Centre-ville...

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EDITORIAL Éviter que les coeurs de villes ne se transforment en friches commerciales

Yves Puget
Yves Puget©Bernard Martinez

L'information aurait pu passer inaperçue tant l'actualité a été forte ces derniers jours. Et pourtant, elle est digne d'intérêt. Dans les centres-villes de Grande-Bretagne, plus d'un magasin sur sept est inoccupé ! En février, 14,7% des points de vente étaient vides ! Soit trois fois plus qu'en 2008, juste avant la crise financière. Résultat, près d'un cinquième des distributeurs cotés en Bourse au Royaume-Uni ont récemment émis des avertissements sur résultats. Et, l'année dernière, 183 ont été placés sous administration judiciaire. Il y a quelques semaines, l'enseigne de vêtements à bas prix Peacocks a été sauvée de justesse par l'écossais Woollen Mill. Même sort, peu ou prou, pour la chaîne de lingerie La Senza, dont 60 des 144 unités ont été reprises par un investisseur du Moyen-Orient (Alshaya). Selon un rapport commandé par le gouvernement, un tiers des centres-villes britanniques seraient « en train de dégénérer ou de faire faillite. »

Pour éviter que ces espaces ne se transforment en friches commerciales, un rapport évoque, outre-Manche, quelques pistes. Il propose d'instaurer la gratuité des parkings. Il imagine que les propriétaires de locaux commerciaux laissés à l'abandon pourraient écoper de pénalités, tandis que les entrepreneurs devraient, au contraire, bénéficier de taux préférentiels pour ouvrir leurs boutiques en centre urbain.

De bonnes idées, mais autant mettre un cautère sur une jambe de bois. Car le mal est beaucoup plus profond. On peut toujours accuser la crise économique qui touche fortement le porte-monnaie des consommateurs. L'argument est réel, mais pas suffisant. Les commerçants évoquent aussi des réglementations de plus en plus contraignantes tant sur l'urbanisme que sur, le développement durable, la sécurité des clients, la traçabilité... Ils pestent contre les nouvelles taxes qui plombent les comptes d'exploitation. Ils se plaignent des coûts salariaux qui ne cessent de s'envoler. Ils maudissent ces baux dont les montants sont devenus exorbitants. Une véritable litanie...

Mais la cause principale est peut-être ailleurs. La première explication se trouve certainement du côté du commerce électronique. En Grande-Bretagne, mais aussi en France, la part du marché des cybermarchands ne cesse de progresser au détriment... des magasins. Alors que faire, mis à part d'ouvrir soi-même une boutique virtuelle ? Certains s'interrogent déjà sur le fait d'être ou de ne pas être propriétaire de son local. Car, à partir du moment où il n'y a plus d'acquéreurs, il devient difficile de se débarrasser d'un mauvais emplacement.

De plus, si l'inflation des baux perdure dans les rues dites premium, dans celles dites secondaires, une baisse est à prévoir... Des opportunités seront donc à saisir. Enfin, il est urgent... de ne pas paniquer. En effet, dans le même temps, les grands magasins du centre de Londres enregistrent des ventes records, dopées par les flux d'étrangers. Fortun et Masson a ainsi publié des profits historiques ! Et que dire des Apple Store, ici ou là, qui dépassent parfois les 5 000 $ de chiffre d'affaires au mètre carré... Sans oublier, en France, des ouvertures, comme celle de la gare Saint-Lazare à Paris, qui démontrent que la question n'est pas de savoir si le commerce physique va disparaître, mais s'il a l'envie et les moyens de se recomposer.

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Article extrait
du magazine N° 2221

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