Cépages, méthodes, packaging, environnement : comment les rouges de Bordeaux se réinventent

Ils sont synonymes de repas à table mais aussi d’apéritifs entre amis. Les vins rouges de Bordeaux ne sont plus seulement l’apanage de fins connaisseurs, mais s’ouvrent au contraire à tous les goûts des consommateurs d’aujourd’hui et à toutes les occasions. Fiers de leur savoir-faire ancestral, les vignerons et négociants perpétuent la tradition du vin rouge à Bordeaux tout en veillant à innover pour répondre aux nouvelles attentes.
Diversité des Appellations d’Origine Contrôlée (AOC), équilibre, assemblage de différents cépages, finesse, richesse aromatique, vins intemporels, cuvées atypiques… sont autant de caractères qui rassemblent l’authenticité des vins rouges de Bordeaux.

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Cépages, méthodes, packaging, environnement : comment les rouges de Bordeaux se réinventent

Vers une consommation décomplexée

Ancré dans la modernité, et riche de sa diversité, Bordeaux sait proposer notamment aux nouveaux consommateurs, éventuellement moins aguerris, des vins rouges qui sauront être appréciés à l’apéritif ou lors d’un repas léger. Et pour eux, pas besoin de connaître les cépages ou le vocabulaire des arômes. « Ce qu’ils veulent, c’est un vin qui ne soit pas astringent, d’une belle couleur et des notes de fruits frais », détaille Stéphane Defraine, vigneron dans l’Entre-deux-Mers au Château Fontenille. Pour répondre à ces nouvelles attentes, les vignerons et négociants de Bordeaux s’emploient à produire des vins fruités, plus légers. « Nous tenons compte de leurs envies : par exemple nous avons une cuvée qui est vinifiée sans pépins, ce qui enlève le côté tannique peu apprécié chez certains consommateurs », souligne Stéphane Defraine.

Pour Thomas Drouineau, négociant en vins pour la Maison Kressmann, il est important de faire redécouvrir les vins rouges de Bordeaux sur les nouveaux instants de consommation : « On pense encore beaucoup à nos vins pour les repas, moins sur le temps de l’apéro. De même, pour la cuisine du monde, on ne pense pas toujours à y associer un rouge de Bordeaux. Pourtant, un vin très aromatique s’associe très bien à des plats vietnamiens, par exemple. »

Les cépages anciens de Bordeaux reprennent de la bouteille

Aujourd’hui, les viticulteurs du Bordelais n’hésitent pas à adapter leurs cultures. Des assemblages de cépages oubliés apparaissent afin d’élargir la palette des arômes de Bordeaux et de créer des vins rouges aux notes surprenantes et pleins de fraîcheur. « Les cépages oubliés créent de l’originalité en amenant de nouvelles saveurs. Nous utilisons par exemple un Cabernet Franc, un Cabernet Sauvignon ou un Malbec. L’idée c’est de s’adapter à la demande », explique Stéphane Defraine.

C’est à la fois l’évolution des connaissances ou du climat qui a favorisé la replantation de cépages anciens. « Le Malbec est un cépage qui avait quasiment disparu car il est sensible aux pluies ou à l’excès de chaleur. Pourtant, il est très aromatique », détaille Alain Tourenne, vigneron en AOC Castillon Côtes de Bordeaux au château Beynat. Même constat pour Rémi Laporte, vigneron au château Croix Beauséjour en AOC Montagne Saint-Emilion : « Le retour du Cabernet franc c’est aussi un retour à l’histoire des vins rouges de Bordeaux car c’est le cépage le plus ancien de notre terroir. » Vin issu d’un assemblage de plusieurs cépages ou vin monocépage, Bordeaux propose ainsi des cuvées plus inattendues, capables de surprendre même les amateurs.

De nouvelles pratiques pour des cuvées adaptées aux nouveaux goûts

À Bordeaux, ce sont aussi les méthodes de production et d’élevage qui évoluent. En particulier, le virage environnemental du vignoble est engagé depuis plus de 20 ans, répondant ainsi aux préoccupations des consommateurs. « Les labels sont une porte d’entrée pour les consommateurs », constate Alain Tourenne. Mais au-delà de ces pratiques vertueuses, les vignerons de Bordeaux font évoluer leur façon d’élever leurs vins. À côté des fûts de chêne cohabitent désormais des amphores en terre cuite par exemple ! « Ce qui est intéressant dans le vin élevé en amphore, c’est qu’il respire. Car la terre cuite est poreuse et permet un apport en oxygène. Ça change le goût du vin, il n’y a pas la typicité du bois que l’on retrouve en barrique. Ce sont des vins qui sont prêts à être consommés et donc souvent plébiscités par les nouveaux consommateurs », explique Stéphane Defraine.

Bouteilles, étiquettes… Les Rouges de Bordeaux se parent de nouveaux codes

Si le goût du vin est primordial, la bouteille constitue le premier contact entre le vin et les consommateurs. Elle est facilement identifiable par la forme typique des vins de Bordeaux et par son étiquette arborant le plus souvent un château subtilement dessiné… ! Mais là encore, les rouges de Bordeaux sortent des sentiers battus. Si la bouteille « Bordeaux » reste majoritairement utilisée, certains vignerons n’hésitent pas à utiliser d’autres formats pour embouteiller certaines de leurs cuvées de rouges de Bordeaux. L’intérêt ? « Surprendre ! C’est une manière d’innover, d’attiser la curiosité », s’amuse Alain Tourenne. Même si, pour Serge Barbarin, vigneron du château Biston-Brillette en AOC Moulis, « Nous veillons à ne pas non plus perdre le consommateur à trop innover. On peut faire évoluer la forme de la bouteille tout en gardant une harmonie, une signature Bordeaux ».

La bouteille n’est pas le seul élément qui évolue, l’étiquette aussi ! « L’important, qu’il s’agisse d’un graphisme original ou du dessin du château, c’est que l’étiquette raconte une histoire. C’est ce que recherchent aussi bien les amateurs de rouges que les néophytes », constate Thomas Drouineau. « On pourrait même par exemple imaginer faire figurer sur l’étiquette la photo du vigneron, de son visage ou de ses mains au travail dans la vigne. Cela permet de raconter une histoire, l’histoire des rouges de Bordeaux, et ainsi de donner envie de choisir ce vin. »

Environnement et adaptation climatique : un engagement bien visible

Les vignerons et négociants de Bordeaux sont aussi avant-gardistes sur les engagements qu’ils prennent vis-à-vis de l’environnement. En 2021, pas moins de 75 % des surfaces cultivées sont certifiées par une démarche environnementale (AB, HVE, TerraVitis, Demeter, etc.). Aujourd’hui, c’est même le premier département viticole bio : 23 % des surfaces de Bordeaux sont conduites en agriculture biologique.

Les vins rouges de Bordeaux ouvrent aussi la voie à l’adaptation face aux changements climatiques. De nouveaux cépages ont fait ainsi leur apparition en 2022 à titre expérimental dans les cahiers des charges de l’AOC Bordeaux. Quatre cépages noirs (vitis vinifera) viennent ainsi compléter le catalogue des variétés Bordelaises : arinarnoa, castets, marselan et touriga nacional. Ils permettent aux vignerons de composer avec le climat en se dotant d’un matériel végétal plus résistant, notamment au stress hydrique, tout en ayant un profil aromatique proche de Bordeaux.

Rémi Laporte, résume parfaitement cette philosophie ainsi : « Le vin n’est pas un aliment strictement vital, mais c’est un produit culturel, lié au plaisir. Aujourd’hui, c’est à nous, sur ce type de produits, de donner l’exemple avec des cultures adaptées et respectueuses. »

De quoi finir de séduire définitivement la nouvelle génération de consommateurs de vins rouges de Bordeaux.

Contenu proposé par Conseil Interprofessionnel des vins de Bordeaux

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