Casino fait le dos rond pendant que Carrefour positive

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Les deux distributeurs ont publié leurs résultats 2015, qui traduisent des états de santé divergents. Forcé à se désendetter, Casino a dû se séparer d’une partie de ses activités en Asie, mais retrouve de l’allant en France, alors que Carrefour profite d’une embellie sur les marchés européens et s’attelle à transformer Dia.

Jean-Charles Naouri & Georges Plassat

Tous deux cotés en Bourse, Casino et Carrefour ont dévoilé la semaine dernière leurs bilans 2015 et leurs habituelles cascades de chiffres. À vingt-quatre heures d’intervalle, les présentations des deux groupes se sont enchaînées dans le même lieu, le Pavillon Gabriel, à deux pas de l’Élysée. Et c’est bien le seul point commun qui relie les deux concurrents, dont les trajectoires ont été très différentes au cours du dernier exercice. Casino a plutôt serré les dents, et vu son résultat opérationnel chuter de 35%, notamment en raison de la mauvaise tenue des affaires au Brésil dans les biens d’équipement et de mauvaises conditions de change. Alors que, sur le même intervalle, Carrefour a affiché une nouvelle année de croissance – la quatrième consécutive –, avec une hausse de son chiffre d’affaires et de son résultat, malgré de fortes turbulences en Chine.

L’Asie, un futur pour l’un, du passé pour l’autre

Georges Plassat, son PDG, s’est félicité d’avoir « une répartition entre l’Asie, l’Europe et l’Amérique du Sud assez pertinente. Tout cela me paraît assez propice au futur de Carrefour ». Des propos qui auraient pu avoir du sens, il y a quelques années, dans la bouche de Jean-Charles Naouri, son homologue de Casino. Mais voilà, avec la vente de la Thaïlande – et la mise en vente de l’activité au Vietnam – pour se désendetter, l’Asie ne sera bientôt plus qu’un souvenir pour son groupe, qui a choisi la solution la plus rapide, la cession d’actifs, pour ne plus avoir l’épée de Damoclès de la dette au-dessus de sa tête. Et pendant que l’un n’a pas d’autre choix que de vendre, l’autre multiplie les achats tactiques. En 2015, Carrefour a ainsi mis la main sur Rue du Commerce pour pousser le multicanal plus avant, racheté 86 supermarchés Billa en Roumanie (après l’Italie), et vient de récupérer 36 petits hypermarchés auprès de l’espagnol Eroski pour compléter son maillage.

Les grandes masses masquent toutefois des évolutions plus fines. Ainsi, le bilan mitigé observé en France pour Casino – avec une rentabilité en recul – s’explique notamment par l’impact des importants investissements menés dans le pays, avec des baisses de prix chez Leader Price et chez Géant. « Nous avions dit que cela prendrait deux ans pour le retour des clients, puis des volumes, puis du chiffre d’affaires », a souligné Jean-Charles Naouri. Et cette prophétie semble se réaliser aujourd’hui, avec des gains de parts de marché récurrents, et des indicateurs qui laissent entrevoir un exercice 2016 bien meilleur et plus rentable. « En France, nous avons aujourd’hui un redressement d’activité. Et nous pensons être bien positionnés, avec trois formats porteurs : le discount, le premium, et la proximité », constate le PDG, qui remarque que, sur le quatrième trimestre, « l’évolution du trafic client était positive sur toutes nos enseignes » en France. D’ailleurs, l’image prix de Géant, mesurée par Kantar Worldpanel, progresse de 5,6 points sur deux ans et de 2,1 points sur un an. Un redressement spectaculaire, qui touche aussi Leader Price, et même les supermarchés Casino, avec des indices en hausse respectives de 4,7 et de 3,6 points sur un an. Avec plus de 700 millions d’euros investis dans les baisses de prix sur deux ans, la réponse est enfin là.

La France, premier terrain de jeu pour les deux

De son côté, Carrefour bute encore sur quelques problèmes bien identifiés en France à l’origine d’une perte de parts de marché. Des difficultés pointées par une note d’analyse de la banque Morgan Stanley, qui observe que cette perte s’explique « en partie par la baisse de trafic liée à la transformation du réseau Dia » – un grand chantier de 2016 –, et par d’autres facteurs, « comme la pression structurelle sur les grands hypermarchés, ainsi que le déploiement assez lent de l’offre click & collect ».

La France, premier terrain de jeu des deux distributeurs, reste au centre de leurs stratégies qui convergent sur le besoin d’être de plus en plus multiformats, et multicanal. Des ambitions synonymes d’investissements à la hauteur, et sur lesquels quelques chiffres ont été donnés. Carrefour a investi 1,08 milliard d’euros de Capex en France en 2015 (en hausse sur un an), alors que Casino est en train de fermer ce robinet. De 688 millions en 2014, le Capex France est passé à 498 millions en 2015, et devrait baisser d’au moins 150 millions en 2016.

CASINO

Les événements marquants 

  • Les difficultés au Brésil en raison d’une forte chute des ventes de biens d’équipement. 
  • L’annonce d’un plan de cession de 4 Mrds €, pour alléger le poids de la dette devenu écrasant.
  • Le redressement de la france, avec un gain de part de marché et une amélioration du résultat.

Les perspectives 2016

  • Un désendettement significatif (vente de Big C Thaïlande pour 3,1 Mrds €).
  • Une croissance rentable en France.
  • La poursuite de la croissance et aussi l’amélioration de la rentabilité en e-commerce.

CARREFOUR

Les événements marquants

  • L’intégration des magasins Dia et le rachat des supermarchés Billa en Roumanie.
  • L’expansion multiformat avec 1 123 magasins ouverts dans le monde, dont 850 de proximité.

Les perspectives 2016

  • La poursuite de la transformation de Dia, avec 500 magasins sur l’année.
  • La refonte de la chaîne logistique et la simplification des systèmes d’information.
  • Le repositionnement du modèle Carrefour en Chine.

Des bilans financiers contrastés

Performances comparées des deux distributeurs en 2015 vs 2014

Source : entreprises

Chez Carrefour, la transformation de Dia et les difficultés des hypers ont un impact sur la rentabilité, en baisse. Malmené au Brésil, Casino voit son résultat reculer, alors qu’en France, la situation est mieux orientée.

"Nous constatons un redressement de l’activité et des résultats en France au deuxième semestre 2015, et avons lancé un plan de désendettement."

Jean-Charles Naouri, PDG du groupe Casino

"Nous avons un équilibre géographique, des formats, et une dette qui se réduit. Carrefour déplace son centre de gravité de l’hyper vers le multiformat."

Georges Plassat, PDG du groupe Carrefour

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Article extrait
du magazine N° 2404

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