Casino répond aux attaques de Muddy Waters

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Attaqué par le cabinet Muddy Waters sur sa dette et le cours de son action, Casino répond dans un long communiqué de sept pages et en huit points très détaillés sur ces accusations.

Jean-Charles Naouri, Pdg du groupe Casino, attaqué au sujet de sa dette et du cours de son action par le cabinet d'analystes Muddy Waters, organise la défense, point par point.
Jean-Charles Naouri, Pdg du groupe Casino, attaqué au sujet de sa dette et du cours de son action par le cabinet d'analystes Muddy Waters, organise la défense, point par point.

Le cabinet d’analystes Muddy Waters, sorte d’Anonymous de la finance, auto-érigé en justicier/fauteur de troubles dont la vocation est de chercher la petite bête dans les dossiers des groupes cotés, a récemment pris Casino pour cible.

C’était le 17 décembre 2015 et l’affaire a fait grand bruit. Carson Block, fondateur de Muddy Waters, affirme alors que le poids de la dette du groupe Casino est "dangereusement élevé". Pire, l’analyste appuie là où ça fait mal en évoquant une gestion "en fonction d’une vision à court-terme", et explique que "le problème fondamental de Casino est que ses comptes financiers sont proprement difficiles à interpréter pour comprendre la (petite) santé de la société. Ils ne font pas la distinction entre ce que Casino possède et ce qu’il doit…"

Une chute du cours de l'action Casino

L’attaque est rude. Muddy Waters en conclut que, pour lui, l’action de Casino "ne vaut pas plus de 6,91 euros, contre 48,97 euros à la clôture mercredi (le 16 décembre, Ndlr)." Résultat : une chute brutale de plus de 20% du cours de l’action à la Bourse de Paris, dans la foulée de la publication du rapport, pour finalement finir la journée du 16 décembre 2015 en baisse de 11,5%.

Depuis, si les volumes d’échange ont repris un rythme plus normal, le cours de l’action Casino reste bien inférieur à ce qu’il était avant l’offensive de Muddy Waters : 42,17 euros à la clôture du 21 décembre, soit un recul de 13,9% en une semaine.

Casino obligé de sortir du bois en sept pages et huit points

De quoi obliger le groupe stéphanois, d’ordinaire si avare de détails, à organiser la contre-attaque. C’est chose faite depuis ce 21 décembre justement. Dans un communiqué long de sept pages, Casino expose sa défense, pointant des "allégations inexactes et trompeuses" avancées par Muddy Waters.

En tout, huit points sont abordés, dans une prose se voulant la plus didactique possible. Argument numéro un, exposé par Casino : la situation en France. "En 2016, pour ses activités françaises, Casino s’attend à générer un Ebitda d’environ 900 millions d’euros et un ROC (résultat opérationnel courant, Ndlr) supérieur à 500 millions d’euros", peut-on ainsi lire. Même précision apportée pour le cash-flow : "Pour 2016, Casino prévoit une solide génération de cash-flow libre après frais financiers et dividendes, supérieure à 200 M€."

Point numéro 2 : l’immobilier commercial. "Casino a construit sa stratégie autour d'un modèle dual, à la fois en France et dans ses filiales internationales, explique le groupe. Ce modèle, qui combine activité de distribution et immobilier commercial, vise à accroître l'attractivité des zones commerciales ainsi que le trafic clients tout en créant de la valeur immobilière." "La valeur des actifs immobiliers détenus entièrement par Casino en France, déterminée sur la base d’expertises de tiers, est restée stable depuis 2011 à plus de 4 Mds€", lit-on par ailleurs.

Point numéro 3 : le plan de désendettement. Engagé à hauteur de 2 milliard d’euros, Casino juge ce plan "pleinement cohérent avec sa stratégie à long terme", et affirme, "au cours des dix dernières années", avoir "toujours réalisé les plans de désendettement annoncés."

Point numéro 4 : la liquidité du groupe, qualifiée de "solide". "A fin 2015, Casino publiera une position de cash significative, bien supérieure à son encours de billets de trésorerie, et disposera de lignes de crédit confirmées non tirées de plus de 3,5 Mds€, avec une maturité moyenne de près de quatre ans", affirme le groupe.

La grande question de la dette

Point numéro 5 : la structure financière du groupe. Là encore, le communiqué évoque une situation "solide". Pour étayer son affirmation, le groupe se lance dans un rappel historique intéressant : "Casino a principalement financé ses acquisitions en France et à l'étranger en ayant recours à de la dette levée au niveau de la société holding, lit-on ainsi. Ces acquisitions ont permis au groupe de devenir un acteur mondial majeur de la distribution, fort de positions de leader sur des marchés clés. Par conséquent, la majeure partie de la dette du groupe est située au niveau de la holding Casino : 7,6 Mds€ à fin 2014 (pour une dette nette consolidée de 5,9 Mds€) et 5,9 Mds€ pro-forma de la réorganisation des filiales en Amérique latine réalisée cet été, qui a réduit la dette nette de la holding Casino de 1,7 Mds€. La dette nette de la holding Casino continuera à diminuer significativement en 2016, du fait de la génération positive de cash-flow libre, attendue supérieure à 200 M€ après frais financiers et dividendes, et de l’impact du plan de désendettement (…). En outre, Casino et toutes ses principales filiales internationales sont autofinancés et peuvent couvrir le paiement de dividendes à leurs actionnaires respectifs."

Le point numéro 6 aborde la question des contrats de location et apporte quelques précisions utiles : "En France, le bail standard a une durée de 9 ans, le locataire étant en mesure de résilier le contrat après chaque période de trois ans. En Thaïlande, le bail standard pour un hypermarché a une durée comprise entre 25 et 30 ans et ne prévoit généralement aucune possibilité de sortie. Au Brésil, le bail standard pour un hypermarché est un contrat de dix ans renouvelable pour une période supplémentaire de dix ans avec une option de sortie annuelle. En Colombie, la durée moyenne des baux est de dix ans, avec une reconduction tacite pour la même durée, et généralement une option de sortie après cinq à dix ans."

Le point 7, quant à lui, ne fait que réaffirmer l’évidence : "Le groupe Casino applique strictement les normes comptables internationales et (que) ses comptes sont certifiés par ses commissaires aux comptes."

Et, enfin, dans le point numéro 8, Casino, forçant sa nature – "le groupe Casino a pour politique de ne pas commenter les valorisations de ses actions réalisées par des tiers" - précise qu’à la date du 18 décembre 2015, le consensus "de 23 analystes couvrant Casino", fait ressortir l’action du groupe à 55 euros. Loin, donc, des 6,91 euros avancées par Muddy Waters.

 

 

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