holding en France qui détient les actions avec droit de vote de sa filiale brésilienne GPA (soit environ 18,8 % du capital) et de 100 % de Libertad (filiale du Groupe en Argentine). Le tout pour un montant de 1,7 milliard financé essentiellement sur l’abondant cash-flow d’Exito. De quoi désendetter la France à hauteur de 1,7 milliard (l’endettement de la société mère passant de 7,55 à 5,9 milliards après l’opération) tout en renforçant les synergies et le poids économique de ses activités en Amérique Latine et en ne changeant rien au contrôle de ses filiales. Le groupe Casino, qui détient 54,8% du capital d’Éxito, restera en effet son actionnaire de contrôle et continuera de consolider, par intégration globale, ses filiales Éxito et GPA (voir graphique juste en dessous). Jean Charles Naouri insistant plusieurs fois sur le fait que son groupe "se réserve  la possibilité d’acquérir des actions de ses filiales en Amérique Latine dans les prochains mois, en fonction des conditions de marché."

 

GRAPHIQUE 2 : LES détentions (en %) du groupe CASINO EN AMÉRIQUE LATINE après l'opération

 

Au-delà de l’intérêt financier, ce regroupement doit générer d’importantes synergies, d’un montant de 145 millions d’euros que Casino a dévoilé dans le détail lors de la présentation de ses résultats puis de deux conférences d’analystes. 60 millions viendront de la croissance additionnelle générées par les activités phares de chaque filiales (le cash & carry pour le Brésil, le textile pour la Colombie et la proximité et le premium pour les deux…) ; 45 millions seront issus des synergies à l’achat, et enfin 40 millions des optimisations de coûts et de Capex. Le tout à une échance relativement courte. "Nous nous sommes donnés 3 ans, mais en réalité si les synergies espérées n’apparaissent après 18 mois, c’est qu’elles n’existent pas", confiait en aparté à une poignée de journalistes, Jean Charles Naouri, visiblement très confiant sur la réalisation de ces objectifs. Avec le Brésil nous sommes le premier acheteur de produits LG dans le monde, le troisième pour Samsung, poursuivait Jean-Charles Naouri, ça doit nous permettre de négocier quelques avantages…"

 

GRAPHIQUE 3 : Détail des synergies espérées par casino après les rapprochements EN AMÉRIQUE LATINE

 

Le patron de Casino semblait aussi très confiant sur la capacité à s’entendre des dirigeants et managers des deux principales entités du groupe en Amérique Latine, à savoir le Brésil (21,8 Mrds de CA) et la Colombie (3,7 Mdrs). Pourtant le futur regroupement placera les activités brésiliennes sous le contrôle d’une filiale colombienne 9 fois plus petite ! Les managers brésiliens apprécieront ils ? Pour Jean-Charles Naouri, ce n’est pas un sujet. "Il ne s’agit pas de savoir qui est numéro un ou deux, mais de savoir comment mieux créer de la valeur pour les deux entreprises et nous avons deux managements exceptionnels dans ces deux pays qui l’ont bien compris"… L’avenir dira s’il a raison. En tout cas l’affaire a été mûrement réfléchie. Elle se préparait depuis 2 ans et s’est avérée très complexe car mêlant des aspects réglementaires, juridiques et fiscaux à des situations économiques très contrastées avec un Brésil en récession où les taux d’intérêt atteignent 14% contre… 4% à la Colombie. De quoi pencher dans une balance. 

Jérôme Parigi

 

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