CES 2015 : quand les objets connectés remettent la France sur la carte de la high-tech

|

Des sociétés françaises qui font le buzz au salon Consumer Electrinc Show (CES 2015) de Las Vegas? Non, ce n'est pas le pitch d'un roman d'économie fiction de Michel Houellebecq mais bel et bien la réalité. Des start-up made in France sont parmi les plus créatives du monde sur le secteur des objets connectés. Est-ce la (re)naissance de la "French tech"? 

Le ministre de l'Economie, Emmanuel Macron, s'amuse avec un drone de la marque française Parrot
Le ministre de l'Economie, Emmanuel Macron, s'amuse avec un drone de la marque française Parrot

Elles s’appellent Giroptic, Citizen Sciences, Lima, Withings ou encore Voxtok. Si ces marques ne vous disent encore rien, ce sont peut-être les fleurons d’une industrie high-tech renaissante. Leur point commun? Elles ont toutes conçu des produits connectés primés au salon CES 2015 (les prix sont remis avant l’ouverture) qui se tiendra du 6 au 9 janvier 2015 à Las Vegas. Il s’agit d’une caméra 360° pour Giroptic, d’un Tee-shirt connecté (le « D-shirt ») pour Citizen Sciences, d’un boitier de stockage de données pour Lima, d’une montre connectée pour Withings et d’un boîtier de partage de musique haute-fidélité pour Voxtok.

Le renouveau de la French Tech ?

Qu’il s’agisse de produits directement commercialisables comme ceux de Withings en vente par exemple à la Fnac ou de technologies vendues aux grandes marques (le D-shirt de Citizen Sciences sera commercialisé par l’équipementier japonais Asics), on retrouve des Français à tous les bouts de la chaine. Ce renouveau de la « French tech », qui fait la fierté du ministère de l’économie, vient d’ouvrir une salle d’exposition à Bercy pour découvrir ces start-up et leurs produits. Arnaud Montebourg avait sa marinière et son robot Moulinex, Macron aura son D-shirt et sa montre intelligente. 

L'imagination française

Pourquoi la France qui a raté nombre de révolutions technologiques depuis 30 ans (du PC au smartphone en passant par les écrans îplats) semble cette fois dans la course? D’abord par ce que la plupart de ces entreprises bénéficient de l’effet d’entraînement du pionnier du secteur Parrot. Avec ses drones et son capteur intelligent pour les plantes (le Flower Power), la société créée en 1994 par Henri Seydoux réussit à faire chaque année le buzz sur les salons avec ses dernières trouvailles. Et du coup met un coup de projecteur sur ses petits compatriotes frenchies, ce qui crée une émulation.

 

 

Mais surtout parce que les produits connectés n’exigent pas de maîtriser des technologies de pointe et ne sont pas gourmands en capitaux. La production de smartphones et de tablettes par exemple est autrement plus complexe et exige une expertise qui fait défaut aux jeunes pousses françaises qui ne rattraperont jamais leur retard sur les Américains et les Asiatiques. En revanche, concevoir une station météo connectée comme Netatmo ou une ampoule connectée et musicale comme AwoX requiert une qualité qui n’a jamais fait défaut aux Français: l’imagination.

Or, sur ce secteur, c’est elle qui est pouvoir. Les composants technologiques sont nombreux et accessibles (que ce soient les capteurs, les puces de connexion en tout genre...) encore faut-il savoir quoi en faire. Et c’est là que les Français excellent. L’adage "En France, on n’a pas de pétrole mais des idées" n’est peut-être pas qu’un lieu commun.

Des start-up fragiles

Est-ce à dire que ce renouveau hexagonal dans la high-tech sera durable? Les Français réussiront-ils à passer du buzz au "biz"? C’est là que ça va se compliquer. Pourquoi ? Parce que la high-tech est un secteur très concentré dominés par quelques géants aux investissements marketing colossaux (Samsung y a par exemple consacré 14 milliards de dollars rien qu’en 2013 !). Rares sont les petites marques qui réussissent à émerger dans le paysage. Hormis l’américain Go-Pro qui a su s’imposer en créant sa propre niche de marché (les "action cams"), tous les autres succès sur ce secteur sont l’œuvre des Apple, Sony et autres Samsung…

Pas facile dans ce contexte de percer pour nos petits frenchies. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder les performances du pionnier Parrot. La société française a vu son chiffre d’affaires fortement reculer de 16% en 2013 et sa rentabilité fondre à 2,6% du chiffre d’affaires. Si ses inventions comme les drones ou le Flower Power sont accueillis avec beaucoup d’enthousiasme, Parrot a longtemps peiné à le concrétiser dans les ventes. Si les drones ont enfin décollé fin 2014 (+130% de ventes au troisième trimestre à 27,7 millions d’euros), c’est au prix de conséquents investissements marketing (12,2 millions d'euros) qui entament sa rentabilité.

Les champions de la "french tech" sont donc de fragiles start-up qui s’ébrouent sur un marché en devenir. Car tout prometteurs qu’ils soient, les objets connectés ne suscitent pas pour le moment un engouement démesuré du grand public. En témoigne le cuisant échec des Google Glasses. Le géant américain n’en aurait vendu que 50 000 exemplaires en un an… Loin des 10 millions attendus. Il se serait par ailleurs vendu 150 000 bracelets et montres connectés en France en 2014. Pas négligeable mais encore modeste (il s’est vendu sur la période près de 18 millions de smartphones…) surtout au regard de l’offre pléthorique. Selon une étude de l’Ifop, 45% des Français n’en verraient pas l’utilité. Bref,si la high-tech française fait plaisir à voir, le chemin vers le renaissance est long et escarpé.

Reportage chez le français Whithings

 

Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter

X

Produits techniques, objets connectés, électroménager : chaque semaine, recevez l’essentiel de l’actualité de ces secteurs.

Ne plus voir ce message