Casino et Diniz à la lutte au Brésil

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La saga de l'été continue. Avec, cette semaine, la contre-attaque de Jean-Charles Naouri, PDG de Casino, qui a fait spécialement le déplacement au Brésil, pour enrayer le projet de fusion entre Diniz et Carrefour.

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Résumé des épisodes précédents : « Abilio est associé à Jean-Charles. Mais lui préfère Lars, grand rival de Jean-Charles. Jean-Charles l'apprend et n'entend pas se laisser faire. » (LSA n° 2190) C'est la « telenovela » qui tient en haleine le petit monde de la distribution depuis deux mois : le projet de fusion de CBD et de Carrefour Brésil, qui se ferait aux dépens de Casino, partenaire de Diniz au sein de CBD.

      

Jean-Charles Naouri (à gauche), PDG de Casino, ne compte pas laisser le Brésilien Abilio Diniz mener à bien ses projets de fusion avec Carrefour.

 

Fers croisés

 

La semaine dernière a vu se jouer un joli duel, par presse interposée, entre Abilio Diniz et Jean-Charles Naouri. Dans une interview au Figaro, mercredi 6, le patriarche brésilien (74 ans) affirme ne « pas croire que Jean-Charles Naouri ira contre ce projet, qui est bon pour tous ». Le même jour, dans un journal brésilien, il se dit « prêt à racheter la part de Casino dans CBD, afin de mener à bien son projet de fusion avec Carrefour ». Une menace claire à l'encontre de Casino, sur le mode du « Soyez raisonnables, cher Jean-Charles Naouri, et asseyons-nous autour d'une table. » D'autant plus claire qu'une note d'analyste du CM-CIC Securities pointe une subtilité du droit brésilien qui pourrait permettre de « suspendre, en cas de conflit d'intérêts, les droits de vote d'un actionnaire ».

Certes, la même note souligne qu'il ne semble pas y avoir conflit d'intérêt en la matière, ce que s'empresse d'affirmer aussi Casino, qui organise aussitôt une contre-attaque d'envergure. Première phase, en toute discrétion, Casino a grimpé au capital de CBD, passant de 33 à 37%, puis 43%, pour un montant estimé de 750 M €. Une manière de se rendre encore plus incontournable et, surtout, au cas où l'affaire tournerait finalement mal, d'avoir l'assurance de récupérer quelques « billes » rémunératrices.

 

 

Rétropédalage

 

Deuxième phase, le PDG Jean-Charles Naouri fait le déplacement au Brésil. Dans une interview à la presse brésilienne, il qualifie le projet « d'expropriation » et « d'erreur stratégique ». Jeudi 7, il rencontre le président de la Banque nationale brésilienne de développement (BNDES), associée à l'opération éventuelle, avec les quelque 2 Mrds € qu'elle devrait apporter pour la rendre possible. Et ce n'est sans doute pas un hasard si la BNDES, après avoir initialement annoncé que le projet était « économiquement intéressant », explique désormais « qu'il n'a jamais été question de choisir un camp dans un conflit du secteur privé ». Une merveille de rétropédalage, et un premier petit bol d'air pour Casino. Car sans cet équivalent de notre Caisse des Dépôts et des Consignations, pièce maîtresse du montage financier organisé par Diniz et Carrefour, rien ne semble pouvoir se faire. À moins d'un énième rebondissement...

Plus de deux mois de rebondissements

Mai 2011

Les rumeurs enflent. Carrefour, via sa filiale brésilienne, et Abilio Diniz, grand potentat de la distribution brésilienne, discuteraient de la fusion de leur activité. Et ce au détriment de Casino, avec qui, pourtant, le groupe Diniz est associé à 50/50, au sein de CBD, qui détient Grupo Pão de Açùcar.

27 juin

Carrefour confirme le projet de rapprochement. Gama, fonds contrôlé par une banque, BTG Pactual, et soutenu par la Banque nationale brésilienne de développement (BNDES), propose à Carrefour de fusionner ses activités brésiliennes avec CBD. Au terme de l'opération, Gama deviendrait le premier actionnaire de Carrefour (11,7% d'abord, puis encore 6%). Casino évoque des négociations « illicites ».

3 juillet

Le conseil d'administration de Carrefour accepte le projet. Casino en réaffirme le caractère « hostile » et lance une procédure d'arbitrage auprès du Tribunal de commerce international. En parallèle, le stéphanois augmente sa participation au capital de CBD, à 37%, puis à 43%.

6 juillet

Une note d'analyste évoque une possibilité offerte par le droit brésilien de « suspendre, en cas de conflit d'intérêts, les droits de vote d'un actionnaire » Casino, qui pourrait se voir empêché de se défendre, balaie ces arguments : « Il n'y a aucun conflit d'intérêt en la matière. »

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Article extrait
du magazine N° 2191

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