[Edito] Ce que je crois

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Yves Puget, directeur de la rédaction de LSA
Yves Puget, directeur de la rédaction de LSA© Laëtita Duarte

Désolé, mais je vais certainement m’attirer les foudres de nombreux lecteurs qui, pour notre bien à tous, veulent imposer une forme de pensée unique. Non, je ne crois pas que notre alimentation sera totalement bio. Non, je ne crois pas que la consigne va se généraliser à toutes les boissons ou autres produits. Non, je ne crois pas à la fin de tous les emballages en plastique. Non, je ne crois pas que le vrac sera la norme. Non, je ne crois pas que l’homme s’arrêtera de manger de la viande. Non, je ne crois pas que le circuit court sera une obligation. Non, je ne crois pas que tous les Français peuvent se permettre d’acheter plus cher parce que plus sain ou plus écologique. Je pourrais ainsi continuer cette litanie qui va à l’encontre des tendances actuelles et risque de me faire passer au mieux pour un rétrograde et au pire pour un hérétique.

Et pourtant, si des personnes choquées par ce début d’éditorial poursuivent leur lecture, elles découvriront que, malgré cette diatribe, je soutiens totalement le travail et la cause de ceux qui veulent changer les choses. Les inquiétudes émises, notamment par les jeunes populations, sont légitimes et les questions posées sont bonnes. Ce débat est vital, mais les réponses sont parfois trop jusqu’au-boutistes. Il est évident que le bio pousse à produire et à manger autrement. Mais pour nourrir l’ensemble de la planète, d’autres méthodes seront nécessaires, comme l’agriculture raisonnée ou la certification Haute valeur environnementale (HVE). C’est pourquoi je souhaite à la fois que le bio gagne le plus de part de marché possible et que l’on reconnaisse que des professionnels – ­agriculteurs, producteurs et industriels – qui ne sont pas bio travaillent aussi dans le bon sens. Quant à ceux qui s’attaquent à des boucheries, je ne les excuse pas. J’admets simplement que les végétariens, végétaliens et végans s’interrogent à juste titre sur le bien-être animal ou sur la quantité de viande que nous ingurgitons. Si tous les industriels doivent travailler sur leurs conditions de transformation, cela ne doit en rien nous interdire de manger de la viande mais en moindre quantité et de meilleure qualité. Pour l’emballage, le raisonnement est le même. La gabegie est énorme et le désastre écologique certain, mais un retour en arrière avec du vrac pour tout et une consigne généralisée me paraît excessif, ne serait-ce que pour les conséquences écologiques d’une telle mesure (le transport notamment). Il faut aussi parler écoconception, monomatériaux, biodégradabilité…

En écrivant cet éditorial, je ne veux pas le moins du monde choquer ceux qui affichent des certitudes, militantes ou non. Je veux seulement leur demander d’accepter la contradiction, et donc le débat. Il faut être aveugle pour ne pas voir ces mouvements de fond qui s’amorcent, ces prises de conscience qui s’opèrent. Cette vague, d’une alimentation plus saine, plus variée, plus écologique et plus fragmentée, sera même peut-être une déferlante. Mais cela doit se faire le plus souvent par conviction (« consommer autrement »), parfois par incitation, et le plus rarement possible par obligation. Et sans laisser de côté ceux qui ne pourront suivre finan­cièrement. C’est pourquoi, sur ces thématiques, je crois pourvoir afficher mes croyances en renvoyant dos à dos les intégristes et les agnostiques.

ypuget@lsa.fr @pugetyves

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Article extrait
du magazine N° 2558

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