Ce que l’élection de Trump signifie pour la distribution américaine

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Le programme du nouveau président américain pourrait être contraignant pour la distribution US, en matière de personnel, et d’augmentation des prix. A condition qu’il soit appliqué.

Hausse des droits de douanes, tensions sur la politique d'immigration, réforme de la politique de taxation... Le programme de Donald Trump pourrait secouer la distribution américaine dans de grandes proportions.
Hausse des droits de douanes, tensions sur la politique d'immigration, réforme de la politique de taxation... Le programme de Donald Trump pourrait secouer la distribution américaine dans de grandes proportions.© Fotolia

L’élection surprise de Donald Trump comme nouveau président des Etats-Unis est un séisme politique, mais également économique. Alors que l’homme d’affaires est en train de constituer son équipe, il est difficile de mesurer l’impact des décisions à venir sur la grande distribution américaine. Habitué à utiliser un langage outrancier et à faire d’importants effets d’annonce, Donald Trump a ainsi déclaré, entre autres, vouloir renvoyer chez eux des millions de clandestins (de quoi bouleverser l’emploi dans de nombreuses chaînes) et augmenter drastiquement les droits de douane via à vis des importations en provenance du Mexique et de la Chine. Sur ce point, les conséquences pourraient être énormes sur le pouvoir d’achat des américains, qui ont importé pour 482 milliards de dollars de biens chinois en 2015 (soit près de 450 milliards d’euros). Les produits bon marché made in China pullulent dans les dollars stores et bon nombre de chaines de distribution grand public.

Une hausse des prix attendue

Selon le magazine  économique Forbes, la première réaction des consommateurs pourrait être « la paralysie », chacun reportant ses achats (immobilier, automobile) en attendant de connaître le prochain cadre législatif. Le second effet devrait être une hausse des prix, « car le coût du travail va augmenter, ainsi que le coût des produits importés » souligne le magazine. Les magasins seront donc touchés, par le biais des augmentations de prix des produits de grande consommation. « Les compagnies qui utilisent des technologies pour diminuer les coûts du travail, comme Amazon et Walmart, seront dans une meilleure position que les autres distributeurs ».

La National Retail Federation, puissante fédération américaine de la distribution (42 millions d’emplois, et un chiffre d’affaires cumulé de 2600 milliards de dollars), s’est contentée de prendre acte de l’élection de M. Trump, et de lister les nombreux sujets de discussion qui vont animer les prochains mois. Elle a même signalé, avec un certain soulagement, que la fin de la campagne allait libérer les écrans de télévision et les pages des journaux pour laisser la place aux publicités dédiées aux achats des fêtes de fin d’année. Pour autant, les désaccords importants sont nombreux entre la NRF et le nouveau président élu.

Sur le commerce pur et dur, Trump est opposé à l’accord de libre-échange en vigueur, le Trans Pacific Partnership, qui est défendu par la NRF. Selon la fédération, il pourrait « éliminer virtuellement la totalité des 6 milliards de dollars de taxations sur les bien entre pays membres, et développer le pouvoir d’achat des américains de plus de 1000 dollars par foyer ». Quant aux ambitions de taxer massivement les importations chinoises et mexicaines, et de remettre en cause l’accord de libre échange nord americain (Alena), la NRF s’y oppose frontalement, « car les retailers dépendent énormément des marchandises importées ». Sur l’immigration, la NRF demande à la nouvelle administration à venir de ne pas créer de trop lourds fardeaux en matière de vérification de l’identité des travailleurs.

Dans des termes politiquement neutres, la NRF a indiqué qu’en pleine période de mise en place de l’administration Trump, « nous espérons que le pragmatisme l’emportera sur l’idéologie, pour faire en sorte que toutes les branches du gouvernement puissent travailler ensemble ».

Le président de la fédération, a indiqué dans une déclaration que « les prochains mois allaient offrir de nombreuses opportunités pour nous d’échanger avec les législateurs sur nos priorités, comme la réforme des taxes et les investissements dans les infrastructures, tout comme les politiques de croissance et de création d’emplois». Un sacré appel du pied vers l’homme d’affaires devenu président, qui a fait beaucoup de promesses. Notamment celle de réduire l’impôt sur les sociétés de 35  à 15%, et d’inciter les entreprises américaines (Apple, Google ou Amazon pour ne pas les citer) à rapatrier les capitaux détenus à l’étranger, en échange d’une taxation abaissée à 10%.

Des répercussions pour l'industrie...sur le papier

L’un des slogans forts du candidat républicain, « Make America great again » (que l’on peut traduire par « rendre sa grandeur à l’Amérique »), insiste sur le besoin de relocaliser la production, et faire redémarrer l’industrie US. Mais réussir à convaincre Apple de construire ses iPhone sur le territoire national plutôt qu’en Asie ne sera pas chose facile. La grande interrogation sera avant tout de savoir si le nouveau président mettra en œuvre son programme. Quelques heures après son élection, une blague fusait sur les réseaux sociaux. De nombreux américains, éconduits lors d’entretiens d’embauche, ne comprenaient pas pourquoi il fallait « de 6 mois à deux ans d’expérience pour travailler dans la grande distribution », alors que Donald Trump était élu président sans aucune expérience politique.

Et pour l’anecdote, les héritiers de Sam Walton, le fondateur de Walmart, ont financé la campagne d’Hillary Clinton et du parti Démocrate via des dons, comme la loi l’autorise, pour un total de 714 000 dollars. Alors que Donald Trump n’a pas reçu un centime de leur part.

 

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